Trucs et astuces pour le grand voyage

 

Bilan pratique après trois ans de voyage

Notre expérience pratique d’une première étape de voyage autour du monde par les Tropiques, de la Suisse au Venezuela.

Mis à jour en août 2009

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D’après notre article Bien partir autour du monde paru dans le magazine Nautisme Romand n°264 (août-septembre 2009), avec des rajouts de détails pratiques.

Chapitres : Préparation administrative – Autres préparatifs – Choix du bateau – Entretien d’un bateau en acier – L’achat du bateau – Equipement à bord – Electronique et énergie – Mouillage – Gréement  – Moteur diesel – Autonomie en eau et gasoil – Santé – Situations d’urgence en mer – Météo – Budget – Administrations dans les pays étrangers – Cambuse – Communication – Insécurité – Les implications d’un voyage en bateau – Un couple sur un bateau – Contacts avec les populations étrangères – Les autres navigateurs – Conclusion -Annexes.

 

Préparation administrative

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L’administration suisse est simple, facilitant le départ comme le retour au pays. A l’AVS (caisse de retraite suisse) le statut de « globe-trotter » nous permet de continuer à cotiser depuis l’étranger (rare privilège). Cercamon est assuré mondialement en tous risques, excepté durant les cyclones, auprès d’Allianz à la Murette. Pour un départ à l’étranger, nous déposons nos papiers dans le canton d’origine, récupérant au passage le capital du 2e pilier (retraite complémentaire). Nous résilions nos divers contrats et avertissons l’office des impôts. Un membre de notre famille résidant en Suisse est le procurateur des comptes bancaires et gère les retards administratifs en notre absence, ainsi que notre blog.

Pour des informations plus détaillées, cf le PDF ci-dessous :

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Autres préparatifs

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Des stages et location de voilier en mer, en plus de navigations régulières sur le lac Léman, ont été indispensables pour acquérir de l’expérience. Tout comme passer nos deux permis voile, lacustre et hauturier de type B (avec le CCS). Régis possède en outre un permis moteur et un certificat d’opérateur radiotéléphonique restreint pour l’utilisation de la VHF. Diverses lectures ont guidé nos préparatifs : des récits de navigation, les ouvrages techniques de Jimmy Cornell, le nouveau cours des Glénans. A bord se trouvent des guides de pêche, de météorologie, de médecine du voyage, de mécanique et d’électricité, de cuisine en mer et des dictionnaires de traduction.

Partir loin et longtemps, donc partir bien. Avec une bonne préparation financière pour éviter de se retrouver à sec dans une situation critique. Et avec une préparation psychologique avisée, pour passer d’une vie confortable à l’inconnu. Pour partir mais sans fuir.

Choix du bateau

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Le choix d’un bateau a été semé de questionnements. La priorité étant le voyage, le voilier idéal devait s’acheter à un prix raisonnable, tout en promettant un entretien économique en temps et en finances.

Nous avons opté pour un bateau en acier, bon marché et solide, mais lourd et exigeant un combat permanent contre la rouille. L’avantage réside dans l’autonomie des réparations. Avec son propre poste à souder, ou chez les artisans du monde entier, œuvrant partout où vivent pêcheurs et militaires. Régis vient d’apprendre à souder (merci Serge!), aptitude presque indispensable sur un voilier en acier.

Entretien d’un bateau en acier

Notre projet de vie coïncide avec l’entretien optimal d’un tel bateau : y vivre à temps plein pour contrôler l’évolution de la corrosion. L’entretien de base reste la prévention pour éviter toute stagnation d’eau. Nous traitons localement le pont et les fonds tous les deux mois, et Cercamon subit un gros chantier tous les deux ans. Il faut savoir qu’un bateau demande passablement plus d’entretien qu’une maison!

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Au chantier à Trinidad

Voici notre protocole de traitement contre la rouille:

1. Gratter et poncer la rouille jusqu’au maximum faisable pour retrouver l’acier « blanc ».

2. Appliquer au pinceau 1 couche d’acide phosphorique (« Rust treet » de chez Budget Marine par exemple), temps de séchage d’environ 2 heures en plein soleil et par temps sec. Renouveler avec une 2ème couche. Rincer avec de l’eau douce la fine pellicule de graisse (violette-grise) qui se sera formée sur la couche d’acide phosphorique sèche, puis dégraisser avec de l’acétone .

Ensuite, protocole classique des peintures sur acier :

3. Passage de 3 couches d’époxy bi-composant (à Chaguaramas, acheter le galon d’époxy-bi chez « Jotun » : env. 10 € le gallon en 2007), temps de séchage entre les couches environ 2-3 heures si temps sec. Dégraisser avec acétone entre toutes les couches pour assurer l’adhérence de la couche suivante.

4. Enfin pour protéger l’époxy bi-composant qui ne résiste pas aux UV : passage de 3 couches de peinture polyuréthane mono composante de la couleur choisie. Après quelques essais de la polyuréthane bi-composant,  nous l’avons abandonnée car nous n’en avons pas été satisfaits, elle adhère moins bien que la mono sur l’époxy bi, forme plus rapidement des cloques et en plus est assez chère. Donc sur Cercamon, toutes les couches finales sont de la polyuréthane mono et ça va très bien. La couche de protection la plus importante est l’époxy bi (bien « pâteux » pour « étouffer » l’acier et éviter qu’il ne rouille). De plus on  trouve la mono dans tous les pays comme peinture pour carrosserie de voiture.

Depuis la fin 2011, nous testons la résine époxy à la place de la peinture époxy bi-composant. Nous sommes plus satisfaits des résultats : meilleure adhérence de la résine époxy sur l’acier mis à blanc, qui en outre tient mieux dans le temps. Pas besoin d’utiliser d’acide phosphorique. Simplement ôter toute trace de rouille et mettre l’acier à blanc, puis appliquer 3 couches de résine époxy (la résine sèche assez rapidement), puis même protocole avec la peinture polyuréthane pour protéger la résine-époxy des UV.

L’achat du bateau

Voilier

Notre budget nous a dirigé sur le marché de l’occasion français, vers un bateau prêt à partir et non à remettre en état. Nous avons épluché les annonces sur internet et dans les magazines de voile, écumé les salons de l’occasion, traqué les petites annonces dans divers ports. Un inventaire très précis a guidé nos visites des voiliers (cf ci-dessous). Après un premier examen, nous revenions pour un essai en mer, contrôlions les œuvres vives, et faisions analyser de l’huile moteur pour connaître son état général. Après vérification que le bateau n’était pas en hypothèque et que les taxes de francisation avaient été payées aux affaires maritimes, Cercamon est entré dans notre vie. Un quillard et monocoque de 34 pieds, âgé de 23 ans. L’aménagement intérieur nous satisfait, simple et agréable (cf photos dans Présentation du voilier Cercamon).

Inventaire :

Notre inventaire est très détaillé, mais fait pour être rempli rapidement en entourant les réponses adéquates. A la fin de la visite, le nombre de “oui” cochés permettra de définir rapidement si l’occasion est bonne ou pas. Document à télécharger : doc inventairevoilierenmtal.doc

Equipement à bord

Compléter l’équipement de Cercamon s’est fait en Europe. Les produits sont moins chers et plus variés que ceux sur la route du voyage, et les shipchandlers sur internet souvent plus avantageux. Privilégiant la qualité du matériel sur son prix, nous avons été récompensés par sa résistance.

A l’image des bateaux de Moitessier, et face à l’agressivité de l’univers marin, Cercamon est équipé simplement pour éviter la multiplication des risques de pannes. Peu de matériel équivaut à un maximum d’autonomie lors des réparations diverses, évitant stress et dépenses superflues. Une boîte à outils complète et de bonne qualité nous est indispensable à bord, ainsi que quelques machines électriques (disqueuse, ponceuse et perceuse).

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Observer régulièrement le bateau dans sa globalité comme dans ses moindres détails permet la prévention des casses et pannes. Situations qui en navigation deviennent rapidement critiques. Pour la même raison, nous ne naviguons jamais surtoilés. Nous veillons à l’étanchéité du presse-étoupe qui a déjà dû être changé à plusieurs reprises, certainement à cause des vibrations du long arbre d’hélice, car le moteur est positionné au centre du voilier.

Electronique et énergie

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L’électronique de bord est dépouillée, mais suffisante : un GPS fixe, deux portables par sécurité, et un sondeur. Le compas électronique, tombé en panne, a été remplacé par un  magnétique. Les cartes papier ont été récoltées avant de partir (merci la famille Falcy !) ou photocopiées en cours de route, prêtées par des plaisanciers. L’ordinateur portable sert d’avantage aux loisirs qu’à la navigation. Le logiciel Maxsea est relié à une antenne GPS. Les feux de route sont des LED. Il y a un radar à bord, mais par souci d’économie d’énergie, nous préférons les veilles visuelles ; nous nous relayons 24h/24. Celui de quart porte toujours un harnais si l’autre dort, équipement que nous revêtons systématiquement tous les 2 la nuit ou par gros temps. Un petit pilote automatique (Raymarine 2000) à faible consommation est fixé sur la barre franche. Le voilier est bien équilibré, et sauf par mer courte et hachée, le pilote est très efficace. Tellement que nous en possédons deux similaires en réserve et avons abandonné l’idée d’un régulateur d’allure.

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Notre fidèle et précieux pilote automatique

Deux panneaux solaires de 85W et une éolienne Air Marine alimentent directement trois batteries de 105 Ah, une pour le moteur et deux de servitude. L’énergie solaire et aérienne forment un très bon couple. Les panneaux donnent encore plus de leur puissance en alimentant les batteries directement, sans passer par le régulateur, par un système de shunt que l’on enclenche ou stoppe selon le besoin. Il n’est ainsi plus nécessaire de faire fonctionner le moteur pour recharger les batteries.

Nous n’avons plus de génératrice à bord (les deux précédentes sont tombées en panne). Elle ne nous servait que sporadiquement, pour des travaux sur le bateau nécessitant le recours à des outils électriques. Depuis, nous nous rendons à des ateliers à terre, il en existe partout à travers le monde.

Mouillage

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Peu de ports, des mouillages fréquents, c’est là que nous avons investi. Pour un voilier d’environ 7 tonnes, le mouillage principal se compose de 70m de chaîne de 10mm avec une ancre CQR de 45 livres, suffisant pour ancrer jusqu’à 15m de fond. Le deuxième mouillage (une CQR du même poids avec 30m de chaîne de 10mm + 50m de cordage de 22mm) nous a servi à plusieurs reprises en empennelant. Le troisième (une ancre Britany avec 20m de chaîne de 8mm + 40m de cordage de 22mm) encore jamais. Notre bateau possède uniquement un guindeau manuel.

Cercamon déploie toujours un maximum de chaîne, indépendamment du vent, objet de plaisanterie avec certains navigateurs. L’origine de cette « manie » remonte à Collioure. Le bateau s’est échappé tout seul du mouillage pour s’en aller en mer la nuit, pendant notre profond sommeil. Nous n’avions pas mouillé assez de chaîne : il s’agissait de notre premier ancrage avec Cercamon. Nous mouillons depuis au minimum sept fois la hauteur d’eau. Depuis, il est extrêmement rare que le bateau dérape, même si le vent souffle violemment.

Gréement

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Les embouts Sta-Lok représentent une alternative intéressante au sertissage des haubans. Ils permettent une réparation de torons cassés en toute indépendance, n’importe où, sans coucher le mât. Les embouts se trouvent chez tout shipchandler bien achalandé, en tous cas autour de l’Atlantique. Plus chers qu’un sertissage, ils sont aussi plus fiables. Cf  notre document à télécharger: pdf emboutsstalok.pdf

Aux Canaries, Régis, a effectué un contrôle en haut du mât et a remarqué à temps le dessertissage de deux de nos bas-haubans. Heureusement, car la traversée suivante jusqu’au Cap Vert allait nous faire rencontrer une mer croisée, passablement de vent, et nous faire vivre un bel empannage, où nous aurions risqué de perdre le mât.

Cercamon pèse environ 7 tonnes, et les surfaces  cumulées de la grand voile et du génois doivent approcher les 70m2. Il y a possibilité de prendre 3 ris dans la grand-voile. Le mât mesure 12,50m, et est équipé d’échelons extrêmement pratiques ainsi que de balcons de mât. Notre voilier est peu rapide, ce qui ne nous pose pas de problèmes. Nous avançons en moyenne à 4,6 nœuds, avec des pointes maximales de 7 nœuds. Grâce à la petite taille de Cercamon, chacun peut le manœuvrer seul au besoin.

Moteur diesel

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Novice en mécanique, Régis s’est formé avec des cours de diesel pris en Suisse, mais surtout en entretenant régulièrement le Volvo Penta 2003 28CV (de 1995). Au fil des pannes, il est devenu de plus en plus autonome. Un avantage car une intervention à l’étranger est souvent plus complexe. Notre consommation actuelle de gasoil est très correcte : 1,5l/h.

Autonomie en eau et gasoil

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Dès les portes de l’Europe franchies, des bidons deviennent utiles pour s’approvisionner en eau et carburant dans les nombreux mouillages dépourvus de port. Dans la quille sont entreposés 250 litres de gasoil. Les réservoirs souples contiennent 250 litres d’eau. S’y rajoutent 250 litres supplémentaires dans des jerricanes de 25 litres, système également utile pour récupérer l’eau de pluie depuis le taud. Nous avons rarement eu besoin de désinfecter l’eau cherchée à terre. Un dessalinisateur est superflu, l’eau douce étant soigneusement économisée. Elle ne sert qu’à la boisson, et depuis le début, nous utilisons l’eau de mer pour la vaisselle et la toilette (pas de douche à bord).

Santé

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Les mois précédent le départ, nous avons suivi les conseils vaccinaux du Centre de Vaccination et Médecine des Voyages au CHUV (CHU vaudois à Lausanne), en fonction des destinations prévues. Notre trousse de pharmacie est très complète, basée sur nos connaissances infirmières mais aussi sur un excellent guide de médecine du voyage (cf rubrique Santé et voyage).

Pas d’assurance maladie, mais nous cotisons à la Rega. L’assistance mondiale de rapatriement nous est utile en cas de soins insuffisants dans un pays. De retour en Suisse, selon la LAMal une caisse maladie doit prendre le relais de la suite des traitements (notion peu connue). Cf le PDF concernant la loi sur l’assurance-maladie (LAMal), pages 17 et 18 : Le secteur suisse de la santé. En général, la majorité des pays pratiquent des soins d’urgence gratuitement. Notre assurance accident est comprise dans le contrat de la Murette (assurance suisse).

Un seul accident répertorié jusqu’à maintenant, la chute de Régis du bateau en 2005 dans un mouillage très rouleur, où en tombant par dessus bord, sa mâchoire est venue frapper contre le rail de fargue : fissure de la mâchoire – quelques dents cassées – plaie au menton nécessitant des points de suture. Excellente prise en charge au petit hôpital de Formentera aux Baléares.

Situations d’urgence en mer

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A l’arrière de Cercamon trône un gros bidon étanche contenant du matériel utile à une survie dynamique. Il contient : nourriture, médicaments, matériel de navigation, vêtements chauds contre l’hypothermie, matériel de pêche, divertissements, matériel pour récupérer l’eau de pluie. Nous le larguerions si le bateau coule, en plus du radeau obligatoire et de jerricanes d’eau douce, et nous déclencherions la balise de détresse COSPAS SARSAT.  Pas de téléphone satellite à bord, encore trop cher. A la table à cartes sont épinglées diverses fiches d’actions d’urgence pour éviter toute panique : homme à la mer, matériel supplémentaire à emporter si l’éventuel naufrage nous en laisse le temps, message VHF à prononcer selon le type d’urgence, complication météo, cyclone par exemple. Averti avant chaque grande traversée, notre personne de référence en Suisse donne l’alerte auprès du CROSS sans nouvelles de notre part à partir d’une date d’échéance.

Météo

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A l’escale avant de naviguer, plusieurs sites internet nous offrent d’excellentes prévisions météo, ainsi que les bulletins de RFI pour l’Atlantique sur la BLU réceptrice. En mer, nous recevons des fax météo en branchant la BLU sur l’ordinateur (avec le logiciel JVComm32). Le risque de se faire surprendre par une mauvaise météo devient faible.

Budget

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La préparation financière du projet s’est faite sur six ans, en travaillant tous deux à plein temps comme infirmiers. N’étant pas rentiers, nous effectuons une croisière par étapes, soit en travaillant à l’escale, soit en Suisse. Une solution que nous avons privilégiée jusqu’à lors, les vols de retour étant peu onéreux. Le métier d’infirmier se révèle idéal pour voyager, l’embauche se fait rapidement, avec souplesse, et presque partout.

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Nous gérons nos comptes bancaires par internet. A l’étranger, les retraits s’effectuent par carte de crédit ou Maestro. En cas de problème nous irions à la Western Union, omniprésente. Le cas du Venezuela est différent ; les banques sont souvent corrompues. Nous avions retiré des devises en euros et dollars aux Antilles que nous changions sur place.

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Certains navigateurs nous ont appris l’art de la récup. Fouiller dans les poubelles des chantiers et dans les déchets que la mer ramène à terre, s’arrêter pour une vis qui traîne par terre, etc. On peut trouver des trésors tout en s’amusant beaucoup, et ainsi réaliser certaines économies ! Car de nos jours, seul le vent est gratuit dans l’univers de la plaisance.

Ayant lu et entendu l’expérience d’autres navigateurs avant de partir, nous pensions illusoirement pouvoir vivre comme des robinsons en bateau. Mais ces témoignages dataient des années 60 à 80, et ne sont plus transposables à l’époque d’aujourd’hui, même si la mer, elle, n’a pas changé.

En trois ans de voyage, voici notre budget moyen mensuel :

Types de dépenses

Dépenses en pourcentage sur le budget total

Approvisionnement

24,6%

Sorties à terre (déplacements, restaurants, musées, etc.)

22,4%

Divers (matériel informatique et photo, vêtements, lessives, matériel de pêche, cartes marines et guides nautiques, etc.)

16,8%

Assurances etc. (cartes bancaires, caisse retraite, assurance rapatriement,assurance multirisques pour le bateau, taxe de francisation)

16%

Bateau : frais d’entretien généraux

10,3%

Consommables (carburant, eau, gaz)

3,5%

Ports et formalités

3,2%

Communications

1,8%

Santé (achats de médicaments, vaccins, etc.)

1,6%

 

Nous calculons le prix des chantiers à part.

Si vous désirez plus de détails en chiffres sur notre budget, veuillez nous adresser votre demande par e-mail.

Administrations dans les pays étrangers

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Les entrées et sorties dans les différents pays sont simples en Europe, plus compliquées après. Mais aisées en usant de patience, de respect, et en connaissant un minimum la langue, effort également apprécié des indigènes. L’anglais et l’espagnol sont très utiles. Un passage aux douanes et à l’immigration est exigé, parfois à des bureaux supplémentaires comme au Brésil. La proposition d’alcool et de tabac est bienvenue au Venezuela, où les militaires montent régulièrement à bord.

Cambuse

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Tout recoin autour de l’Atlantique possède son supermarché, centre commercial gigantesque ou épicerie dégarnie grouillante d’insectes. La prévention de leur envahissement à bord est essentielle ! Celle des cafards se fait en désinfectant fruits, légumes et œufs à l’eau de javel diluée, en ne ramenant aucun carton à bord, et si possible en retirant les étiquettes des boîtes de conserve. Les marchés sont un lieu de vie et une excellente source d’approvisionnement. Divers pays manquent de certaines denrées, dans d’autres la vie est chère. Nous prévoyons alors d’y entrer les cales pleines de produits avantageux, issus de la précédente escale. La composition des menus se fait en fonction des produits disponibles. En certains lieux, comme au Cap Vert, il était difficile de trouver fruits et légumes. Par contre au Brésil, ça a été l’orgie.

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Notre alimentation de base est similaire à celle d’Europe, mariée à des ingrédients exotiques. Selon les lieux le quotidien s’enrichit grâce à la chasse sous-marine, la cueillette de coquillages, la pêche à la traîne. Pas de frigo à bord, mais des astuces puisées dans des livres de voyage pour la conservation des produits frais (par exemple retourner les œufs tous les 3-4 jours, conserver fruits et légumes dans un filet, etc.). Mais en général, tout doit être consommé assez rapidement. La cocotte minute sert à la réalisation de conserves de poisson et pour cuisiner par gros temps. Un bon stock de boîtes hermétiques est indispensable pour la conservation des denrées (contre l’humidité/moisissure et les divers insectes). Nous remplaçons ou rechargeons nos deux bombonnes de gaz de 13 kg au fil des escales. Selon les pays, il faut changer d’embout ou carrément de bouteille.

Lessive : Dans pratiquement tous les pays on trouve des lessiveries, self service ou non ; le linge est parfois lavé à la main.

Communication

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Internet se trouve partout dans le monde, parfois en Wi Fi. L’une des premières questions lorsque des voyageurs se rencontrent est : « où est le cyber café du coin ? » Ce précieux outil permet outre la communication régulière avec les proches les gestions administrative et bancaire. Déçus par le système de poste restante, nous préférons attendre une visite européenne à bord pour nous ramener du matériel spécifique ou des nouvelles cartes bancaires.

Insécurité

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Dès la frontière de l’Europe dépassée, les risques d’insécurité augmentent, notamment les vols. L’objet le plus vulnérable du plaisancier est son annexe. C’est ce que nous avons réalisé dès Gibraltar ; on nous y a volé la nourrice du hord bord, et si nous n’étions pas revenus à temps, annexe et moteur auraient également disparu. Depuis notre dinghy est dépouillé, souvent nous ramons pour le laisser à terre sans moteur, donc moins attrayant, et le cadenassons systématiquement. Cercamon est fermé en notre absence et le pont est élagué de tout objet de convoitise. Au Venezuela, nous avons parfois dormi enfermés la nuit, régulièrement navigué en flottille et jamais mouillé seuls.

En cas de braquage, nous avons élaboré une fausse boîte à bijoux vaguement cachée  contenant bijoux étincelants mais de pacotille, argent sans valeur, cartes de crédit périmées. Au Brésil elle a démontré son efficacité. Pendant notre absence, Cercamon a été braqué au mouillage de São Luís : vol de quelque matériel à bord, mais dégâts limités. Les voleurs, pressés, n’ont pas eu le temps de trouver nos valeurs cachées et dispersées en divers endroits du bateau. Mais ils se sont acharnés sur cette fausse boîte à bijoux ! A terre nous n’exhibons aucun signe extérieur de richesse. Des sites spécialisés, des guides de voyage ou les discussions entre navigateurs nous apprennent les lieux à risques. Ces précautions d’usage deviennent systématiques sans entraver le plaisir du voyage. 

Insécurité au Venezuela : notre expérience de 5 mois en 2008 (extrait de notre article dans Nautisme Romand n°263).

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Le Venezuela est sur la route logique d’un tour du monde, et le lieu idéal après les Antilles pour passer la saison cyclonique : zone de navigation moins fréquentée, coût de la vie moindre, contacts aisés avec la population, paysages et fonds sous-marins splendides.

Nous avons pris plusieurs mesures de sécurité pour passer la meilleure escale possible dans un pays connu pour la piraterie, qui touche les indigènes comme les étrangers :

. Navigation en flottille, en restant en contact VHF

. Eviter les navigations de nuit, et sinon tous feux de route éteints, en assurant une veille permanente. Car les pêcheurs ne sont pas ou peu éclairés, et leurs filets nombreux.

. Dormir enfermés dans certains mouillages, principalement près des grandes villes.

. Lieux à risques : se référer à la carte de piraterie du site vénézuélien ONSA, remise à jour en fonction des attaques : http://www.onsa.org.ve/securite.shtml#. Sur notre parcours, les îles du nord étaient quasiment sans risques, sauf un cas isolé début 2008 aux Testigos : attaque de plaisancier par des pirates étrangers à l’archipel. Nous avons redoublé de prudence à Margarita et aux îles autour : Coche et Cubagua, et sur tout le littoral continental nord, de Paria à Puerto Cabello, à l’exception du fond du Golfe de Cariaco. Nous ne connaissons pas la côte nord-ouest du pays, mais la route classique l’évite pour passer vers les îles Bonaire, Curaçao et Aruba.

. Le cas de Margarita : mouillages déconseillés tout autour de l’île, excepté Porlamar et Juangriego, à considérer avec prudence. Les braquages des voiliers restent réguliers à Porlamar, un passage obligé pour réaliser l’entrée ou la sortie administrative du pays. C’est aussi la première île en venant des Antilles où l’on peut changer des devises en bolivars : les transactions se déroulent souvent au mouillage ou à proximité, et représentent un facteur de risque supplémentaire. La grande concentration de voiliers attire des convoitises, dans un pays où les disparités sociales sont énormes, et l’ancrage se trouve juste sur le passage des pêcheurs pour partir en mer.

. Les braquages : Les pirates agissent souvent le soir ou la nuit au mouillage, beaucoup plus rarement en navigation. Ils abordent le voilier convoité en barque, et menacent généralement l’équipage avec une arme à feu. N’opposer aucune résistance dès que les pirates sont montés à bord. Pas de violence physique à priori si on reste passif. D’autres vols surviennent pendant la journée en l’absence des propriétaires.

. Pour éviter de constituer une cible, nous n’avons jamais été le seul bateau au mouillage, Cercamon n’affiche pas de signes extérieurs d’aisance, pas de mouillages devant une marina (autour sont souvent regroupés des bidonvilles), nous ne sommes pas restés longtemps dans un même endroit pour éviter l’analyse de nos habitudes, l’annexe est toujours cadenassée sur le rivage et remontée à bord la nuit. Nous disposons d’un Gomme Cogne, un pistolet de détresse avec au choix des cartouches de détresse ou de chevrotines en plastique qui peuvent tuer à cinq mètres, ou en tous cas blesser sérieusement. C’est un dispositif que nous utiliserions uniquement pour repousser à distance un bateau suspect

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. Réaction des autorités vénézuéliennes : indifférence à la piraterie. Leur faible salaire engendre la corruption.

En cinq mois, nous avons eu six échos de vols, et d’un braquage avec meurtre (au mouillage devant une marina près de Caracas). En nous entourant d’un maximum de sécurité, en adoptant un comportement de prudence constant, en particulier dans les grandes localités – au mouillage comme en ville – nous n’avons jamais été inquiétés par des pirates. Si c’était à refaire, nous nous serions rendus encore plus rapidement au Venezuela. Un pays merveilleux à découvrir, une escale magique.

Les implications d’un voyage en bateau

Le voyage devient un mariage intime avec la mer, élément omniprésent qu’il faut aimer et respecter dans tous ses états : lagons idylliques, mais aussi traversées difficiles, ou nuits colériques au mouillage, privés de sommeil pour veiller sur l’ancrage. Heureusement, aucun de nous deux n’a le mal de mer.

Un tour du monde à la voile offre une certaine vision du monde : celle des littoraux et des îles. La découverte de l’intérieur d’une terre devient rapidement compliquée en bateau. Où le laisser, à quel prix, sera-t-il en sécurité ? Dans notre choix de vie en mer, nous partons rarement en expédition terrestre prolongée. Sauf  en cas d’intérêt particulier ou si la vie du pays est abordable.

 

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Notre itinéraire, assez précis, reste toutefois malléable. Nous avons toujours souhaité voyager sous les Tropiques, où nous jugeons la navigation plus aisée, et où nous jouissons des plaisirs aquatiques qui nous sont chers. Même si ces zones sont parfois synonymes de moustiques et autres insectes, de chaleurs étouffantes, de lieux plus fréquentés et plus onéreux.

Le trajet est préparé d’avance pour éviter l’arrivée en saison des pluies, connaître le climat politique, etc. Si les vastes temps passés à l’escale permettent de nous imprégner des ambiances et des particularités de chaque pays, l’envie de découvrir ce que recèle l’horizon nous pousse toujours en avant.

Difficile de savoir avant de partir si un grand voyage sur la mer, élément inconnu, nous séduirait. Surtout en ne connaissant que les lacs helvétiques, la mer côtière en France, et des tas de récits d’autres navigateurs. Prendre le risque de changer de vie a été le cap le plus difficile du projet et de tout le voyage. Mais une fois immergés dans cette vie, nous nous demandons pourquoi nous ne sommes pas encore partis plus tôt!

Les premiers temps, nous nous sommes sentis un peu déboussolés de sortir de la société. S’échapper d’un cocon confortable, d’un monde bourré de directives implicites, d’un rôle professionnel et social. Se réapproprier un temps qui à terre se compte, ne plus avoir besoin d’être performant et rentable. Développement d’un sentiment nouveau qui s’appelle liberté. Faire marche arrière semble devenir de plus en plus difficile…

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Le temps libre s’apprivoise rapidement, ne laissant guère place à l’ennui. Si nous partageons énormément de loisirs en commun (randonnées, plongée en apnée, natation, rencontres, lecture), chacun a aussi ses occupations propres, ce qui est essentiel sur un petit espace. Régis aime contempler l’univers qui l’entoure, bricoler et pêcher. De mon côté, l’écriture et la photo me passionnent. Le système d’échange de livres entre navigateurs, à l’Alliance française ou dans les ports, est intéressant.

L’avantage du voilier est de promener sa maison avec soi. Un facteur qui peut expliquer la longueur de certains voyages en bateau.

Un couple sur un bateau

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La vie en couple 24h/24 sur un petit espace est un plus lorsque la relation devient complicité, confiance, égard et entraide. Dans la vie terrienne, nous passions déjà le maximum de temps ensemble, mais nous n’imaginions pas que le bateau allait renforcer de manière beaucoup plus aigüe cette connaissance l’un de l’autre, dans un univers où au début aucun des deux n’avait ses marques. Si la première année a connu parfois quelques tensions, nous avons fini pas trouver une harmonie de couple, peut-être même de manière plus épanouie qu’avant. Ni l’un ni l’autre n’avons un caractère colérique, nous avons l’habitude de parler des problèmes dès qu’ils se posent ; il vaut mieux les résoudre au plus vite sur un espace réduit ! Nous avons appris que la fatigue est propice à l’énervement, et nous tentons de nous organiser au mieux pour récupérer des quarts en navigation. En cas de mauvaise météo ou de situation difficile, malgré le stress, chacun y met du sien pour nous en sortir au mieux et au plus vite.

Contacts avec les populations étrangères

Etant dans la peau d’invités dans un pays étranger, notre savoir-être est basé sur le respect de l’autre. Notre passage se fait discret, l’inconnu peut facilement devenir une cible en cas de problème. Les contacts sont amicaux avec la majorité des indigènes, emprunts de chaleur et de générosité.

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Le voyage nous amène à court ou moyen terme à la confrontation avec la pauvreté. Au Cap Vert, nous avons laissé un paquet de médicaments dans un dispensaire, récoltés dans un hôpital universitaire suisse. Dans d’autres villages du pays, nous avons distribué cahiers, stylos, t-shirts et casquettes publicitaires. Nous ne sommes membres d’aucune association, nous faisons simplement de l’humanitaire devant notre porte, en fonction des gens et des situations que nous croisons. Le troc et le marchandage ont souvent cours hors d’Europe, un système qui évite le don d’argent et qui vise à favoriser une relation d’égal à égal. Parfois un lien particulier se créé avec des personnes qui nous marquent. Alors que nous les sentons dans le besoin et qu’elles ne réclament rien, nous leur laissons une enveloppe en fonction de notre budget.

Les autres navigateurs

La communauté des navigateurs, présente dans tout port ou mouillage, offre une grande richesse de contacts et une précieuse solidarité.

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C’est en compagnie des plaisanciers que nous apprenons toujours une foule de détails sur les escales. Mais prudence avec les « radios-ponton » qui circulent si rapidement. L’un des meilleurs exemples concrets a été lorsque nous nous sommes retrouvés aux premières loges avec l’histoire du trimaran « Intermezzo » en Algarve, dont le skipper français avait été assassiné par deux équipiers de la même nationalité qu’il venait d’embarquer, et socialement inadéquats. Le fait divers s’est transformé plus loin en histoire de piraterie au large des côtes du Portugal ! Nous préférons nous rendre compte des choses par nous-mêmes, à moins que l’histoire que nous raconte la personne ne lui soit arrivée personellement, ou encore à ses amis proches.

Conclusion

Les préparatifs du projet et l’entretien du voilier nous ont périodiquement paru laborieux. Mais les cadeaux d’une telle aventure les surpassent largement. Une vie intense faite de nomadisme, de liberté, de découverte du monde, des autres, et de soi-même. La mer et le voyage nous ont déjà grandis, rendu plus humbles et ouverts. Une existence bien plus riche que nous ne l’aurions imaginée, qui nous donne l’impression de vraiment vivre. Il fallait oser faire de notre rêve une réalité.

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ANNEXES

Nos sites de référence

Divers :

Compass : http://www.compass24.ch/web/catalog/shop?lang=fr_FR

Leesail : http://www.leesails.com/

Kit d’analyse d’huile moteur chez Vernolab :

http://www.vernolab.sgs.com/fr/particuliers_vernolab

Embouts Sta-Lock (en anglais): http://www.seafarer-research-center.com/diyrigging.htm : Do-it-yourself rigging. (Comment monter des embouts Sta-Lock sur des haubans)

Site de conversion et unités marines : http://www.annoncesbateau.com/services_conversion.php

Sites instructifs de voyages en mer :

Banik : http://www.banik.org.

Voilelec : http://www.voilelec.com/pages/index.php

Etoile de lune : http://s121758490.onlinehome.fr/etoiledelune/index.html

Les forums de Sail the world : http://www.stw.fr et Hisse et oh : http://www.hisse-et-oh.com.

Nos sites météo :

Winfinder : http://www.windfinder.com/forecasts/. Cliquer sur « Prévisions : carte des prévisions ». Sélectionner la zone géographique voulue. Cliquer sur « animation ».

Weatheronline : http://www.weatheronline.co.uk. Cliquer sur « Sport : sailing ». Sélectionner le pays désiré.

Fnmoc : https://www.fnmoc.navy.mil. Cliquer sur Meteorology : WXMAP.

Cf l’excellente page météo du site d’Etoile de lune

Notre bibliothèque de bord :

livres

Route de grande croisière de Jimmy Cornell 

Escales de grande croisière de Jimmy Cornell (réactualisation disponible sur internet : http://www.noonsite.com/Countries

Objectif grande croisière de Jimmy Cornell

La navigation par gros temps d’Adlard Coles et Peter Bruce

Voile, mers lointaines, îles et lagons de Bernard Moitessier 

Mettre les voiles avec Antoine

Naufragé volontaire d’Alain Bombard

Code Vagnon de la pêche en mer à bord d’un bateau 

Et vogue la cambuse de Michèle Meffre

La Médecine du Voyage de Hubert Guérin et Antoine Grau

Guides sur la faune et la flore du site http://www.delachauxetniestle.com/ (monde aquatique, plantes tropicales, oiseaux de mer, etc.)

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LE BRESIL DE CERCAMON

carte Drapeau du Brésil

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De cet immense pays qui représente nos premiers pas en Amérique du sud, nous ne connaîtrons que trois escales sur la côte nord-est. C’est bien peu en regard de toute la richesse que renferme ce gigantesque territoire vivant au rythme de tant de cultures différentes. Ci-dessous un échantillon de Brésil.

Les photos sont visibles sur:

https://get.google.com/albumarchive/104693911248873329852/album/AF1QipOZtOC4gV3RnEiJWe9I5szyuTfcszTzhM57YJ9J

Et aussi sur notre album Flickr: https://www.flickr.com/photos/doris-r/albums/72157646038017204

2cartebresil.jpg Drapeau du Brésil

 

 

LE BRESIL DE CERCAMON

São Luís, 20 mai 2007

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INTRODUCTION

Le Brésil, pays de 8’514 877 km2, grand comme 15 fois la France, avec 3 fois plus d’habitants que dans notre hexagone. Dans cet immense territoire, divisé en 5 régions (plus 2 archipels), celle du Nordeste s’étale sur un million de km2. Cette grande contrée est elle-même divisée en 9 états, chacun recouvrant une superficie conséquente, alignés sur 3500 km de côtes.

Parmi ces états-là, nous n’en avons traversé que 3. En passant uniquement par le littoral, et en restant toujours dans un cercle de quelques dizaines de km autour du bateau. C’est de ce Brésil-là que nous allons vous parler, de cette infime portion de pays que nous avons pu entrevoir.

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Une escale bien loin du cliché standard de Rio de Janeiro, véhiculée à travers le monde : ambiance de fête constante, de samba, de capoheira, où les jolies filles abondent, vêtues d’un bikini string sur la plage de Copacabana, ayant parfois recours à la chirurgie esthétique, tout comme les travestis, où la richesse côtoie la misère des favelas. Si l’image n’est pas totalement erronée, la vie se déroule ailleurs souvent plus simplement. C’est aussi et surtout ce Brésil-là que nous allons vous raconter.

3 étapes, 3 aventures chacune différente. La grande ville de notre arrivée sur le continent sud-américain, Fortaleza, la calme campagne à Luís Correía, et le bijou culturel que représente la cité de São Luís.

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GENERALITES ET DEPAYSEMENT

Au Brésil, on vit avec 5h de décalage horaire par rapport à l’heure d’été française (UT-3). On paie en reals (1R$env.=0,40€). La langue nationale est le portugais, parlé avec un charmant accent chantant, qui diffère de la langue usitée au Portugal (ou encore au Cap Vert), tant au niveau de la prononciation que de certains mots qui changent. Puis chaque région l’articule à sa manière, plus ou moins compréhensible pour nous. Si l’on possède quelques bases d’espagnol, comme nous, on saisit vaguement des portions de conversation, on parvient plus ou moins à se faire comprendre, mais pour la 1ère fois dans notre voyage, nous ressentons la barrière de la langue. Dans les lieux où nous passons, très peu de personnes maîtrisent une langue étrangère, ni l’espagnol, ni l’anglais, et encore moins le français. Car la région accueille peu de touristes étrangers, tous sont habituellement brésiliens (qui ne viennent de toute façon pas pendant la saison des pluies). Alors nos oreilles se façonnent peu à peu à ce nouveau langage, et après 2 mois d’escale, nous remarquons enfin les progrès.

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Le dépaysement par rapport au Cap Vert est total. Ce qui nous frappe au prime abord, c’est l’abondance des produits et de la nourriture, à des prix excessivement peu élevés pour nous, en tous cas dans cette partie nord du Brésil. Venant d’un pays où l’on avait pris l’habitude de nous passer d’un certain nombre de choses, tant alimentaires que matérielles, parce qu’on ne les trouvait pas, nous n’arrivons tout simplement plus à acheter quoique ce soit les 1ers jours, nous avons bêtement perdu ce comportement. Mais une fois que le pli est pris, nous profitons de tout ce qui s’offre à nous, surtout avant de nous retrouver dans des contrées bien plus onéreuses comme la Guyane française ou les Caraïbes. On marchande, et sinon, la majorité des produits sont proposés d’office avec 10% de réduction. Bien sûr, si la vie n’est pas chère, en parallèle les salaires sont très peu élevés, toujours par rapport à notre regard d’européen.

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Les étalages des magasins d’alimentation, les marchés de rues croulent sous les dizaines et dizaines de fruits tropicaux et amazoniens différents, aux noms, saveurs et aspects les plus exotiques, qui se déclinent également partout en délicieux jus frais. Mais si l’on désire ne pas trop se dépayser, on trouve aussi tous nos fruits européens. A 0,35€ le kilo, on n’hésite pas à refaire un gros gros plein de vitamines. Comme en goûtant à l’acerola, semblable à la cerise mais contenant 20 à 30 fois plus de vitamine C qu’une orange ! On trouve également l’eau de coco verde partout au même prix qu’un kilo de fruits, une noix contenant près d’un litre de cette eau réhydratante, riche en sels minéraux, si semblable au sérum physiologique que si on la prélevait stérilement (car le liquide à l’intérieur de la noix est stérile), on pourrait directement l’utiliser comme une perfusion intraveineuse pour la réhydratation. Bue très fraîche, elle est délicieuse et étanche réellement la soif.

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Car il fait soif ! En pénétrant au Brésil, nous faisons connaissance avec le climat tropical, chaud et humide, d’autant plus humide que nous nous trouvons en automne en pleine saison des pluies, et ce jusqu’au mois de juin, et qu’au cours de notre remontée de la côte nord, nous ne cessons d’approcher du poumon de la planète, l’Amazonie et sa jungle.

Les pluies tombent surtout pendant la nuit vers Fortaleza, puis deviennent plus abondantes au fur et à mesure que l’on se dirige vers la Guyane et que l’on avance en saison, se déversant indifféremment le jour comme la nuit, se prolongeant jusqu’à plusieurs heures consécutives, souvent accompagnées d’orages. On a chaud, les panneaux sont ouverts, les linges sèchent dehors, puis les innombrables grains organisent nos journées à fermer-rouvrir les hublots, ranger-ressortir le linge.

Les 1ers temps sont difficiles, et nous nous demandons si nous arriverons à nous habituer à vivre dans cette étuve permanente. A suer sans arrêt, jamais nous n’avions vu les pores de notre peau, surtout chez Régis, autant couler. Merveilleuse mécanique du corps humain qui s’adapte à tout genre de situation ; nous sentons toujours la canicule, nous nous en protégeons, mais la supportons beaucoup mieux. Cercamon se revêt de sa tenue tropicale, constituée d’un grand taud de soleil, de protections sur les hublots pour contrer la chaleur, on lui fabrique un cockpit plus confortable pour désormais passer plus de temps à l’extérieur, et l’on déploie les moustiquaires cousues il y a quelques mois et bien utiles à présent.

C’est durant la saison des pluies que ces agaçantes bestioles de moustiques font les fières, transportant avec elles de joyeux virus telle la dengue qui sévit dans tout le pays (symptômes grippaux mais dans certains cas, apparition de la forme hémorragique avec un danger mortel), ou la malaria, répandue autour des bassins de l’Amazone. Les campagnes de prévention sillonnent toute la région et les centres de vaccination offrent des soins gratuits (pour la rage, la fièvre jaune, etc.). On s’asperge de repelents cutanés à l’heure des piqûres, le soir essentiellement, et la nuit dormons cloisonnés sous notre mousseline quadrillée.

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Même en étant prudents, nous collectionnons les piqûres, de moustiques ou d’autres insectes, de plantes inconnues parfois, les boutons dus à la transpiration, ou encore les mycoses. Naturellement, l’environnement favorable à la cicatrisation des problèmes cutanés n’est surtout pas un milieu chaud et humide, et encore moins salin. Alors ça gratte, ça s’infecte parfois, et ça ne part pas comme ça. Cette même ambiance caniculaire et moite s’infiltre aussi vers nos boiseries à l’intérieur du bateau et sur nos tissus, une fine et têtue pellicule de moisissure verdâtre se dépose dessus. Si sur les vieilles façades de la ville de São Luís, cette couche verte contribue à leur donner un certain cachet, il n’en est pas de même dans le Cercamon !

Puisqu’on en était au chapitre des maladies, parlons aussi des maux de gorge récalcitrants dus aux différences de température entre les lieux climatisés et les 30° ou plus extérieurs, et les problèmes de tourista occasionnels, même si l’on applique la règle « peel it, cook it, or forget it » (pour tout légume ou fruit, le peler, le cuire ou l’oublier).

Au début, c’est le frigo qui nous manque. Presque plus rien ne se conserve dans les fonds en contact avec la paroi d’acier reposant sur l’eau qui frise les 30° à présent (on ne s’en plaint pas !). Beurre, fromage, lait condensé sucré tournent en quelques jours, un plat cuisiné ne tient pas au-delà de 12 à 24 heures, les fruits et légumes, mis à part certaines exceptions comme le chou, les oignons ou les agrumes, sont à consommer en quelques jours, sauf si on les achète verts. Quant à la viande ou au poisson, c’est exclu, à moins de les trouver salés ou fumés. Autre précaution : changer régulièrement les poubelles si l’on ne veut pas être rapidement asphyxiés à bord…

Nous nous rattrapons ici dans les restaurants, où financièrement il est plus avantageux de manger à l’extérieur que sur le bateau. De nombreux selfs services proposant divers plats au choix fonctionnent au poids, le prix est indiqué au kilo, ce qui nous revient à manger pour 1 à 4 euros par personne, et copieusement ! Les feijoada, un des mets typiques du coin, à base de haricots, de riz (encore du riz !) et de viande, saupoudré de farine de manioc, est souvent servi.

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Plat de base : le riz

La viande notamment est absolument délicieuse, d’une rare qualité, et l’on trouve dans toutes les villes des grills dans les restaurants ou des barbecues dans la rue ou sur la plage.

Pour clore le chapitre du climat qui nous amène à parler de nourriture finalement, ces pluies et leur temps maussade nous offrent par contre un fabuleux moyen de remplir gratuitement et sans efforts nos réservoirs d’eau.

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Régis nous confectionne un taud récupérateur de pluie sur mesure, et à chaque ondée, l’eau s’écoule automatiquement dans nos bidons, jusqu’à 40 litres en une seule averse ! L’eau est bonne, mais déminéralisée, il ne faut donc pas uniquement boire celle-ci. On en recueille tellement que pour une fois, luxe suprême, on peut se laver à l’eau douce ! Et fini les corvées d’aller chercher l’eau à terre ! On redécouvre des joies toutes simples qui nous enthousiasment, alors qu’on tourne un robinet d’eau à terre sans en faire tout un plat !

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ça marche ce taud de pluie !

Le Brésil est un pays très croyant. 73% sont catholiques, 15% protestants et en expansion, 10% sont rattachés à d’autres croyances. Que ce soit à la ville ou à la campagne, on trouve un nombre incroyable d’églises aux nominations les plus diverses coincées entre les enfilades de boutiques dans les agglomérations, ou plantées au milieu de la verdure loin de l’urbanisation ; les messages bibliques s’affichent sur les T-shirt des gens, sur les pare-brises de bus et de voitures, sur les murs d’enceinte, à l’intérieur des magasins et des restaurants, sur les tracts parfois distribués, sur les barques de pêche. Est-ce pour cette raison que l’on constate une certaine bienveillance à l’égard des mendiants?

A Fortaleza, comme dans toutes les grandes villes du monde, ainsi que lors de nos 2 prochaines escales citadines, les vagabonds y traînent leur misère, tendant la main pour recevoir quelque argent. Au Brésil, ces derniers ne sont pas traités avec mépris, mais avec un certain respect. Les restaurants leur offrent leurs restes, si un client n’a pas terminé son assiette, il la donne à un des indigents, ou une dame sort spontanément de sa maison pour offrir à manger à un miséreux ; lorsqu’il pleut, on ne les chasse pas de la devanture de la boutique ni de celle de l’église, et on leur adresse la parole sans honte.

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A force de sillonner en navigation une côte essentiellement plane faite de sable, et à chacune de nos escales, de parcourir des km et des km sur la grève, le littoral nord-est nous apparaît comme une immense plage ininterrompue. Il y règne toute une activité durant le week-end, où la majorité de la population se retrouve. Il s’agit même d’une véritable culture de la plage. Les familles y passent leurs journées, se rassemblent autour d’un plat de crabes (caranguejos) qu’elles décortiquent, les enfants s’amusent entre eux. Une quantité de terrains de football se dessinent sur le sol, les hommes y plantent les cages démontables, et les matchs se succèdent. Les filles, dont les cheveux cascadent jusqu’à la taille, toutes en string, quelques soient l’âge et la morphologie (ce n’est pas un mythe ! mais jamais topless, partie réservée à l’enfant), s’étendent au soleil. Se badigeonnant le corps d’une lotion hydratante striant leur peau mate de traces blanchâtres, se pavanant et se laissant admirer au plus grand plaisir de ces messieurs, s’interrompant le temps de boire une eau de coco, une bière, voire une cachaça (le rhum local), avant de reprendre le match, ou de rester à se prélasser. Les paillotes diffusent chacune leur musique aux cadences brésiliennes, démontrant le rythme inné des brésiliens. Certaines plages, comme à Luís Correía, sont tellement larges, surtout à marée basse, qu’elles se transforment en une route où circulent les voitures, les buggies, les vélos. Les véhicules stationnent au bord de l’eau, puis reculent au fur et à mesure de la montée des eaux.

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Parallèle à cette longue bande de sable, s’étale une zone fertile de 100 km de large, très arrosée, où poussent entre autres les cultures de sucre, de coton, de cacao. Plus loin derrière, s’étend sur des milliers d’hectares une région aride, où la population, très pauvre, souffre de famine. Nous qui n’apercevons que la façade dorée de la région, où tout se trouve en abondance, nous avons de la peine à nous imaginer que pas très loin, commence un autre monde.

Et pourtant… c’est ce décalage-là qui représente l’un des grands problèmes sociaux du pays, aboutissant à l’essor des bidonvilles, les tristement célèbres favelas. L’actuelle société brésilienne se comprend en remontant dans le passé. En 1500, le pays devient une colonie portugaise, qui va importer inlassablement 3 siècles durant des milliers d’esclaves d’Afrique, mais des Caraïbes aussi (l’asservissement de la population indienne locale ayant échoué), période qui prend fin en 1888, 60 ans après la proclamation de l’indépendance. La population noire désormais libre, mais libre d’être pauvre, car aucun avenir ne lui est proposé (les meilleurs emplois étant réservés aux blancs), elle se regroupe entre elle, c’est la naissance des bidonvilles à la périphérie des villes. Les séquelles de l’esclavage aboutissent aujourd’hui à une forte ségrégation sociale, entre les familles riches et blanches (retranchés dans des bunkers dans les très grandes cités) descendants des planteurs, et les familles pauvres et noires dans leurs bidonvilles pour la plupart, descendants des esclaves africains et des immigrés.

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Au fil du temps, les favelas sont alimentés par des milliers de paysans. Comme l’arrière-pays n’est que pauvreté, comme la plupart de ces immenses territoires ne leur appartiennent pas, mais représentent le bien de grands propriétaires fonciers qui les chassent violemment de leurs terres, ils s’inclinent devant la loi du plus fort, fuyant par la même occasion l’implacable sécheresse. Les favelas se transforment ainsi en une véritable société avec son propre fonctionnement, souvent financé par le trafic de drogue, souvent synonyme de violence et de criminalité. C’est à Fortaleza, nous en reparlerons plus loin en détails, que nous palpons ce climat d’insécurité, même si c’est à Rio qu’il semble être le plus flagrant. Toute la population colorée ne vit pas dans des bidonvilles, bien sûr, mais leurs demeures seront souvent moins prestigieuses que celles des blancs, dans des quartiers généralement distinctement séparés.

Mais en important des esclaves d’Afrique, le Brésil importe aussi toute une richesse culturelle et musicale, palpable dans tout le nord du pays, regroupant fêtes, danses, musiques et traditions colorées.

Après une période de dictature militaire instaurée dans les années 60, l’actuel président socialiste Lula, élu en 2002, tente d’oeuvrer pour la diminution de la pauvreté au Brésil, un des pays au monde où les contrastes sociaux sont les plus marqués. La tâche est grande, la dette extérieure si élevée qu’elle freine les meilleures volontés, la corruption agit à plusieurs niveaux comme une gangrène, les habitants qui pour bon nombre avaient mis leur confiance dans ce gouvernement voient leurs attentes non satisfaites, leurs espoirs déçus.

Un pays développé et moderne, surtout au sud où toute l’économie du pays est concentrée (et qui vit à l’européenne, avec la plus grande proportion de blancs), mais aussi sur tout le littoral nord. Or les traditions surannées perdurent, les carrioles tirées par des chevaux ou des ânes, chargées de divers matériel, se faufilent dans la circulation anarchique ponctuée de klaxons des véhicules modernes. Les annonceurs de rues sur leur vélo récitent leur texte au micro ou transportent les enceintes diffusant inlassablement la promotion de tel article, ou la fête de tel soir à tel endroit. Les cireurs de chaussures attendent le client, installés sur les trottoirs surplombés par les hauts buildings, tout comme les barbiers, ou les réparateurs en tous genres, par exemple de parapluies.

Peu de navigateurs en proportion atterrissent au Brésil après leur transatlantique, la majorité se dirigeant directement vers les Antilles. Une grande partie (surtout composée de français) arrive à Salvador de Bahia, y passe souvent une longue escale, quelques-uns poursuivent vers le sud en direction de Rio de Janeiro, ou plus loin encore vers la Patagonie, et pour beaucoup, remontent la côte nord vers les Caraïbes. Au contraire du côté atlantique occidental, nous croisons ici très peu de voyageurs en bateau, nous retrouvant parfois tous seuls au mouillage.

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Tradition et modernité : une calèche dans la circulation

C’est pourquoi peu de cartes marines ou de prévisions météo sont aisément accessibles (heureusement qu’il existe les logiciels de navigation ou les infos météo sur internet), mis à part dans les 1 ou 2 ports principaux de la côte brésilienne qui s’étend sur 7360 km. Mais aussi parce qu’il n’existe pas de demande inhérente de la population pour la plaisance.

Comme en Espagne, c’est un domaine qui fait office de signe extérieur de richesse ; si l’on possède un bateau, on adhère à un yacht club, on sort le week-end ou les vacances, mais on ne voyage pas de cette manière-là. Même si certains sont réellement passionnés de voile. Les baroudeurs brésiliens existent, nous en avons rencontré un, mais ils se font rares. En Europe, où la tradition de navigation est assez ancrée dans les moeurs, l’idée de voyager ainsi dénote pourtant dans l’actuelle façon de vivre. A plus forte raison au Brésil, un mode d’existence souvent difficile à saisir ; certains nous prennent pour de véritables aventuriers, s’extasiant et s’interrogeant sur notre style de vie, de manière beaucoup plus aigue que dans d’autres pays.

Est-ce pour cette raison que les formalités administratives paraissent relativement compliquées ? Parce que les passages trop espacés des navigateurs ne valent pas la peine de simplifier les démarches ? A chaque état ses administrations, au nombre de 3, qu’il faut aller voir à l’arrivée dans l’état, comme au départ. 3 escales dans 3 états différents pour nous, donc 9 bureaux à visiter chacun 2 fois, en usant de la patience adéquate. Car pour une entrée ou une sortie, une à 2 journées se retrouvent aisément monopolisées ! Mais nous avons le temps, et de plus tout est gratuit. Chaque escale donc commence en général par la découverte des lieux les plus industrialisés et les plus laids. Mais nous vous détaillerons ce chapitre un peu plus loin.

Rapidement, nous nous rendons compte, ayant disposé de peu de documentation nautique avant d’atterrir au Brésil, que la côte nord du pays ne présente pas grand intérêt pour la navigation. Peu de mouillages pour laisser le bateau. Une eau toujours trouble et agitée par les courants de marée, peu propice à la baignade. Des ports très espacés (Fortaleza était notre 1er et dernier). Le problème des limites imposées par notre voilier quillard, avec 1,70m de tirant d’eau, qui ne peut espérer remonter les rios qui parsèment le littoral et qui se vident à marée basse, ni naviguer proche de la côte où les bancs de sable affluent, sans risquer de s’échouer. Un dériveur ou un catamaran prendra beaucoup plus de plaisir sur ce rivage qu’un Cercamon.

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L’autre entrave à visiter le pays réside dans les immenses distances qui séparent un lieu d’intérêt touristique d’un autre, qui se comptent en centaines ou milliers de km, des parcours qui se font en bus pendant des heures et des jours (le train étant très peu développé) ou en avion, la solution la plus onéreuse. L’insécurité, éternel problème du navigateur, existe dans tous les mouillages que nous fréquentons en termes de vols, en particulier la nuit. Difficile alors de s’éloigner du voilier plus d’une journée, et le seul port de Fortaleza ne nous inspire pas une confiance totale au niveau du système d’amarrage (2 amarres à l’avant, une ancre à l’arrière) si bien que nous préférons être présents lors des variations des hauteurs d’eau dues aux marées. Le seul lieu où laisser le bateau en sécurité, aurait été le port de Salvador de Bahia, mais nous ne souhaitions pas descendre trop au sud du pays, notre but résidant principalement dans la remontée jusqu’aux Antilles.

Pour toutes ces raisons, en 2 mois d’escale brésilienne, nous ne visiterons pas le pays comme nous en avons ailleurs l’habitude (particulièrement sur les îles), provoquant au début un sentiment de frustration, cédant la place ensuite à une envie d’approfondir les lieux où nous nous trouvons, de lier connaissance avec la population affable, et de profiter de la vie peu chère.

FORTALEZA, ESCALE CITADINE

Paré des couleurs brésiliennes, antifooling vert, coque jaune, bâches de voiles bleues, Cercamon relâche fin mars à Fortaleza après sa transatlantique. Mais avant de partir à l’exploration de la ville, découverte des administrations, Régis devant pour cela porter un pantalon : la Policia Federal et son personnel taciturne, la Receita Federal (les douanes) qui se déplacera pour visiter le bateau le lendemain, le Ministerio de Saúde où le médecin nous jette à peine un oeil, mais où nous devons remplir un questionnaire, et enfin la Capitania dos Portos (la marine militaire), vêtus impeccablement de leurs uniformes immaculés. La journée qui passe est une affaire d’attente et d’une quantité de papiers à remplir et à signer. Fortaleza grouille de monde, d’agitation, d’activité commerciale. Tout le centre n’est que boutiques accolées les unes aux autres, organisées par thèmes : rue des hamacs, rue des tissus, rue des chaussures, rue des pharmacies, rue du matériel de bricolage, rue des boucheries, rue des cercueils, etc. Le choix est immense, la quantité des produits inimaginable, c’est un choc lorsque l’on vient du Cap Vert. Quelques églises surgissent ici et là, des places publiques aussi, mais il semble que toute la cité ne soit qu’un énorme centre commercial, bordé d’une longue plage devant laquelle s’agglutinent les hôtels de luxe, où l’activité bat son plein en fin de semaine.

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Devant tous les bâtiments officiels de l’agglomération, les vigiles posent la garde. Armés jusqu’aux dents, arborant des gilets pare-balles. Main sur le revolver ou fusil à pompe à bout de bras. Les employés de la marina, les vigiles ou les passants dans la rue, nous mettent en garde de ne pas nous rendre à tel endroit, ou à tel autre, de jour comme de nuit où c’est encore pire. D’utiliser un taxi. Deux zones de favelas redoutées sont implantées en ville. L’une juste à côté de la marina (d’où la présence de gardes armés à toutes les entrées du complexe), l’autre vers le port commercial, à l’endroit où nous devons nous rendre pour les formalités administratives. Nous jouons donc le jeu du taxi, mais à la longue nous avons l’impression de vivre comme dans un carcan. En centre ville, malgré les présences armées omniprésentes contribuant au climat de paranoïa, nous ressentons peu l’insécurité. Sur la plage, en revanche, on devine les regards appuyés, les gamins qui nous frôlent, on voit un touriste se faire dévaliser sous nos yeux, et un adolescent tente de me voler mon appareil photo une autre fois (avec le cri de surprise que je pousse, je ne sais pas lequel des 2 est le plus effrayé !). Une autre fois encore, nous tombons dans la ville en plein manège des convoyeurs de fonds sortant d’une banque ; l’un est posté devant le véhicule blindé, l’autre transporte l’argent, le 3e couvre ce dernier avec son fusil à pompe. C’est cette arme qui surgit d’un coup sous notre nez, car la scène se déroule en plein milieu des passants qui vont et viennent, n’y prêtant même plus attention, et qui s’amusent de notre surprise. Nous apprendrons bien plus tard que la ville est gardée à juste titre, les banques ayant déjà subi de sérieux hold-up.

Nous ne savons que penser les 1ers temps de ce climat de violence qui jusque-là nous était inconnu. Mais après 2 mois d’escale dans le pays, nous relativisons plus la chose. Nous avons parfois l’impression que le climat de peur et de suspicion est plus important que la violence réelle, et en prenant les précautions de base, la seule chose qu’on nous ait volée, c’est une rame sur l’annexe, alors que nous rentrons un soir au bateau 3h après la nuit tombée lors de notre 2e escale.

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Nous passons nos 2 semaines de relâche entre la ville et le port. Qu’est-ce qu’on y est bien dans cette marina ! Nous vous avions déjà décrit tout le luxe dont elle dispose dans notre dernier message. Nous profitons pleinement et quotidiennement de la piscine, nous récupérons peu à peu de la fatigue accumulée pendant la traversée. Nous bricolons tout un tas de choses sur le bateau, faisons les pleins d’eau, de nourriture, de diesel. Je réalise toute une série de confitures avec ces délicieux fruits tropicaux qui ne coûtent rien, nous utilisons Wi Fi et Skype à gogo (dont nous n’avions plus bénéficié depuis 4 mois, et que nous ne retrouverons plus avant la fin de l’année). Nous dégustons la cahipirinha, faisons connaissance avec le charmant capitaine du port, Armando, et avec nos voisins de ponton. Nous sympathisons avec l’aimable couple français navigant sur « Astérie », ainsi qu’avec la folle troupe de jeune bretons, dynamique et originale, tous médecins, dont l’excellent site : http://www.mva.free.fr est accessible aux enfants hospitalisés de Bretagne avec une participation interactive, projet sponsorisé par Ouest France, et parrainé par PPDA.

Début avril, après nos adieux obligatoires aux administrations, nous retrouvons la mer pour une cinquantaine d’heures, une mer agitée, qui bringuebale un équipage peu vaillant, l’une étant atteinte d’un inhabituel mal de mer, l’autre d’une bactérie intestinale, qui évidemment se logera aussi dans l’organisme de l’autre conjoint. Longer le champ de plates-formes pétrolières, longer la côte à 20 milles de distance qui joue à cache-cache, bouleversée d’éclairs en soirée, longer la voûte céleste traversée de longues et lumineuses étoiles filantes, entrer sous le tunnel iridescent de l’arc-en-ciel complet qui s’efface juste à notre passage. Malgré les problèmes organiques, la navigation est belle, l’eau joliment bleue, le courant nous porte, et après 250 milles, on aboutit à Luís Correía. De l’état de Ceará, on passe à celui de Piauí, les buildings sont remplacés par les dunes, l’agitation de la ville par la douce quiétude du lieu. On entre dans le delta de Parnaíba, le plus grand delta d’Occident, à la beauté sauvage, faite de dunes qui s’étalent à perte de vue et de forêt tropicale qui s’agglutine en îles sur la rivière somnolente. Si l’on remontait plus en amont, on découvrirait une faune très riche, et même des crocodiles !

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LUÍS CORREÍA OU LA VIE TRADITIONNELLE

Cercamon, son ancre plantée au milieu du rio à l’eau boueuse, tranchant avec le turquoise de la mer à l’embouchure, devant la comune de Luís Correía. Village de 25’000 habitants tout de même, mais si étalé, si campagnard enfoui dans sa verdure, qu’il a tout d’un village pour ce si grand pays.

L’eau douce du fleuve (qui agit comme un carénage naturel sur la coque –tous les microorganismes agglutinés finissent par mourir-) s’agite dans un sens pendant 6 heures, puis dans l’autre, aucun répit ne lui est laissé. L’étonnant rythme des marées fait glisser l’eau comme un miroir mouvant dans un va-et-vient lent et régulier, ou l’agite pendant les grains, réveillant l’indolent cours d’eau alors tavelé de courtes vagues blanches, malmenant Cercamon tiraillé entre le courant dans un sens et les rafales dans l’autre.

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Le rio, c’est le domaine des pêcheurs. Et ils sont nombreux à s’amarrer au ponton branlant sur les pilotis rongés par l’humidité, à sillonner le fleuve, à revenir de l’océan après des jours, voire des mois d’absence. Leur spécialité, c’est la crevette qui se pêche en quantité dans la région. Grosses et charnues, nous nous en régalons. Leur barques, ici comme à Fortaleza mais surtout à São Luís, c’est tout simplement un enchantement de les voir progresser. Haute voile colorée, souvent rapiécée, qui émerge au-dessus du paysage longitudinal, évoluant majestueusement sur le plan d’eau, louvoyant sur le rio, la moitié de l’équipage, muscles tendus, manoeuvrant à chaque virement de bord. Pas de winch, ni même d’instrument de navigation, pas le moindre GPS, ni filière sur les côtés, ni moteur. Courageusement, ils s’en vont en mer, fièrement, ils prennent la pose pour la photo ; ils savent qu’elles sont belles, leurs jongadas. Certaines embarcations fonctionnent avec la propulsion mécanique, mais elles sont tellement moins jolies…

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Seul voilier à l’ancre, et forcément l’attraction pour les travailleurs de la mer qui passent et repassent, et qui viennent ici livrer leur marchandise. Moins fréquemment qu’à l’époque, où toutes les usines de glaces fonctionnaient encore ; ici au Brésil, souvent l’enthousiasme des débuts planifie le projet, le concrétise, puis tout s’essouffle rapidement et tombe à l’abandon.

Seuls touristes au village, et forcément l’attraction pour les villageois qui nous demandent régulièrement d’où nous venons, où nous allons, avec l’accent de leur région qui nous est particulièrement incompréhensible, nous prenant de prime abord pour des hollandais avec notre pavillon français aux couleurs similaires. La France, pour beaucoup, c’est le pays qui a battu le Brésil au Mondial de football en 1998 (le sport national ici).

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Les gens sont à l’image de leur contrée, calmes et doux, intéressés mais réservés, serviables et aimables si l’on nécessite leurs services. Et tout est toujours « tudo bom ». Avachis dans les hamacs ou posés sur des chaises, la vie s’écoule paisiblement et traditionnellement ici. Comme lors de nos autres escales, l’activité sieste représente une des occupations dominantes. Les hommes jouent aux cartes, ou se chamaillent comme des gamins, leurs fous rires emplissant la rue. Les gens s’abritent sous leur parapluie, se protégeant du soleil comme de la pluie (nous les imiterons aussi). Les nombreux vélos arpentent les rues planes, souvent une famille entière s’y accroche, Monsieur pédale, son aîné glissé juste devant lui, à l’arrière siège Madame assise en amazone avec le petit dernier dans les bras. Une population métissée entre les noirs descendants d’esclaves africains, les indiens d’Amazonie, et les émigrants européens. Mais comme partout, nous sommes la plupart du temps les seuls blancs.

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Paysage paisible et reposant qui nous change agréablement de la grande ville. Sur la rive gauche, les grandes dunes s’étalent entre l’eau brune du rio et l’eau bleue-verte de l’océan. Parallèlement, intercalée entre le sable et la mer, s’étire un long ruban verdoyant où paissent vaches osseuses, ânes timorés, et chevaux orgueilleux. On rame en silence sur l’eau lissée et fangeuse au pied des palétuviers, qui envahissent le sol marécageux en un inextricable enchevêtrement de racines aériennes, survolées de nuées de moustiques. On tend l’oreille aux bruits étranges qui troublent le silence de la mangrove, aux cris des oiseaux qui la survolent, on tente de percevoir toute cette vie invisible qui se déroule dans la jungle. On s’attendrait à voir surgir un crocodile de ces eaux troubles et endormies, simplement habitées par les grosses libellules jaunes et vertes, quelques perroquets, et les chauves-souris la nuit. A terre, c’est le royaume des gros lézards et des iguanes, des somptueux papillons, des crapauds, dont le croissement le soir envahit l’herbe, aiguisant également l’intérêt des serpents. Et moins charmant, des charognards aussi à l’affût de tout, jamais loin des pêcheurs se débarrassant des tripailles des poissons. Quant aux vaches à bosse, nous en apercevrons plus loin dans le Maranhão.

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Sur le rive droite, la longue plage où tout le village se retrouve le week-end, et plus loin, la lagune de Portinho, grande flaque d’eau plantée au milieu des dunes telle une oasis, vouée à disparaître avec le recul lent et progressif du sable sur l’étang.

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Luís Correía est très arrosé, fréquemment arrosé pendant ce mois d’avril. Pluies tropicales qui s’abattent des heures durant sur la côte, ciel gris barbouillé de nuages, vidé de lumière, orages plus ou moins violents, inondations à terre, macadam fumant sous les averses. Reclus trop souvent dans le bateau, réceptifs au crépitement sur le pont de la pluie tropicale suintant du ciel, la vie n’est pas toujours évidente à bord, le moral prendrait vite la couleur du temps. Mais quand le soleil réapparaît, sans demi-mesure, écrasant paysage, hommes et bêtes sous sa chaleur, le ciel réapparaît comme lavé, d’une clarté cristalline.

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Luís Correía, c’est donc le village. Puisque nous y sommes les seuls touristes, on finit par vite nous connaître, et il n’est pas rare qu’on nous emmène en voiture jusqu’à la ville de Parnaíba 15 km plus loin (une « petite » localité de 150’000 habitants), avant même qu’on ait eu le temps de se rendre à l’arrêt de bus, ou avant même qu’on ne lève le pouce pour faire du stop. Parnaíba possède quelque chose d’attirant, une certaine âme, avec son ancien quartier de docks plus ou moins à l’abandon, plus ou moins en rénovation, au bord du fleuve, là où étaient acheminés il y a des centaines d’années les esclaves. Ici on revit, nous sentant enfin libres d’aller et venir où nous voulons, sans risque d’insécurité ; la vie y est encore un peu moins chère qu’ailleurs, on circule en mototaxi dans les rues pour atteindre des lieux décentralisés, comme les bureaux des formalités… car c’est reparti !

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A Parnaíba, elles seront les plus fastidieuses, peut-être parce que les voiliers s’arrêtent rarement ici. Chaque administration, après des heures d’attente, tient à se déplacer en personne pour voir le bateau, chacun nous amenant avec son propre véhicule jusqu’à Luís Correía. Le manège durera donc 2 jours. Médaille d’or à la Policia federal, les plus courageux, qui visiteront réellement le voilier, c’est-à-dire escalader le ponton délabré et vaseux, avec leur chemise, pantalon et chaussures de ville, s’installer dans l’annexe, se faire éclabousser par l’eau boueuse du fleuve pour enfin atteindre Cercamon, et brièvement entrer à l’intérieur. Nous nous retenons de rire, le visage des pêcheurs sur le ponton est balayé d’un sourire mi-ironique, mi-amusé, mais l’aventure qui dépayse les 2 policiers de leurs bureaux ne semble pas leur déplaire ! Les 2 autres offices, en revanche, se montreront moins téméraires ; de voir le bateau au mouillage les dissuadera d’investiguer plus loin…

Heureusement, au départ, les démarches sont plus simples, sauf que la Policia Federal est en grève, et qu’il faut remettre le protocole de sortie à plus tard.

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La Jeep de la Capitania dos Portos

A Luís Correía, nous entendons un jour parler français dans un local d’internet… on lie rapidement connaissance avec cette famille de navigateurs qui un jour y a fait escale, a eu le coup de foudre pour l’endroit,et n’en est plus repartie. Profitant de l’immobilier si peu cher, leur demeure au bord du cours d’eau est des plus agréables, entourée de son grand jardin où poussent toutes sortes d’arbres, de plantes et de fleurs.

D’ailleurs nous repartons chargés d’une vingtaine de noix de coco ! Nous passons plusieurs chouettes soirées ensemble, et nous apprenons quantité de choses sur le pays, également grâce à leurs amis brésiliens. Après 2 semaines d’escale « campagnarde », suivent 2 jours de mer pour atteindre São Luís, 200 milles plus au nord. Les colères du ciel en déluge aquatique au départ comme à l’arrivée, ciel noir, visibilité nulle, pendant d’interminables heures. Entre 2, on aperçoit tout de même le bleu du firmament, embrasé un matin par le grandiose spectacle du lever du soleil. Comme si la palette d’un peintre s’était renversée sur ciel et mer, les couleurs qui s’étaleraient encore et encore, se mêlant les unes aux autres pour finir par se diluer dans l’immensité. Ça commence par le rougeoiement de l’horizon. Puis le contour des nuages surligné d’or. Ceux plus hauts dans le ciel se teintent alors aussi, passant du rose à l’orange. Puis c’est au tour de la mer d’huile de s’illuminer, comme si l’on y avait saupoudré des paillettes d’or. Tout est prêt pour l’arrivée de l’astre solaire, surgissant solennellement au bout de l’horizon flamboyant ; et les fabuleuses couleurs qui avaient animé ce somptueux tableau s’estompent rapidement : il ne reste plus que l’accablante canicule pesant sur tout l’océan.

Le lendemain, alors qu’à la poupe, les éclatantes luminosités de l’aube nous talonnent, à l’étrave, nous nous enfonçons dans un magnifique double arc-en-ciel. Tout en navigant au moteur, c’est l’époque des alizés facétieux, qui vont de paire avec la saison des pluies, pendant laquelle nous hissons peu les voiles.

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SÃO LUÍS, VILLE D’HISTOIRE

Fin avril, nous entrons dans la vaste baie de São Marcos. Au fond, la ville de São Luís, elle-même située sur l’île de São Luís, si encastrée dans le continent qu’on ne se rend pas compte de son insularité.

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São Luís, un bijou d’histoire, d’esthétique, d’architecture, de culture… c’est en 1997 que la ville est déclarée Patrimoine Culturel de l’Humanité par l’UNESCO. Fondée en 1612 par les français (par Daniel de la Touche, tous les habitants le savent), ils la nomment ainsi, Luís en l’honneur de Louis XIII. La cité, devenant par la suite colonie portugaise (après une brève occupation hollandaise), rassemble actuellement plus de 3000 édifices de valeur historique et artistique. Datant des 18-19e siècles, ils émaillant le centre, entre les églises, les monuments, les fontaines, les musées, les façades décrépies, parfois végétales, pour beaucoup recouvertes des fameux azulejos, ces carreaux de faïence assemblés en fresque murale (initialement utilisés pour protéger les murs de l’humidité des pluies tropicales). São Luís, nommée aussi « Athènes brésilienne » pour la quantité d’écrivains et de poètes qui l’on enrichie de leur art au 19e siècle, mais encore « Jamaïque brésilienne », car c’est ici la capitale du reggae du pays.

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On s’y sent bien, dans cette ville, à déambuler dans les enchevêtrements de petites ruelles pentues, ou à emprunter les volées de marches, aboutissant presque toujours à une place inattendue, ou à un coin encore inconnu agrémenté de grandes bâtisses aux hautes fenêtres, recouvertes de carreaux en faïence, à côtoyer tout un métissage de population à majorité noire, où l’ambiance est décontractée, où règne une quiétude festive, où l’insécurité n’exsude pas des rues, où il fait bon vivre.

Une mélodie qui s’échappe d’une cabane, d’une maison, d’une voiture, et la plupart se mettent à bouger, à y mêler leur voix. Chaque soir, la cité résonne de musique, chaque weekend, le yacht club est assiégé de concerts de reggae. On tâte l’ambiance nocturne, sans rencontrer le moindre problème, et le mouillage relativement sûr pour une petite période nous permet de rentrer après la nuit tombée. Quel plaisir de pouvoir traîner après 18h encore en ville, ça ne nous était plus arrivé depuis les Canaries, soit depuis 6 mois.

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On visite le centre historique, on se rend à l’Alliance Française, qui comme au Cap Vert (et bien sûr ailleurs), agit pour promouvoir la langue française par des cours et par la mise à disposition de littérature dans la langue de Molière. C’est à cette bibliothèque que nous échangeons bon nombre de nos livres. Comme São Luís constitue notre dernière escale brésilienne, nous en profitons du point de vue du shopping, si peu onéreux, pour des produits typiques du pays (machette –qui peut aussi servir d’arme à bord-, hamacs, tongs …) ou plus standards (vêtements, tissus, amarres, matériel de bricolage, médicaments en réserve, produits de soins, etc.).

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Aux alentours, nous nous rendons un jour à Raposa, une communauté de pêcheurs rassemblée en un pittoresque village sur pilotis, à 2 doigts de la mangrove, où les femmes et leur doigté de fée créent artisanalement de la dentelle sous toutes sortes de formes. Une autre fois, nous découvrons São José de Ribamar, une plaisante bourgade au bord de l’eau, ou plutôt au bord d’immenses plages se découvrant à marée basse, sa grande église bleue regardant l’océan.

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De l’autre côté de la baie de São Marcos, logée au coeur d’une épaisse végétation tropicale, on voit sourdre Alcântara (connue aussi pour son site de base spatiale brésilienne). D’anciennes demeures coloniales construites au 18esiècle encadrent les ruelles pavées, résidences datant de l’apogée de l’exploitation du coton, activité qui s’est essoufflée en même temps que la vie à Alcântara, où ne résident actuellement plus que 8000 habitants. Les descendants d’esclaves qui depuis des générations, ont repris les anciennes demeures laissées par leurs maîtres à la chute de l’empire portugais.

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Nous ne visiterons pas le fabuleux domaine des lençois de Maranhão si réputé dans la région, littéralement des « draps » qui s’étendent sous formes de dunes sur des milliers de km2, parcourus par autant de lagons d’eau douce, paysage fabuleux mais si vaste que pour y accéder et le visiter, il est nécessaire d’y consacrer au minimum une semaine. Trop long pour laisser le bateau tout seul…

Cercamon se berce, dodelinant, dans l’agréable mouillage protégé de São Luís. Même s’il se trouve éloigné de 3 km du centre ville. Obligeant d’abord à l’activité « triathlon » de rame – porter l’annexe jusqu’au yacht club – marche jusqu’à l’arrêt de bus pas tout près, sous la chaleur plombante ou la pluie. Mais pour accéder à ce lieu d’ancrage paisible, devant la plage bordant le yacht club, les manoeuvres d’approche se révèlent plutôt délicates. Pas de cartes de détails ni d’annuaire de marée (pas disponibles) dans une baie où affleurent rapidement les bancs de sable. Au bout du 2e essai, un homme sur le rivage nous avertit de nous déplacer immédiatement : la mer se retire, et si l’on reste là, le voilier va finir par se coucher ! Nous suivons ses indications, ainsi que celles de l’indispensable sondeur, et observons, ahuris, notre ancien emplacement entièrement à sec quelques heures après. Nous échappons à une nuit penchée, nous privant assurément de sommeil, et au risque d’entrée d’eau dans le bateau à marée montante. Pas comme le voilier danois quelques jours plus tard… Nous comprenons enfin qui si à Fortaleza et à Luís Correía le marnage (la différence de hauteur d’eau entre marée basse et marée haute) avoisinait les 2,50m, ici il atteint les 5 à 7m. La mer se retire sur des km découvrant l’estran plane, la ville reflète ses lueurs la nuit sur l’étendue gorgée d’eau, grouillante de vie et de crabes, mais aussi de relents nauséabonds et de déchets.

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Le spectacle devient surtout impressionnant lors de la pleine lune, où la mer monte beaucoup plus haut que d’habitude, et descend beaucoup plus bas également. Alors Cercamon se retrouve prisonnier de l’estran, isolé dans son petit îlot d’eau où seulement 1 ou 2 autres bateaux ont la place de mouiller ; à 2 pas, les pêcheurs arpentent la zone à pieds, debout à quelques mètres du Cercamon juste à flots. Dans ces mouillages brésiliens, il est évident que l’on plantera au moins une fois la quille dans la vase lors du jusant.

Dans la baie, comme à Luís Correía, c’est le défilé des élégantes barques de pêcheurs, spectacle dont nous ne nous lassons pas, mais aussi de celui de la pêche plus simple des hommes qui jettent leurs filets, ou récupérant leurs casiers juste à côté de Cercamon, à pieds ou à bord de petites embarcations.

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Le mouillage bat son record d’affluence durant ce mois de mai ; 3 voiliers à l’ancre ! Et même 4 durant quelques jours, puis plus que 3, 2… et un, c’est-à-dire nous. Nous sympathisons spécialement avec Luciano, le seul plaisancier brésilien que nous serons amenés à rencontrer, qui vient de parcourir au courant des 2 dernières années la totalité de la côte brésilienne en partant de l’extrême sud. Nous parlons la même langue, celle des navigateurs, de leurs soucis et de leurs bonheurs. Une belle rencontre, et son regard de brésilien voyageur sur son pays nous éclaire sur bon nombre de domaines.

En continuité du lieu d’ancrage, la plage se poursuit longeant la ville au nord. Toujours les mêmes activités comme ailleurs chaque week-end. Ce qui change, ce sont les WC publics. Pourquoi trouve-ton des gardes plantés devant ? (C’est d’ailleurs peut-être l’unique endroit de la cité où l’on aperçoit des vigiles !). J’entre du côté filles, et soudain en comprend la raison, tenant compte de l’ambiance alcoolisée et désinhibée qui agite la grève en fin de semaine : une vingtaine de filles, culotte baissées, les unes à côté des autres, se soulagent à même le sol, où tout le monde patauge, dans un même local sans cabines d’où montent des odeurs nauséabondes… N’étant pas habituée à cette coutume et malgré mon envie pressante, je ressors illico !

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Propulsés sur les flots de la baie de São Marcos, nous filons à 10 noeuds, confortablement et sans gîte. C’est sur le catamaran d’un des membres du Club de Voile Aven, rencontré la veille au soir en compagnie d’autres adhérents, autour d’une cachaça corsée, que nous parcourons l’anse, euphoriques quant à nos 1ères sensations sur un multicoque. Le skippergardien du bateau nous pilote, comme on le lui a demandé, même si la balade ne semble pas l’enchanter, son patron ne pouvant nous accompagner ce jour. La vingtaine de catamarans étalés sur la plage obéissent presque tous au même régime, un patron (blanc), un employé (coloré) aux ordres de ce dernier. Notre « boy » s’efface instinctivement pendant la navigation, s’active en silence, pas de relations possibles, la hiérarchie est maintenue. Nous ne savons trop comment nous comporter, mais profitons tout de même de cette belle journée qui nous est offerte.

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On peut sentir en filigrane, particulièrement à São Luís, le passé d’esclavage sur l’actuel clivage social et racial. On pose une question qui nous paraît logique et simple à un employé d’une quelconque boutique ou institution, il ne sait pas (ou fait semblant de ne pas savoir). Il faut demander à la secrétaire. Mais la secrétaire ne sait pas non plus, il faut demander au directeur. Or ce dernier n’est disponible que le soir, il faut donc l’attendre. Même s’il s’agit seulement de demander la permission pour utiliser une prise électrique (pas assez d’énergie à bord pour recharger quelques uns de nos appareils) ou de nous garder un sac le temps que nous fassions l’aller-retour en ville allégés du poids du fameux sac. Certaines personnes affichent un visage si véhément, si abasourdi ou alors complètement inexpressif lorsque nous leur adressons la parole, que mis à part le fait que nous ne maîtrisons pas très bien la langue, nous nous demandons si nous avons à faire à un choc culturel, où s’il existe un réel problème d’intégration de notre demande. Jusqu’à ce que nous apprenions qu’ici, le simple employé est souvent peu instruit, qu’il s’agit peut-être bien de la 1ère fois qu’un étranger lui fait la conversation, et que, déresponsabilisé, il vit fréquemment avec la peur de mal faire, gêné par son sentiment d’infériorité. Toutes les décisions, mêmes les plus basiques, reviennent alors au patron, en général le blanc, qui lui sait, son niveau d’études le lui permet.

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La proximité du Yacht Club nous assure un endroit où laisser l’annexe, des concerts le weekend, de reggae généralement (de 0h à 6h), le luxe d’une piscine si nous payons la cotisation (nous nous payons déjà le luxe de douches à l’eau de pluie à bord). En dehors de tout cela, le lieu se délabre peu à peu, fonctionnant au ralenti la semaine, pour ne s’animer que le samedi et le dimanche, tout comme le Regata Club voisin. Ambiance d’un passé actif et vivant révolu que l’on peut imaginer, où à présent règne souvent un silence de solitude et d’abandon. Au Regata Club, nous croisons tout de même du monde, l’ambiance est décontractée, c’est là que nous branchons l’ordinateur, et que nous lavons notre lessive à la main (un des inconvénients majeurs de la vie en bateau !). Vers les catamarans au bord de la plage, on rencontre de temps à autre certains membres du Club de Voile Aven avec lesquels nous sympathisons. L’un d’eux possède le chantier de catamarans « Batevento », et curieux, nous visitons le lieu et suivons les processus de construction. Les prix défient toute concurrence européenne et les bateaux semblent de qualité tout à fait satisfaisante. On en parle des catamarans ! Et on y pense aussi… Peut-être un jour ? Le patron du chantier nous confectionne également dans son atelier de voilerie une bâche anti-UV pour notre annexe (dont les colles reliant les plastiques les uns aux autres risquent de se décoller sous le soleil des Tropiques).

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A São Luís, la météo se montre habituellement plus clémente que lors de notre précédente escale, et nous avançons aussi en saison. Mais lorsque le ciel se fâche, le paysage éclaboussé tout entier de pluie nous semble si incroyable qu’au lieu de nous déprimer, le phénomène météorologique stimule notre intérêt. Trois jours durant, et pratiquement sans interruptions, la ville se retrouve entièrement engloutie sous une coupole de nuages noirs menaçants qui s’abaisse encore et encore, rassemblant sous son toit orages fracassants, éclairs éblouissants et pluies diluviennes, effaçant les contours de la cité. Des trombes d’eau torrentielles s’abattent sur São Luís avec une force et une intensité inouïe, et la ville tente de survivre malgré le déluge. Même si le sol des boutiques se retrouve inondé en permanence, même si les litres d’eau qui tombent du ciel bas, lourd et gris, se déversent dans les rues comme des cours d’eau, dont le niveau monte parfois jusqu’au-dessus des roues des voitures. Si le spectacle nous laisse ébahis, les gens d’ici semblent aussi trouver que cette fois-ci, c’est beaucoup. Tout le monde se presse sur la devanture abritée des boutiques, observant le paysage urbain hachuré de pluie, espérant une prochaine éclaircie, ou juste une atténuation de la spectaculaire ondée.

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Le martèlement des pluies considérables, frappant la coque avec violence, finissent par mettre en évidence 2 trous, 2 points de rouille sur le pont, responsables d’infiltrations de dizaines de litres d’eau à l’intérieur du bateau, inondant la cuisine et les fonds… Alors, entre les éclaircies, Régis gratte, ponce, et mastique les voies d’eau en attendant le traitement efficace d’une soudure, uniquement possible plus loin au chantier de Trinidad. Comme au Cap Vert, il ne faut pas tomber en panne dans des régions avares en ports.

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Parler du Brésil sans parler des filles réputées pour leur beauté serait un manquement. Oui, elles sont ravissantes, oui elles sont séduisantes, oui elles sont lascives. Certaines traînent spécialement le long des quais, et gare aux coeurs qui se laissent prendre entre leurs filets. Ainsi naissent des couples où généralement Monsieur est européen aux cheveux blancs, Madame est de couleur et sort à peine de l’adolescence. En observant l’intrigant manège de ces couples singuliers à Fortaleza comme à São Luís, sachant qu’il existe aussi à Salvador, nous constatons ensuite la transformation du ménage en famille, la demoiselle sentant sa proie bien accrochée, ramenant alors dans le bateau son jeune enfant qu’elle élève seule. La petite famille déambule sur la plage, à la marina, en ville, comme si de rien n’était, et l’argent de l’européen se dépense rapidement. Le navigateur qui avait l’intention de faire un tour du monde change subitement de projet, transformé en amoureux transi, il veut ramener sa douce dans son pays. C’est souvent lorsque Madame reçoit ses papiers européens que la solidité du couple est alors mise à l’épreuve…

L’apparente nonchalance de la population disparaît dès qu’il s’agit de faire la fête. De quelle vivacité, de quelle énergie, et de grâce aussi elle fait alors preuve ! C’est comme si tout un peuple se réveillait. Musique, percussions et chants, rythmes vibrant au fond de chaque être, danses et corps ondulants, costumes et coiffes bigarrées. Fêtes mêlant cultures indiennes, africaines, antillaises et portugaises, amalgamant rites religieux, traditions ancestrales, souvent liées au thèmes de l’esclavage, associant buts humanitaires parfois. Dans le Maranhão, l’Etat de São Luís, les fêtes théâtrales du bumba-meu-boi datant du 18e siècle qui animent toute la ville au courant du mois de juin, et nous aurons la chance d’en apercevoir les prémices fin mai.

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C’est à São Luís que nous suivons le résultat des présidentielles françaises. Les brésiliens ne cessent de nous demander si c’est la « mulher » (la femme) ou l’ « homem » (l’homme) qui les a remportées.

Nous allons voir quelle nouvelle image de la France nous allons maintenant représenter avec notre pavillon que nous baladons de pays en pays.

CONCLUSION

Nous abandonnons le projet initial de nous rendre à Belem, aux portes de l’Amazonie, une navigation pas réputée des plus simples et des plus sûres, et la proximité de la jungle ne nous attire pas plus que cela… Alors commence la routine des préparatifs, de charger le bateau en vivres et carburant, Régis qui prépare la navigation, qui vérifie que le vaisseau soit en ordre. Dans quelques jours, nous ferons cap sur la Guyane.

Nous venons de ne baigner que dans une goutte d’eau au milieu de cet océan de terres brésiliennes, que même les habitants eux-mêmes ne connaissent de loin pas en totalité. Comment percevoir un pays si long mais encore plus large ! Un pays où l’on skie et où l’on souffre de canicule. Un pays où les mentalités diffèrent tant d’état en état. Mais nous nous sommes faits à cette idée, et même si notre escale ne répondait pas à nos attentes primitives, nous avons découverts une tranquillité de vie qui s’écoule, un dépaysement plaisant, un pays où le touriste n’est pas encore automatiquement synonyme de portefeuille ambulant, où nous avons apprécié la simplicité, la gentillesse, et la spontanéité des gens.

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PS : Alors que nous finissons juste d’écrire ce message au Regata Club, installés face au mouillage, face au Cercamon (car pas assez d’énergie à bord pour utiliser l’ordinateur), nous avons le choc de retrouver le soir en rentrant au bateau la porte ouverte… Nous venons d’être volés ! L’intrusion a due être rapide, certainement des pêcheurs. On note quelques dégâts matériels, le vol de certaines bricoles, mais aussi d’un GPS portable, d’un poignard de plongée, d’un compas, des jumelles, et de notre fameuse fausse boîte à trésors contenant bijoux de pacotille, cartes de crédit périmées, billets d’argent et monnaie n’ayant plus court. Les vraies cachettes, avec nos vraies valeurs, n’ont par chance pas été démasquées. D’abord sous le choc, mais en relativisant ensuite, le larcin n’est pas grave (peut-être même le 1er d’une longue série), mais l’impression désagréable d’une intrusion étrangère dans notre chez nous subsiste. Si nous avons écrit dans notre texte que le mouillage de São Luís était relativement sûr, à partir du 20 mai 07 au soir, il ne l’est plus !

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Le mouillage avant-après le grain

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ILES DU CAP VERT, ILES MAGIQUES

 

carte Drapeau du Cap-Vert

 

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Pénible et rude traversée des Canaries au Cap Vert, baignée de déferlantes, de ciel et mer en colère. Est-ce ainsi que se méritent les îles du Cap Vert, face au Sénégal ? Première escale qui n’est plus européenne, mais pas africaine non plus, qui est musique, beauté des cœurs, étincelles de vies, paysages enivrants. « Petit pays, je t’aime beaucoup » chante Cesaria Evora. Et nous, tu nous a envoûté de ta magie.

Drapeau du Cap-Vert

Vous pouvez voir toutes nos photos du Cap Vert ici :

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Et aussi dans notre album Flickr:

https://www.flickr.com/photos/doris-r/albums/72157645603552190

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PENIBLE TRAVERSEE SUR LE CAP VERT

Palmeira, île de Sal, 12 décembre 2006

6 jours et demi, 760 milles, 5 noeuds en moyenne pour rallier le Cap Vert, cet archipel d’îles qui se situe à la même latitude que les petites Antilles. Dépaysement total le jour de notre premier débarquement à terre. Rires d’enfants, bruits de tamtam, nonchalance des gens simples, ouverts, aimables, épiceries spartiates, le désert tout autour.

Ci-dessous notre récit de notre traversée, telle que nous l’avons vécue. Où nous remettons une mention spéciale à « Giscard », notre pilote automatique, barrant en continu, et sans faille (ou presque), nous soulageant d’un gros poids !

Ils nous paraissent bien loin, les jours précédent le départ, le tourbillon d’activités des préparatifs, être sûr de ne rien oublier. Puis le jour où l’on part, ce jeudi 30 novembre, les mains qui s’agitent sur les voiliers du mouillage en forme d’au revoirs. Tenerife qui rapetisse, le Teide qui surgit des massifs montagneux, royal, comme un clin d’oeil à notre escapade là-haut, puis qui rapetisse peu à peu lui aussi.

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760 milles à parcourir devant nous, Cercamon qui en avale un à un, au cap 210°, et le vent de nord-est qui s’établit peu à peu.

Comme pour les autres traversées, le rythme de la vie en mer qui s’installe, une seule ligne d’horizon tout autour de nous et rien d’autre, bleu azur du ciel sur bleu profond de l’océan. Les aubes se succèdent aux levers du soleil, en couleurs de jamais vu, indescriptibles tant elles sont belles. La mer qui se pare d’un manteau doré à l’apparition et au retrait de l’astre solaire, argenté sous le clair de lune qui imprime sa lueur comme des coups de pinceau sur l’étendue sombre.

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Lorsque les conditions nous le permettent encore, activité pêche au programme. Deux daurades coryphènes se disputent la partie ce samedi 2 décembre au bout de la canne à pêche, qui ne tarde pas à céder en deux sous le poids des bêtes. Une seule nous suffit pour deux jours, l’autre, chanceuse, est relâchée. 75 cm de poisson, incorporé dans une recette où l’on savoure la délicieuse et copieuse chair de ce noble animal.

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Savons-nous profiter de ces premiers jours presque idylliques à leur juste valeur ? Car nous imaginons difficilement ce qui va suivre.

Si le voilier ne partagera pas nos préoccupations, et tracera sa route presque sans avoir besoin de personne, l’équipage vivra pour la première fois de telles conditions de mer, qu’il ne se montrera pas toujours vaillant. Si c’est lui qui flanche et qui doute du bateau, ce dernier, lui, ne flanchera que difficilement, ou en tous cas bien après l’homme.

2e nuit que nous passons sur l’eau. L’atmosphère est fraîche, et la mer, déjà agitée depuis le départ, a privé nos corps encore peu habitués aux mouvements du bateau d’un sommeil réparateur.

Pourquoi n’avons-nous pas affalé cette grand voile plus tôt ? La fatigue, la découverte de la voie d’eau ? Car nous venons d’entrevoir celle qui s’étale autour du chandelier arrière bâbord, percée par la rouille (chandeliers : piliers de métal qui maintiennent la filière de sécurité qui entoure le bateau). Il est 22h40. Je suis dans ma couchette, peu rassurée, tentant de plonger dans un sommeil qui ne vient pas. Régis est de veille dans le cockpit, préoccupé par cette découverte d’entrée d’eau, essayant de trouver un système pour parer au problème. Il ne voit pas le pilote automatique qui cède en deux, envoyant son bras dans le cockpit. L’empannage est immédiat, la grand voile passe à contre, freinée dans son élan par la retenue de bôme.

Persuadé que le bruit du choc provient de la bôme qui se serait cassée au point de la retenue, il libère cette dernière… Le deuxième empannage, violent celui-ci, ne se fait pas attendre. (empannage : bôme qui balaie le cockpit pour passer du côté opposé et pour offrir la grand voile au vent venant de l’autre côté par rapport à avant ; gros risque pour la mâture si l’empannage n’est pas contrôlé).

Je me précipite à la barre, on se met face au vent, Régis affale la grand voile. Bilan des courses et des casses : un vis-de-mulet tordu (la jonction entre la bôme et le mât), un pilote automatique qui a juste perdu son bras parce qu’il s’est dévissé et qui reprend son rôle comme si de rien n’était, et une plaie au doigt pour Régis qui finira par dégonfler et amorcer une cicatrisation. La grand voile reste donc difficilement utilisable vu que le système est fragilisé (c’est ce que l’on pense au départ, or nous verrons qu’à l’arrivée, les dégâts ne sont pas si graves que ça), mais le mât a tenu le coup (quelle bonne idée d’avoir changé les terminaisons des bas-haubans dessertis avant de partir…).

C’est lorsque nous sommes un instant à l’intérieur du bateau pour reprendre nos esprits, le bateau filant à 3 noeuds à sec de toile, dans une mer devenue grosse à présent, le vent sifflant dans les haubans, qu’une cascade d’eau s’engouffre dans le voilier. Une déferlante qui nous a pris depuis l’arrière, et qui vient se répandre partout, tout inonder de l’arrière jusqu’à l’avant. Une fois la porte d’entrée close, au boulot ! Serpillières, éponges, pompe de cale, les seaux se remplissent de litres d’eau. Ne parlons pas de l’ambiance de bord un rien moite.

Les déferlantes suivantes trouveront porte close durant les 4 prochains jours, nous recluant dans une bulle, transformée en cocon assez douillet finalement. Sauf le jour où nous sortons la BLU pour recevoir la météo du matin, les ondes radio ne passant pas à travers la coque d’acier. C’est à ce moment qu’une autre grosse déferlante, malicieuse, dévale la descente, et c’est reparti pour tout éponger (on se serait presque ennuyé). Les autres fois, nous ne ferons que passer l’antenne par le capot.

Voilà donc la présentation du tableau des jours suivants. Océan tout en creux et en crêtes hérissées de 3-4m, houle croisée, grosses claques de mer qui viennent frapper et résonner contre la coque, déferlantes, dont certaines recouvrent entièrement le bateau. Cercamon qui avance à 5 noeuds avec son petit bout de génois à l’avant, et nous, enfermés dans notre bulle, au milieu de cet univers hostile avec lequel il nous faut désormais composer.

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Le poste dans le cockpit reste vacant, le dénommé « Giscard » pilote de main de maître le voilier, et nous, vêtus comme des « bonhommes Michelin », ne servons pas à grand chose, à part nous faire rincer, nous refroidir, nous épuiser.

La veille se fait donc depuis l’intérieur, on ose un coup d’oeil par le capot d’entrée aux vingt minutes, scrutant l’horizon vallonné, tacheté de blanc, à la recherche d’un éventuel navire qu’il faudrait éviter.

L’océan nous prend à rebrousse-poil, la météo annoncée ne nous laissant pas présager ce type de navigation, qui s’appelle première fois pour nous. Le découragement prend fin à partir du moment où la situation s’impose comme une évidence, où l’on réalise que le coup de vent n’est pas juste momentané. Qu’il risque de perdurer jusqu’à la fin, jusqu’à l’arrivée. Coup de vent qui n’est pas tempête, mais qui de loin nous suffit.

Alors, ce qui était une lutte continuelle, une tentation pour le moral de flancher, devient un petit monde à part où tout finit par s’organiser et trouver sa place, une certaine harmonie, où l’on entend moins le vent hurler, les vagues frapper, même si elles le font avec toujours autant de vigueur. Il se constitue dès lors un mince équilibre, fragile, mais un équilibre quand même.

S’habituer aux bruits du bateau, ses craquements, les coups qu’il reçoit, ses mouvements. La fatigue qui engourdit les idées, le corps toujours sollicité, sans cesse setenir, se retenir. Dos, bras courbaturés, toutes les activités deviennent laborieuses. Et pourtant, elles se font.

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Sans toutefois ressembler à des fauves, l’hygiène en prend un coup, la barbe du skipper s’étoffe de jour en jour, les cheveux s’imprègnent de sébum. Les habituelles douches en aspersion de seaux d’eau à l’avant du bateau doivent être définitivement abandonnées, trop dangereuses. Toilette de chat donc, tant qu’à l’odeur la vie à bord reste supportable !

Nos estomacs n’ont jamais faim. On les force alors à régulièrement ingurgiter quelque chose, et c’est fou, une fois la pénible mastication achevée, le regain d’énergie physique et morale que ça donne. Les recettes vont du simple au très simple, parfois plus audacieuses, car le chapitre cuisine reste un art (qui s’appelle aussi : ne rien laisser traîner) où s’exercent talents d’équilibrisme, rapidité et précision du geste. Mais un régal pour les papilles, c’est certainement ce gros pavé de jambon fumé espagnol, dont les fines tranches que l’on y prélève nous ragaillardissent.

La vie à bord finit par se faire vestimentairement parlant de plus en plus réduite. Trop chaud à l’intérieur sans possibilités d’aération, et nos rares incursions sur le pont nous rincent de la tête aux pieds, inutile donc d’encombrer plus que nécessaire l’étendard réservé aux séchage des vêtements (qui ne sèchent pas) et déjà suffisamment garni. Une autre activité favorite du bord se passe au centre du voilier. La tête et les bras enfoncés dans le compartiment moteur, à essorer éponge après éponge, heure après heure, l’eau qui s’y accumule et qui ne veut pas se frayer un chemin vers le puisard. La réparation du chandelier responsable de la voie d’eau reste précaire, ni la mousse polyuréthane, ni l’époxy ne parviennent à étanchéifier la coque contre les régulières arrivées des déferlantes qui remplissent le bateau, et qui s’introduisent aussi par toutes les autres ouvertures possibles (coffres, daurades).

La musique adoucit les moeurs dit-on, en tous cas la vie à bord. Lecture (quand l’estomac ne rechigne pas), repos, un brin de ménage, moyenne des milles journaliers effectués, le bien-être finit par nous envahir, « en sécurité » dans cette coquille de rien du tout au milieu des éléments déchaînés, là où l’homme n’a pas grand-chose à y faire. Petit univers où, quand on l’oublie un peu trop, l’océan et ses grandes claques qu’il nous dispense parcimonieusement nous rappelle qui est le maître et nous laissent tout tremblants, le coeur battant.

Mardi 5 décembre, 6h50, jour de pleine lune, et dépassement du Tropique du cancer, à 20° de latitude nord. Pour en saluer l’arrivée, premier poisson volant retrouvé dans le cockpit. Puis on en voit d’autres, en bancs survoler l’eau. L’air se fait plus doux lorsque l’on passe la tête dehors. Mais l’océan offre toujours le même spectacle, le bateau est continuellement malmené, se couchant parfois, mais se relevant toujours. La fatigue s’accumule, les réflexes s’émoussent, et Régis se retrouve catapulté par terre avec son assiette dans un coup de roulis. Soirée en grains de riz et hématomes.

Mercredi 6 décembre. C’est différent ce soir. Parce que l’on sait qu’au bout de l’étrave, dans quelques dizaines de milles, ce n’est plus de l’eau qui court, mais une terre qui nous attend. Même si ça paraît difficile à croire. Journée habituelle où pointe une inhabituelle nervosité, une inhabituelle excitation. Alors pointe l’envie de sortir soudain de cette léthargie, cette langueur, ce rythme que le corps prend pour s’adapter à la mer. L’atterrissage, qui requiert toute la concentration que l’on aurait déjà envie de relâcher, sachant que tout s’arrête bientôt, s’effectue de nuit. Baie peu éclairée, on tâtonne, ça a l’air d’être là, l’ancre est plantée. Fourbus, heureux, on sombre dans le sommeil du juste. Enfin au calme, dans le silence, au sec. Sans penser au lendemain, à toutes les tâches de remise en ordre du bateau qui nous attendent, telles que tout vider, tout sécher, aérer, nettoyer les fonds, s’occuper de réparer vis-de-mulet (finalement juste tordu) et chandelier.

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A présent, c’est l’exploration des îles du Cap Vert qui nous attend, un archipel dont tout le monde repart enchanté. A nous de découvrir cet envoûtement !

DEBARQUEMENT SUR L’ILE DE SAL

Sal Rei, île de Boa Vista, archipel du Cap Vert, 30 décembre 06

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Comment exprimer et traduire en quelques pages ce subtil parfum d’ambiance qui se dégage du Cap Vert, qui nous envoûte lentement mais sûrement ? La beauté de ses paysages enchanteurs ? La chaleur de sa population qui nous fait découvrir une autre dimension de contact, tellement riche ?

Le Cap Vert, 10 grandes îles et 4 plus petites, 4033km2 de terres le plus souvent désertiques, voilà le lieu de nos quelques semaines d’escale depuis le début décembre, dans cette république qui fait face au Sénégal.

Nous passons treize jours sur l’île de Sal (qui doit son nom aux anciennes salines), la principale de l’archipel, celle qui possède un aéroport international. Le dépaysement est total dès que nous posons notre 1er pied à terre, dans le village de pêcheurs de Palmeira, pour nous qui venons des Canaries. Archipel pauvre car rien ou si peu de choses y poussent, les pluies y sont rares, et sur certaines îles seulement, apparaissent quelques plantations. Alors la population se nourrit surtout de pêche, la faune sous-marine étant par contre très riche. Quant aux produits exportés, ceux que l’on trouve chichement exposés dans les petites épiceries, ils sont peu variés et souvent hors de portée de bourse des locaux. Même pour nos budgets, le poste nourriture devient conséquent et nous finissons par nous nourrir comme dans le pays. Poisson donc, mais nous goûtons aussi au plat national, la cachupa, regorgeant de haricots, de fèves, de chou, de pommes de terre, de viande aussi.

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Jeunes beautés arrogantes au physique de gazelles, muscles saillants des hommes sur le pas des portes, ravissants visages d’enfants qui cavalent à travers le village, femmes plus âgées en boubou transportant leurs paniers sur la tête, ou leur petit enveloppé dans un tissu bariolé contre leur dos. Musique qui s’échappe des maisons, des voitures, des bistrots, sur laquelle petits et grands se déhanchent. L’hospitalité et la chaleur des gens nous fait chaud au coeur. Même si nous avons du mal à comprendre la langue du pays, le criolou. Nous ne saisissions pas grand-chose de la langue portugaise (la langue officielle) en Europe puis à Madère, mais le français a souvent été appris en 1ère langue et beaucoup le pratiquent parfaitement, ainsi que l’anglais ou l’espagnol.

Ici et là musardent quelques chèvres, de maigres vaches, des cochons, de poules et des coqs, des mulets surtout dans les villages plus reculés, et beaucoup de chiens errants.

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A Palmeira, souvenir du sourire chaleureux de Julio Caesar, le pêcheur, un nom pompeux pour un homme si simple ; de celui, si blanc qu’on ne distingue que cela dans le visage d’Assane, le sénégalais employé sur le bateau de charter. Des bons conseils de Sylvain. De l’amitié des autres.

La population, métissée d’origine africaine et portugaise surtout, s’en va vite vers l’ailleurs trouver du travail, en Europe ou aux Etats-Unis, et l’envoi de leur salaire aux familles restées au pays participe grandement à l’économie locale. Restent sur les îles les jeunes (avec un excellent taux de scolarité), l’immense majorité de l’archipel, et quelques rares personnes âgées (même si l’espérance de vie est plus élevée que sur le continent africain, les gens ne font généralement pas de vieux os). Le Cap Vert bénéficie également de l’aide de nombreux pays étrangers, et se tourne à présent irrémédiablement vers le tourisme, entre les mains des promoteurs italiens. Sal est la première île qui lui est dédiée, puis suivront les autres.

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Le climat est tropical sec, et nous arrivons pour la saison des vents, qui perdure jusqu’en juin. Le vent se fait fort parfois, nommé alors harmattan, et soulevant toute poussière, sable, terre, transformant les particules en brouillard dense dans lequel on y voit plus grand-chose. Mais l’alizé, c’est aussi l’aubaine pour le wind surf et autres sports nautiques, dont les centres s’éparpillent un peu partout sur les différentes îles.

On recule encore nos montres d’une heure, nous retrouvant décalés maintenant de 2h par rapport à la France, et nous adaptant au cours des journées où le soleil se lève et se couche tôt. La journée s’offre à nous de 6h à 18h, contrastant nettement avec le rythme espagnol sur lequel nous avions vécu plusieurs mois.

Nous visitons Sal (puis les autres îles par la suite) à pied ou en transport local, l’ « aluger », des minibus ou 4×4 qui ne repartent du village que s’ils sont remplis. Paysage désertique, aride, griffé de quelques plantations, étendue plane ou s’élèvent quelques anciens sommets volcaniques.

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Aluger

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Au nord, les piscines naturelles de Buracona creusées dans la roche, où la mer s’y engouffre et vient s’éclater violemment en soulevant de hautes gerbes d’eau. Bouillonnement aqueux qui se transforme en mousse, couleurs de l’arc-en-ciel dans les gouttelettes en suspension après l’explosion de la houle. Spectacle fascinant de la puissance de l’océan dont on a de la peine à de détacher. Observateurs, mais pas baigneurs ; il y a quelques années, des touristes ont été emportés par la force des vagues.

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Espargos, la « grande ville » au centre de l’île, où le centre de soins reçoit notre stock de médicaments récoltés en Suisse, et Santa Maria au sud, là ou les complexes touristiques se développent à toute vitesse le long de la somptueuse plage.

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Loin du confort des marinas européennes, les corvées d’eau deviennent choses courantes. Transport des bidons de 25 l, soit en brouette louée, soit en se faisant aider d’un local, jusqu’au fontenario, qui existe grâce aux usines de dessalinisation. Même système pour chercher le carburant et remplir la bouteille de gaz. Lessives systématiquement à la main. Nettoyage de tous les fruits, légumes, produits dans les cartons, avant de les amener à bord, pour prévenir l’invasion des cafards.

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Prendre le rythme du Cap Vert, c’est attendre pendant une semaine, sans être certain que cela se fera, la soudure de notre chandelier (responsable de la voie d’eau pendant notre traversée).

C’est remettre à plus tard la réparation de notre vis-de-mulet, seulement faisable sur l’île de São Vicente. C’est apprendre à ne pas (trop) se faire avoir, surtout quand on ne connaît pas encore les règles du jeu. C’est faire face à la mendicité des enfants. A l’insécurité en certains lieux (concernant les vols d’annexe surtout). C’est réaliser nos 1ères consultations infirmières, car notre métier finit par rapidement se faire connaître dans le village.

Peut-être que cette étrange histoire de bateau contribue à faire régner une étrange ambiance à Palmeira. Peu de jours avant notre arrivée à Sal, un navigateur espagnol arrive au mouillage. Un jour d’harmattan, ce vent violent de nord est, ce dernier part avec son annexe, accompagné d’un capverdien. Les 2 hommes ne reviendront jamais. Le bateau reste seul dans la baie, les autres commencent à trouver cela étrange. Arrive sa femme quelques jours plus tard, pour rejoindre son homme à Sal. Personne à bord. Intervention policière, interrogatoires dans le village. Flics sur les dents, population sur les nerfs, surtout ceux qui ont quelque chose à se reprocher (pas forcément en lien avec cette histoire). Disparu ? Perdu en mer ? De tout de façon aucun moyen de sauvetage maritime pour aller le vérifier. L’ambiance nous semble devenir lourde.

Nous ressentons comme une sorte de pesanteur qui s’abat sur le village. Peut-être le chômage aussi, l’alcoolisme qui en découle et qui rend, le soir arrivé, les hommes peu avenants.

Belles rencontres pourtant de capverdiens et d’autres navigateurs au mouillage de Palmeira, mais nous sommes d’un côté heureux d’aller voir ailleurs. Une jolie daurade attrapée pendant le trajet jusqu’à la prochaine île plus au sud nous régale, transformée en filets à la tahitienne (poisson cru aspergé de jus de citron) puis en papillotes.

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85 centimètres de daurade !

BOA VISTA, ILE DE SABLE

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Nous voilà plantés le jour de l’hiver au milieu d’eaux cristallines aux reflets émeraudes, entourés de plages. Boa Vista est souvent décrite comme un « morceau de Sahara posé sur l’Atlantique ». Sable blanc, eau translucide, dunes de sable, palmeraies, montagnes rocailleuses. Balades comme dans une carte postale.

Les plages, qui s’étendent à perte de vue, sont les plus somptueuses que nous ayons jamais vues, mais dont la beauté contraste avec celles où s’amoncellent les ordures. Toujours ce même paradoxe au Cap Vert. Sur certaines on aperçoit de vieilles épaves (elles sont nombreuses sur l’archipel) qui gisent, rouillées, sur le sable immaculé, balayées par les rouleaux turquoises.

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En plongée, on se frotte à notre premier requin, on aperçoit des tortues, les fonds sous-marins où poussent les coraux, les tétraodontidés (toxiques) qui se gonflent et se couvrent d’épines lorsqu’ils se sentent menacés, des murènes, et quantité d’autres poissons.

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Comme à Sal où nous avions fait un barbecue sur la plage, celle de l’îlot de Sal Rei nous accueille pour fêter Noël avec tout le mouillage, une vingtaine d’autres navigateurs. On retrouve certains amis, faisons connaissance avec d’autres, partageons de riches moments ensemble.

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Boa Vista nous enchante par la beauté de ses paysages, la sérénité que l’on trouve à déambuler dans ses palmeraies, le regard qui part loin, loin sur les déserts de sable aux lignes épurées.

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La ville principale, Sal Rei, comme beaucoup d’autres bourgades du Cap Vert, ne nous apparaît pas particulièrement pittoresque, beaucoup de bâtiments en construction enveloppés dans la poussière de chantiers. Et pourtant pas désagréable avec sa place centrale, et ses épiceries pas trop mal pourvues.

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Début 2006 nous avait trouvé blottis devant l’âtre au feu crépitant d’une ferme d’alpage isolée, la tempête de neige faisant rage dehors, et nous, captivés par le jeu des flammes, surveillant d’un oeil notre raclette fondant sur le feu de bois.

Début 2007, c’est le sable qui prend le relais de la neige, c’est sur l’océan que se perd notre regard, c’est accompagnés de nos amis navigateurs que nous franchissons le passage de la nouvelle année.

Peu de manifestations en ville pour nous rappeler les fêtes de fin d’année sur cette paisible île de Boa Vista. De modestes et fugaces feux d’artifice illuminent un instant le ciel. Nous commençons 2007 avec notre 2e coup d’harmattan depuis que nous sommes au Cap Vert. Sable qui s’insinue partout, embruns de particules, mer qui déferle en écume blanche, puis émeraude, sur les récifs alentours. A terre le sable griffe et gifle la peau, les trajets en annexe pour rejoindre la terre se font plus qu’humides, le vent souffle sans relâche. Il fait meilleur à rester sur le bateau. On « tue » le temps avec des activités qu’on n’aurait ni eu le loisir, ni l’envie de faire autrement ; une semaine de patience.

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Puis l’harmattan s’essouffle pour céder peu à peu sa place au vrai beau temps, celui qu’on n’osait presque plus espérer, le ciel bleu et le soleil enfin dégagés de la brume de sable, le vent moins fort qui nous permet d’accéder plus facilement au bord en annexe, de mieux profiter de l’escale à terre, de pouvoir passer plus de temps dans le cockpit qu’à l’intérieur du voilier. Et de nous en aller de cette île de sable après 3 semaines d’escale.

SÃO NICOLAU

Janvier nous amène sur les îles Barlaventos (« îles au vent »), au nord de l’Archipel (le Cap Vert est divisé entre les « îles au vent » et les Sotaventos , « îles sous le vent », au sud). São Nicolau, 346 km2, terre au passé volcanique très actif, dont l’on surplombe depuis son sommet, le Monte Gordo à 1304m, les disparités insulaires : l’aridité au sud, la végétation au nord. Verdure que nous retrouvons avec délectation, tous les sens en éveil; quel bonheur toute cette chlorophylle autour de nous !

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Paradis de vertes vallées encadrées de falaises majestueuses, hameaux perdus accrochés à ses coteaux ou posés au creux des vallons, sentiers pavés ondoyant sur les versants, bordés des derniers dragonniers (arbre millénaire qui ne pousse plus qu’à São Nicolau et Santo Antão, dont le « sang » extrait est utilisé en homéopathie), de bananiers et papayers, de cactus, de champs de canne à sucre parsemés de silhouettes colorées courbées. Raidillons empruntés depuis la nuit des temps par les villageois (qu’importent l’âge et la marchandise à porter) ainsi que par leurs ânes pour porter leurs charges, puis par nous en cette mi-janvier. Ça et là, ça fuse de bonjours, de sourires, partout des gens qui chantent, qui rient. On nous offre un morceau de canne à sucre à goûter, c’est doux, c’est frais. Femmes transportant allègrement leurs lourds fardeaux en un incroyable équilibre sur la tête (ou alors cette femme, plus loin à Mindelo, que nous verrons avec stupéfaction traverser la ville pour vendre ses oeufs, des centaines d’oeufs dans des cartons empilés les uns sur les autres sur la tête), avec une déconcertante aisance, les enfants qui cavalent, et aucun touriste. Aucun panneau indicateur non plus, mais chaque maisonnée nous arrête, nous demande d’où l’on vient, où l’on va, et ne manque pas de nous indiquer le bon chemin.

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Dragonnier

Pourtant, par deux fois, nous nous égarons au retour (il existe peu de documents et guides du Cap Vert), nous retrouvant une fin d’après-midi dans les gorges profondes d’une rivière desséchée, avec l’angoissante assurance que le jour tombera bientôt et rapidement, défilé interminable, qui finit néanmoins par aboutir sur une longue route, une route désertique, avec encore des km à parcourir pour revenir. Nous nous jetons sur le 1er et seul véhicule qui s’arrête dans un crissement de pneus à notre hauteur : la police. Nous voilà embarqués et entassés à l’arrière, recroquevillés, pliés en deux (nous sommes 4 avec nos amis navigateurs). Nous pris d’un fou rire, bringuebalés dans le véhicule qui file à toute allure sur la route pavée, les policiers le sourire aux lèvres, les villageois hilares à notre passage… Nous apprenons par la suite que nous occupons la place des repris de justice !

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Une autre fois, sur cette même route sur laquelle nous retombons après un autre retour de randonnée hasardeuse, surgit également un soir une seule voiture que nous prenons pour un« aluger » (minibus ou pick-up qui fait office de transport public). A l’arrivée au village de Tarrafal, le chauffeur refuse que nous le payions : ce n’est pas un aluger, mais le véhicule de l’église. En effet, sur le siège passager trône le prêtre, hiératique dans sa soutane, que nous n’avions pas aperçu, installés à l’arrière du pick-up.

Mais en tant normal, c’est le « vrai » aluger que nous prenons, trajet chaotique qui nous mène sur des pistes serpentant à flanc de ravin, traversant de fabuleux paysages et de pittoresques villages. Le chauffeur parcourt la ville au départ, inlassablement, jusqu’à ce que le bus soit plein ; puis une fois en route, klaxonne à chaque coin de rue ou chaque virage, auquel répondent quantité de bras levés et de sourires; ce dernier s’arrête discuter avec une connaissance, parfois se stoppe un moment devant sa propre maison pour y chercher quelque chose. Chacun descend et remonte dans l’aluger tout au long du trajet, entasse ses bagages aux pieds de tout le monde. Un lieu de rencontre mobile des habitants de l’île, où tout passager engage la discussion avec son voisin, comme ce monsieur originaire de Guinée qui nous offre une tirade sur la politique française d’un point de vue simple et absolument éclairé. Un grand moment !

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São Nicolau, monde campagnard, où les villageois vivent au rythme des corvées d’eau, où ânes, femmes, enfants, jeunes hommes ou vieillards, entourés de leurs amas de bidons en plastique, se retrouvent autour de la fontaine. Mères qui pilent le grain dans leur cour, qui lavent devant leur logis l’enfant dans la bassine d’eau qui hurle son mécontentement. Les jeux de société entre hommes sur la place du village, à l’ombre d’un grand arbre. Femmes qui déambulent en bigoudis. Dames âgées qui fument la pipe et qui crachent à terre. Beauté de cette population métissée qui nous émerveille toujours, les faciès africains comme sculptés dans l’ébène, deux billes noires posées au milieu, ourlées de longs cils recourbés. Ou ces yeux verts, bleu pâles, parfois presque transparents, offrant le plus charmant des contrastes en se détachant d’une peau mate.

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Dans ces quelques maisonnées qui vivent loin de tout, souvent, le bonheur se lit sur les visages des gens qui nous le font partager. L’immense sourire de cette ravissante petite fille qui vient de recevoir un stylo. Ces gamins qui s’enfuient tout fiers vers le village avec leur nouveau T-Shirt. l’histoire de ce vieil homme, qui vit en reclus dans son village abandonné des hommes mais pas des bêtes, avec ce coq qui n’en finit plus d’annoncer le matin tout au long de la journée. Un jour un bloc de rocher s’est détaché de la montagne pour venir s’abattre sur le toit en branches tressées de canne à sucre, qui coiffait une des maisons, écrasant de son poids le corps d’un enfant. Tout le village s’en est allé, le vieux est resté, au milieu de ses chèvres et autres animaux de ferme. A Ribeira da Prata, un ancien de la marine marchande, de retour dans son Cap Vert natal, nous résume ainsi, dans un anglais approximatif, la vie sur l’archipel : « on est pauvre, on n’a pas une vie facile, mais on est heureux. Peut-être plus que ceux qui ont tout. » Avant de s’asseoir par terre pour jouer aux cartes avec ses amis.

Au mouillage à Tarrafal (sur la côte sud-ouest de l’île, comme beaucoup d’autres de nos ancrages au Cap Vert, afin de nous protéger du vent dominant de nord est), on découvre une ville tranquille où règne une certaine indolence, une certaine sérénité, un bourg où finalement il ne se passe presque rien. Où la vie passe et la notion du temps est tout autre. Où notre débarquement représente toute une attraction ! Peu de tourisme sur São Nicolau(liaisons par ferry sporadiques), contribuant à préserver l’authenticité du lieu et des gens. Un habitant nous décrit sa ville comme étant l’une des plus calmes de l’archipel, et son île comme recélant l’âme du Cap Vert. Et bien on l’aime cette âme, cette île, ce Cap Vert !

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La capitale de São Nicolau, Ribeira Brava, lovée au creux de la vallée encadrée de hauts sommets, à laquelle on accède par un chemin en zigzag, nous surprend par ses ruelles propres et bien entretenues, ses parcs fleuris, ses jolies maisons soignées, aux façades couleur pastel, autant de choses qui contrastent avec toutes les autres villes que nous avons pu visiter sur les autres îles. La petite dame dans son restaurant (manger au restaurant ne coûte pas cher au Cap Vert) nous accueille avec des petits biscuits qui sortent du four, un vrai régal.

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Papayers (à droite)

Un soir, c’est une « nuit capverdienne » qui nous attend. Qui s’organise par notre ami Lili, un capverdien de Tarrafal, dans un restaurant. Ses amis musiciens s’installent autour de nous. Une dizaine de jeunes gars, trois guitares sèches, une bouteille vide de Fanta que l’un gratte avec une fourchette pour battre la mesure. Des voix graves, mates ou plus aigues, fusent tour à tour de leur gorge, en solo ou pas, mélopée languissante, morna ou chanson d’amour (interprétations du répertoire de Cesaria Evora entre autres). Emportés par la musique, ils nous transportent.

Frissons qui parcourent tout le corps, larmes en suspens, gorge nouée ; nous n’avons jamais rien entendu de si beau exprimé avec tant d’émotion. Leur attitude emprunte presque celle d’un recueillement. Ils sont dans la musique, ils sont la musique. Chaque note, chaque rythme frappé, chaque ton est absolument juste et tombe au moment adéquat. Dans le groupe, ils vont et ils viennent, des villageois entrent, s’installent et remplacent un chanteur ou un guitariste, le propriétaire du bistrot s’y met aussi. Chacun avec un talent inégalé. Les capverdiens, un indéniable peuple de musiciens. Un concert privé rien que pour nous quatre (toujours en compagnie de nos amis navigateurs).

Mais dehors le père de Lili, assis sur le pas de sa porte, tend l’oreille. A défaut de voir, il écoute. Veuf depuis peu de temps, Antonio est un ancien pêcheur de 67 ans. Non-voyant depuis 6 ans. La faute à la pêche au lamparo, des années de labeur la nuit, les yeux exposés à la lumière si violente des spots qu’elle lui a brûlé les yeux. Nous repassons devant chez lui à la fin du concert. Un grand sourire s’étale sur son visage… la faute à la musique.

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jeu de société devant le bâtiment de la fontaine

Quelques jours avant de quitter l’île, il est temps de refaire le plein en eau. Toujours un ou deux capverdiens pour nous aider (dans l’espoir -fondé- de percevoir un petit salaire) ; mais ce jour là, pas d’eau au village, pas d’eau à la fontaine. Dépités, nous repartons avec notre chargement de bidons vides. Une femme, qui a suivit la scène, mesure notre déception et nous fait enter dans sa cour : cruche après cruche, Fernanda transvase des litres et des litres d’eau depuis ses grosses cuves en plastique ; il lui en reste assez pour pouvoir la partager ; elle ne voulait pas nous revoir partir « le visage triste ». Une autre face du Cap Vert.

Au retour, nous passons chez la vieille dame qui fabrique son délicieux fromage de chèvre frais, la spécialité de l’archipel ; puis chez la police de l’île, où nous recherchons nos papiers. Ici comme ailleurs sur les autres îles, les représentants de l’ordre se montrent décontractés, aimables, et à la fois dignes dans leur uniforme impeccable.

SANTA LUZIA

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Autre île, autre dépaysement. Santa Luzia, terre déserte, la plus petite du Cap Vert, réserve naturelle de 5 km sur 13 plantée entre São Nicolau et São Vicente. Monde minéral, à peine végétal, même pas animal. Une seule ligne claire qui contraste avec les sombres rochers qui la surplombent, une longue bande de sable, « notre » plage, ourlée d’eau turquoise sur laquelle repose nos deux bateaux jaunes. Seuls. Nous traînons depuis plus d’un mois avec le même couple de jeunes français, suivant la même route, partageant les mêmes escales.

Une semaine à Santa Luzia pendant laquelle les jours coulent et filent, à explorer l’île comme des Robinsons, à profiter de la longue plage déserte, à plonger et chasser dans ce fabuleux paradis aquatique. Les effluves de pain qui cuit venant embaumer tout le bateau (mais qui sera vite happé, dès sa sortie du four, par des estomacs impatients). Visite du village abandonné où vivait il y a plusieurs dizaines d’années la dernière famille de l’île, dont l’approvisionnement dépendait entièrement du passage des pêcheurs. Ouvriers de la mer qui s’y arrêtent toujours, avec leur petite barque à voile remontant courageusement le vent.

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Les navigations inter-îles se font en maximum 24 heures, souvent moins, et le bateau avance vite avec cette saison du vent. Parfois, c’est le jeu des gros dauphins, ventre et museau blanc, à l’étrave. D’autres fois, la surprise de découvrir quel poisson a mordu sur la ligne à la traîne.

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D’autres fois encore, la navigation se fait plus sportive, comme dans le chenal entre Santa Luzia et São Vicente, la prochaine île vers l’ouest, où vent et houle se renforcent, et où Cercamon escalade une mer forte. Mais toujours, se débrouiller pour arriver de jour, certaines îles étant parfois mal cartographiées, le balisage nocturne n’existant pas ou n’ayant souvent jamais été réparé.

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SÃO VICENTE

São Vicente se dessine en crêtes cisaillées, roches noires qui tombent à pic dans l’océan bleu aux lèvres retroussées de blanc, côte nord que l’on longe pour atterrir sur Mindelo. Mindelo, capitale culturelle du Cap Vert, seconde ville de l’archipel au niveau du nombre d’habitants.

Après l’île déserte, se réhabituer à la ville. Les mendiants qui s’agrippent, les vendeurs de rue qui harcèlent, le flot humain qui se déverse en rangs épais sur le trottoir et la chaussée, les risques de vol. Pour pallier au « trafic des annexes », unique et propre à Mindelo, pas d’autre choix que de payer l’équivalent d’environ cinq euros pour la garde du dinghy si l’on souhaite se rendre à terre. Régis reprend alors le système de Gibraltar (où le vol d’annexe étant courant) : amener femme, amis et bagages au bord, revenir en dinghy jusqu’à Cercamon, puis nager jusqu’au rivage, recommencer ensuite le soir en sens inverse. Jusqu’à ce qu’un gardien du groupe, après une semaine d’observation, se décide à accepter de baisser les prix. Nous nous rendons compte, d’après l’odeur, que pendant un moment nous accostions sur la grève avec l’annexe en plein WC publics. Ces messieurs vont et viennent tout au long de la journée, se cachent un minimum, font leur affaire, que la marée, faisant office de chasse d’eau, se charge d’emporter…

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Nous nous laissons séduire par Mindelo, par ses venelles pavées bordées de boutiques, de petits supermarchés où nous réalisons l’approvisionnement, des anciens et majestueux bâtiments coloniaux, des galeries d’art, des restaurant, de la musique, toujours elle, qui s’échappe de la ville dès la nuit tombée. Le somptueux et coloré marché aux fruits et légumes qui regorge de produits frais, qui diffère de toutes les autres îles avec leurs marchandises fatiguées, dont l’arrivage dépendait de l’arrivée du cargo. Manque de vitamine suppléé alors par les graines que nous faisons germer sur le bateau, ou les jus de fruits. Mais ici, nous faisons le plein, et découvrons de jour en jour des produits tropicaux que nous apprenons à goûter et à cuisiner.

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Thons fraîchement pêchés

Les étalages posés à même le sol sur les trottoirs, avec les poules vivantes qui attendent naïvement et bravement de passer à la casserole. Le marché aux poissons, vibrant d’activité, les voix qui résonnent, qui enflent dans la bâtisse en toit de tôle, le passage effréné des pêcheurs lame au poing, qui tranchent, découpent hargneusement d’énormes morceaux de chair, les gros thons chargés sur des chariots, la foule qui se bouscule et se presse pour céder le passage à l’homme et la bête, viscères et sang qui gisent ça et là, dont les effluves qu’ils exhalent s’imprègnent dans tout le marché.

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Ville animée et cosmopolite où nous rencontrons d’autres navigateurs, le consul honoraire de France et son épouse (couple charmant, amoureux de la vie et de la culture capverdienne), des habitants qui chacun nous laissent entrevoir un autre aspect du pays, et l’homme qui se chargera, à notre grand étonnement, de faire réparer notre bôme (le vis-de-mulet tordu depuis notre dernier empannage) en un temps record. Il y a aussi la plage version Brésil, toute en muscles et en strings, en jeux de corps et de séduction. L’étonnante et toujours fascinante beauté des filles. Le contact avec les habitants nous apprend l’inexistence de la notion de racisme au Cap Vert, les rapports indifféremment entre locaux, touristes, et expatriés. Les revers et déviances du tourisme naissant et qui apparaissent déjà. La vie au jour le jour que mènent les capverdiens, incapables de prévoir le lendemain, concept absent de leur culture, où la logique et manière de penser n’est pas la même.

Décidément, nous semblons être abonnés aux retours « exotiques ».

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Ce village du bout du monde sur la côte nord-est de São Vicente dans lequel nous avons atterri nous pousse à retourner à pieds en direction de Mindelo, aucun passage d’aluger au fil des heures pour espérer revenir véhiculé. Au bout de quelques kilomètres, sur le bas-côté de la longue route qui traverse le désert rocailleux de cette île à la terre stérile, des capverdiens assis ou couchés qui manifestement attendent. Ça pourrait ressembler à un arrêt de quelque chose. On se mêle au groupe. Déboule peu après un camion sur la piste, qui se stoppe, et embarque tout le monde dans la benne, chacun se cramponnant en files indiennes à celui devant lui en tentant de maintenir son équilibre malgré les soubresauts imprimés par la route. On finit par aboutir à la ville, sourire en coin et ravis de l’expérience !

SANTO ANTÃO

Mais là où le dépaysement va crescendo, là où le Cap Vert révèle toute la beauté dont il est capable, c’est certainement Santo Antão.

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Deux jours sur cette somptueuse île, à fouler les sentiers pavés qui serpentent les combes escarpées. Première vallée que l’on découvre depuis un col, juste après le large cratère de Cova transformé en cultures, qui n’est qu’un tapis de falaises et de verdure qui s’étale à nos pieds, un spectacle à couper le souffle. Le chemin aux 87 contours nous mène à travers cette vallée de Paúl, ceint de végétation luxuriante, de hauts champs de cannes à sucre, de plantations de café, de palmiers, d’arbres fruitiers les plus divers et les plus inconnus (pour nous), de dragonniers, et d’eau! Qui se déverse en sources, en rivières, en levadas, dans un chuintement d’eau qui coule, que voilà quelques temps que nous n‘avions plus entendu.

La deuxième plus grande île du Cap Vert, la plus agricole de toutes, qui exporte ses produits vers toutes les autres. Parmi les pittoresques villages de cette côte nord-est, nous atterrissons à celui de Ponta do Sol.

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Pas de mouillage vraiment possible sur l’île, nous n’avons donc pas à retourner sur Cercamon le soir puisqu’un navigateur nous le garde à Mindelo (la plupart des navigateurs se débrouillent ainsi), c’est pourquoi nous choisissons une pension pour y passer la nuit. Le confort d’une chambre simple et propre, où nous redécouvrons le plaisir oublié d’un vrai lit et surtout d’une douche d’eau douce et chaude. Nous voilà requinqués, et la deuxième journée nous offre un panorama encore plus surprenant que la veille : sur la sente qui longe la mer, juste après un virage, c’est une vertigineuse et paisible vallée qui surgit, aux flancs de laquelle dégringole tout un enchaînement de plantations en terrasses, en quadrillages irréguliers, superposés les uns auxautres jusqu’au fond, créant une mosaïque de couleurs en relief sur les coteaux qui s’évasent vers l’océan.

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Au centre, vers le fond du vallon, s’agrippe à la roche on ne sait trop comment, le petit village de Fontainhas, que l’on rejoint par une route séculaire, tortueuse, aux pavés humides des chapes de brume qui enveloppent la montagne ce matin, empruntée par les villageois, perpétuellement chargés, obstinément d’un pas rapide et nonchalant à la fois.

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Sur les sentiers de Santo Antão, comme à São Nicolau, toujours les enfants et leur minois attendrissant, les femmes en contrebas qui frottent le linge à la rivière, certains villageois qui se déplacent comme leur infirmité le leur permet avec leurs pieds bots, malformation devenue rare chez nous, les distilleries de l’île où mijote le fameux et délicieux grog de Santo Antão. Les habitants ne diront pas le contraire, et certaines ambiances lors de nos passages en fin de journée dans les villages ne sont pas tristes ! Nous achetons sur place du ponche au parfum exquis de coco et cacao.

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Au retour dans l’aluger, on plonge dans ces yeux bleus interminables du vieillard au visage sillonné par les marques du temps devant nous, qui nous tient une discussion en créole, et qui descend plus loin rejoindre sa famille ; l’ancien qui détient une expérience de vie ici reconnue, valorisée, respectée. Puis on plonge dans les nuages épais, gris, dans lesquels s’enfonce la piste, pour ressurgir posée en un équilibre qui semble précaire au sommet de la crête, de laquelle de part et d’autre tombe le vide, le vide qui finit en deux vallées extraordinaires de beauté, en un enchevêtrement de rocaille, de végétation, de maisonnettes blanches.

a61.jpg La tenancière de notre pension

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Le chenal réputé agité entre Santo Antão et São Vicente se montre à la hauteur lors de ce retour à Mindelo à la fin janvier : ferry qui gîte, dont les mouvements épousent ceux de la mer houleuse, bouillonnement d’eau écrasée sous la coque qui fracasse la vague, les passagers qui rejettent leur estomac dans les sacs en plastique, d’autres qui combattent le mal de mer au grog en chantant et en dansant. Santo Antão, un dépaysement bref et intense, dont nous n’oublierons pas la saveur, parfumée au goût de trop peu.

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Le capitaine du ferry

RETOUR A MINDELO

L’escale se prolonge contre son gré, comme à Boa Vista, c’est la météo qui nous retient ici une semaine de plus après deux autres déjà passées ici.

Nous vivons un événement rare dans le pays : grosse pluie orageuse qui se déverse d’un ciel bas et lourd, relayée les jours suivants par un temps toujours maussade, venté, puis par le passage annoncé d’une dépression devant amener grosse houle et vents forts. De quoi sagement rester dans le mouillage réputé le mieux protégé de tout l’archipel.


DRÔLES D’HISTOIRES

 

D’autres ne songeraient même pas à se rendre dans ces îles, avec la conviction qu’il s’agit d’un pays dangereux. Plusieurs de vos derniers messages parlaient d’insécurité. Effectivement, il y a un ou deux ans, a sévi sur l’île de Sal une bande de pillards, les navigateurs étaient victimes d’agressions, de vols (les voyous nageaient de nuit jusqu’aux bateaux au mouillage), ce qui n’était plus le cas lors de notre passage. Des histoires similaires se sont déroulées au courant des dernières années sur d’autres îles aussi, de manière plutôt occasionnelle.

Un rebondissement récent dans le pays a plongé un instant le monde dans l’horreur : l’histoire des deux italiennes sauvagement assassinées dont vous avez certainement entendu parler. Une des jeunes femmes avait eu une relation avec un guide, et refusant alors ses avances, s’est vue lapidée ainsi que ses deux amies (deux des touristes ont fini enterrées, dont une vivante), tragédie dont seule une des italiennes a survécu. Un Cap Vert désolé par ce drame unique qui révulse le monde mais en premier lieu la contrée elle-même.

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Nous sommes bien conscients de l’existence de telles histoires, ce qu’elles ont de dramatique, mais il est vrai que nous n’avons pas directement été confronté à cela lors de notre séjour. Dans le milieu de la navigation, circulent aisément des bruits de toutes sortes, parfois réels, mais qui se déforment souvent très rapidement, qui tiennent peu compte de la cause qui a déclenché le problème, qui racontent des événements qui ont eu lieu il y a plusieurs mois ou années, alors que généralement la situation a évolué entre-temps (par des arrestations, une présence policière renforcée, etc.). La peur est légitime, mais parfois fondée uniquement sur des rumeurs.

Praia est considérée comme la ville la plus insécuritaire du Cap Vert, même par les capverdiens eux-mêmes. La capitale n’était pas prévue sur notre trajectoire jusqu’à ce que le catamaran « Damassine », notre ami suisse qui nous suivons depuis Madère, à l’escale depuis un moment sur Santiago, nous informe que la ville vaut le coup d’oeil et qu’il n’y a ressenti aucun danger. Une métropole que nous avons effectivement beaucoup appréciée, vous comprendrez plus loin pourquoi.

Connaissant les risques de vols plus élevés en ville, tout comme les grandes agglomérations européennes qui vivent aussi avec leur lot de violence, avec certaines zones à certaines heures à éviter, c’est à Mindelo et à Praia que nous avons pris le plus de précautions. Toujours peu d’argent, aucun bijou ni objet de valeur sur soi, remonter notre annexe chaque soir sur le bateau en la cadenassant, ramer jusqu’au bord pour débarquer à terre afin de ne pas avoir à laisser notre moteur hord board sur le dinghy, rentrer au bateau dès la nuit tombée, soit vers 18h, etc., des réflexes qui nous servirons encore ailleurs.

Notre séjour avait commencé dans un climat bien particulier, avec la disparition de ce navigateur espagnol, à Palmeira sur l’île de Sal, qui selon l’histoire, serait parti en annexe, éméché, en compagnie d’un capverdien, un jour que sévissait l’harmattan en décembre dernier, pour ne plus jamais réapparaître. Plusieurs versions de l’histoire circulent depuis, des thèses de la disparition en mer à celle provoquée par l’intéressé. Notre escale finit avec une autre histoire, non moins singulière…

Nous faisons la connaissance en février de D., ce navigateur allemand de la petite cinquantaine, qui arrive à bord d’un catamaran avec son équipage à Praia. Escale prévue rapide pour refaire les pleins d’eau et de gasoil avant de repartir vers les Antilles. Dès que nous entrons en contact avec ce dernier, ses propos nous paraissent incohérents, étranges, inadaptés, chez un homme possédant à la fois une grande intelligence. Son discours nous entraîne au fur et à mesure dans un monde où nous n’avons plus nos repères, où nous perdons pied, duquel nous ne distinguons plus la réalité de l’invraisemblable.

Un matin, alors que nous débarquons à terre au même moment que d’autres amis navigateurs, chacun avec son annexe, la police maritime à terre (le bâtiment se trouve juste derrière la plage) ainsi qu’une vedette qui patrouille inhabituellement dans le mouillage, nous intiment l’ordre d’immédiatement rebrousser chemin et de retourner sur nos bateaux. Jorge, le capverdien qui nous sert parfois de guide à Praia, s’interpose et au bout de quelques discussions nerveuses, l’erreur est rétablie : ils nous avaient confondu avec l’équipage du catamaran allemand. C’est le jour suivant que nous apprenons l’histoire, après des moments de questionnements intenses.

D. est engagé comme skipper professionnel pour convoyer ce catamaran tout neuf depuis l’Europe vers les Antilles, où il sera alors dédié au charter. Il embarque un premier équipier algérien en France, puis un second, français, aux Canaries. Au fur et à mesure de la croisière, se développe à bord une ambiance très particulière… D.charge d’abord le catamaran d’une tonne de matériel (alors qu’à la différence d’un monocoque, il faut veiller au poids du chargement, pour avoir un bateau toujours manoeuvrable), tout un bric à brac assez hétéroclite, qui envahit jusque sur le pont et dans le cockpit. Un équipement qu’il emmènerait jusque sur son propre voilier qu’il posséderait aux Caraïbes. Le skipper commence à dilapider très rapidement tout son argent, notamment dans l’alcool. Enivré, jusqu’au coma éthylique, la pathologie psychiatrique dont il est très certainement atteint prend toute son ampleur et les aberrations continuent à s’enchaîner.

La navigation entre les Canaries et Praia se fait entièrement au moteur (alors que la zone est toujours ventée), les voiles n’ont jamais été dépliées. Le bateau arrive à sec de gasoil et d’eau également, d’où cette escale imprévue au Cap Vert. L’équipier algérien se transforme au cours des jours en souffre-douleur du skipper. Séquestré, humilié, privé de nourriture, l’homme a le regard hagard et le visage émacié lorsque nous l’apercevons à Praia.

Les autorités capverdiennes doivent se douter de quelque chose, ou alors est-ce la marina de Tenerife qui a donné l’alerte (D. a préféré quitter le port canarien sans payer en ne récupérant pas les papiers du bateau), quoiqu’il en soit, le propriétaire du catamaran accompagné d’un autre skipper arrivent rapidement à Praia. Ils retrouvent le bateau dans un état de saleté incommensurable, des modifications de l’aménagement intérieur ont été amorcées à la scie sauteuse, et découvrent ce pauvre équipier arabe apeuré. Quand au français, à peine le sol capverdien touché, il s’est comme enfui, inventant une excuse apparemment acceptée par le skipper allemand. La police pensait que le catamaran était volé (sans papiers à bord), en réalité juste pas encore, car une des autres intentions de D.était de rallier l’Afrique du Sud, puis de se faire de l’argent là-bas avec le bateau.

Le propriétaire n’a pas de temps à perdre dans des poursuites judiciaires envers son ex-employé, et assez gâché d’argent dans cette histoire. Il débarque donc l’équipier algérien, en lui offrant son billet de retour vers son pays, et laisse D. avec ses affaires au Cap Vert. Nous recroisons ce dernier quelques jours plus tard, en pleine phase maniaque ; il a décidé de s’installer dans le pays, il fourmille de projets pour aider la population, pour « faire de ce désert un oasis ». Un jour, une statue devra lui être érigée.

TARRAFAL SUR SANTIAGO

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Laissons de côté le chapitre des histoires sordides. Retour au 12 février, alors que nous laissons Mindelo dans notre sillage. Nous laissons aussi nos nouveaux amis, deux familles françaises, et « Aerandir » avec qui nous venons de passer deux mois, qui s’en va pour Brava. Cercamon pique vers le sud-est, pour une trentaine d’heures de paisible navigation, hélas, sans poisson au bout de la ligne.

Tarrafal sur Santiago (il existe plusieurs lieux nommés Tarrafal au Cap Vert) nous apparaît comme un petit paradis avec sa plage bordée de cocotiers, qui éclaboussent de leur gerbe sombre le bleu du ciel. Des noix que nous goûtons pour la toute première fois. La femme qui nous les vend perce la carapace, le jus translucide et rafraîchissant s’écoule dans nos gosiers, puis elle découpe avec habileté, la machette dans une main, la noix dans l’autre, l’écorce du fruit, qui révèle sa chair que nous grignoterons en route. Les rouleaux turquoise s’abattent sur la grève, et les enfants, minuscules touches de couleurs au sommet de la vague ou engloutis par cette dernière, surfent inlassablement sur les lames.

Découverte du village et de sa population si différente des autres îles, qui se décline en plus foncée, moins métissée, plus africaine, tant au niveau des morphologies que de l’ambiance. Depuis la colline, derrière la plage, on embrasse le mouillage ainsi qu’une petite partie de Santiago, terre partiellement verte, bien cultivée par endroits. Il s’agit de la première île habitée du Cap Vert, où vit actuellement la moitié de la population de tout l’archipel. Les innombrables chèvres qui le peuplent, gambadant ici et là en ville, à la campagne, sur les routes, dans les champs ou montagnes, seraient en partie responsable de la déforestation de l’archipel et de la conséquente sécheresse chronique.

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La météo doit se péjorer, la houle se renforcer, et ici la baie l’accueille à bras grands ouverts. Nous quittons Tarrafal au bout de deux jours, pour une navigation jusqu’au sud de l’île, qui évoque celle sur les lacs suisses : du calme plat, d’un vent variable, nous passons subitement à 25 noeuds établis (45km/h), sur un océan de moutons, nous laissant à peine le temps de réduire la voilure.

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PRAIA, LA CAPITALE

Au mouillage de Praia, d’abord prendre garde à l’épave dont l’extrémité surgit à peine de l’eau (ces épaves si nombreuses au Cap Vert, que Cercamon s’était planté dans le mât de l’une d’elles à Sal, indiquée seulement pas des bouteilles en plastique à la surface, nous dégageant avec peine de la ruine d’acier). Puis retrouver par la suite le catamaran Damassine, avec qui nous passerons les derniers jours, jusqu’à ce qu’il quitte le Cap Vert pour les Antilles. Il nous dépannera d’une pale de notre éolienne qui vient de casser lors d’une bête manoeuvre, nous sauvant d’une traversée où nos mains se seraient relayées à la barre, par manque d’énergie pour alimenter le pilote automatique. Car tomber en panne de quoique ce soit au Cap Vert exige temps et patience (quitte à laisser passer la saison pour traverser, et saisir la prochaine occasion un an plus tard).

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Ici pas de système de gardiennage d’annexe comme à Mindelo (qui cessera peut-être bientôt avec la construction de la première marina du Cap Vert, qui devrait être achevée pour ce printemps), où nous retrouvions régulièrement notre « sentinelle » plus placée en faction devant le bistrot que devant notre dinghy.

A Praia, nous laissons l’annexe cadenassée à un lampadaire sur la grève, que nous retrouverons toujours intacte, plage que les capverdiens, souvent très sportifs, longent de quelques enjambées lors de leur footing, ou transforment en un terrain de football, le sport national. Puis nous nous jetons à l’assaut de la ville, l’esprit inconsciemment imprégné par toute la violence que l’on nous a racontée, et pourtant rapidement et positivement surpris.

Dans Praia, capitale de l’archipel et siège du gouvernement, accueillant différentes ambassades, nous découvrons quantités de bâtiments officiels, places et églises qui valent le détour sur le « Plateau », où la vieille ville se dresse, tournée vers l’océan.

Le mercado central représente à lui seul une immersion en Afrique, et si nous pensions que celui de Mindelo était bien garni, nous n’avions encore rien vu avec celui de Praia.

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Sous les draps colorés, suspendus pour se protéger du soleil, chaque mètre carré est rentabilisé, on y trouve le secteur boucherie et poissonnerie, les étalages abondant de produits frais se succèdent les uns aux autres, marché claquant de couleurs vives, farci d’odeurs, de bruits. Brassage humain qui se pousse, se bouscule. Un lieu de vie où les femmes y passent leurs journées, écossant les pois, haranguant le client, bavardant entre elles, surveillant les enfants qui se faufilent ici et là, cuisinant leurs mets sur leur réchaud. Repas que l’on peut partager, comme la majorité de la population qui travaille aux alentours du marché. Les femmes à la cuisine ont la main lourde, l’assiette est plus que bien servie de nourriture de base telle que riz ou polenta, accompagnée de poisson ou de viande, parfois de légumes ou de fèves. Dîner délicieux que l’on paie moins d’1,50 euro par personne, et que l’on déguste debout, au milieu du continuel va-etvient populaire, des mouches qui virevoltent, dans le brouhaha incessant, parfois à côté du mendiant à l’esprit dérangé qui s’époumone malgré les protestations des femmes.

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Le marché se poursuit le long des ruelles, où les commerçants étalent leurs marchandises à même le sol, au milieu des dindons, cochonnets, biquettes et poules, pieds et poings liés. Adossés aux murs décrépis des maisons, le derrière parfois plus que rebondi d’une imposante Mama dépasse largement du tabouret, l’englouti presque sous les innombrables plis de tissu. Si l’on continue à descendre le chemin, on aboutit au marché sénégalais, à Sucupira, même style d’ambiance, mais dans le tissu, les vêtements, le cuir, les chaussures.

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Moins pittoresque, mais non moins abondant, le Leader Price fraîchement implanté dans la ville nous offre tout ce dont nous pouvions rêver pour un approvisionnement avant une traversée. Nos yeux semblent ne pas être assez grands pour tout enregistrer, même si en réalité, le supermarché n’est pas plus grand que celui d’une petite localité française. Il s’agit du magasin d’alimentation le plus spacieux de tout le Cap Vert, nous retrouvons des produits plus que variés que nous n’avions plus l’habitude de consommer. Et pourtant, tout à notre joie de découvrir autant de marchandises, nous ne nous sentons presque plus au Cap Vert, dans un univers aseptisé, impersonnel. Sentiment certainement égoïste, pourquoi les habitants devraient-ils se contenter de leurs petites épiceries ?

Le Cap Vert vit au rythme de la fête, de la musique. A Mindelo, où le Carnaval est réputé le meilleur de tout l’archipel, ses habitants affirmaient qu’il n’y avait que celui du Brésil qui le surpassait, et nous assistions à ses répétitions chaque soir. En février nous nous trouvons à Praia, et trois jours durant, la fête bat son plein, surtout le soir et la nuit. Nous suivons le défilé du deuxième jour, marqué par le thème récurant de l’esclavage, suivi des danseurs et danseuses qui évoluent dans un chatoiement de couleurs, ondulant sur la musique jouée par le cortège. Jorge, originaire de Praia, nous guide dans la procession, on se faufile entre les enfants déguisés, les hommes travestis, les jeunes filles aguicheuses, l’exubérance des costumes reprenant toute une série de thèmes divers, dans la foule qui commence à fonctionner selon sa pulsion, dictée par l’alcool. A partir d’une certaine heure, mieux vaut s’en aller, retrouver son chez soi, sa maison qu’on trimballe de lieu en lieu.

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Parce que la ville est plus touristique, mais aussi avec Carnaval, période durant laquelle le grog coule à flots plus abondants qu’à l’ordinaire, certaines personnes osent proférer des paroles saugrenues, d’autres se montrent parfois plus hargneuses qu’à l’accoutumée. Les gamins quémandent, certains exigent, usant d’un ton cousu d’agressivité.

Le jour où nous pénétrons dans la zone non recommandée de la ville, mais parce qu’un après-midi nous y avons rendez-vous avec un navigateur pour qu’il nous cherche là en annexe, à proximité du mouillage, nous nous ressentons pour la première fois de tout notre séjour au Cap Vert en insécurité. Le tenancier de la station service se jette sur nos sacs que nous avions laissé à nos côtés, pour les mettre en sécurité ; tout autour, des gamins de 10-12 ans zonent, les yeux fureteurs, leurs aînés s’énervent les uns avec les autres, l’alcool circule, le crack aussi. Juste au-dessus, les bidonvilles de Praia, friche de bâtisses amères, rongés par la misère, le chômage, générant violence et dépravation.

Mais pas toujours. Jorge, un jeune homme issu de ce quartier, dont nous faisons la connaissance par l’intermédiaire de Damassine, nous aidera tout au long de notre séjour dans nos différentes démarches, des corvées d’eau, de gasoil, à celle du gaz et autres services.

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Jorge

Quelqu’un à qui nous pouvons entièrement faire confiance, qui nous parle en créole, langue que nous commençons peu à peu à comprendre. Une amitié se développe entre nous et ce jeune capverdien qui voit son pays se développer, tournant le dos à des gens comme lui sans qualifications, faisant naître qu’une envie, celle de partir en Europe. D’autres partagent la même obsession, ces immigrés de l’Afrique de l’ouest, pour la plupart des jeunes hommes, arrivant au Cap Vert en avion ou en pirogue parfois, qui ont quitté leur pays en guerre, ou parce qu’ils n’y trouvaient plus de travail. Ils espèrent depuis là pouvoir plus facilement rejoindre l’Europe, le Rêve avec un grand R. Mais le Cap Vert se referme autour d’eux comme un piège : aucune possibilité de travail, aucun avenir envisageable, et aucune facilité pour rallier l’Europe. Guettant toute opportunité pour quitter ce petit pays où ils risqueraient de s’enliser, ils sont prêts à tout pour réaliser leur projet, conscients d’ « être né avec le mauvais passeport », selon leurs propres termes. Depuis trois mois que nous traînons dans l’archipel, que de propositions pour nous accompagner, même si nous ne rentrons pas en France, même si nous allons au Brésil, juste quitter ces îles de misère.

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Le berceau de la culture et de la nation capverdienne, Cidade Velha, se trouve à quelques kilomètres de Praia, la toute première cité du Cap Vert, agréable et pittoresque petit village planté en bord de mer, lieu devenu touristique (croiser vingt « blancs » dans la journée signifie que le coin est touristique). En hauteur, s’élève le seul château de l’archipel, superbement rénové grâce à l’aide de l’Espagne ; plus loin, l’unique cathédrale du pays, ou plutôt ses imposantes ruines datant du XV e au XVIIe siècle ; le pilori au centre de la cité, lieu de douleur et souvenir du passé esclavagiste ; la « Rua Banana », la plus ancienne rue du Cap Vert, et d’autres bâtiments encore. Au fond de la vallée, l’agréable palmeraie de cocotiers ombragée, ses arbres fruitiers de toutes sortes, entre les branches desquels voltent les passarinhos, genre de petits martins pêcheurs, au plumage coloré rendu étincelant par les rayons du soleil.

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Sur le toit des maisons, les habituelles antennes paraboliques ; les gens ne possèdent pas grandchose, mais en tous cas la TV, et de plus en plus le téléphone portable aussi. Ici comme sur les autres îles, les gens nous adressent spontanément la parole. Les capverdiens, toujours pouce en l’air, demandant si c’est « fich », si tout va bien. Nous partageons le repas d’une famille qui nous invite chez elle, rencontre de deux cultures différentes.

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BIENTOT LE DEPART

Finalement Cercamon quittera le Cap Vert depuis Praia, la capitale du pays, au sud de Santiago, la plus grande île de l’archipel. Car pas de sortie administrative possible sur les îles de Fogo et Brava, celles plus à l’ouest où nous souhaitions nous rendre, il faudrait retourner contre le vent jusqu’à Praia pour faire les papiers, navigation que nous n’envisageons pas. Les suisses que nous sommes et qui n’ont pas perdu à certains niveaux de leur esprit de droiture, n’ont pas envie de partir du sol capverdien sans tampon officiel sur le passeport, ou alors de quitter la capitale avec le fameux tampon en se rendant ensuite vers ces deux îles, mais de manière illégale alors, avec le risque d’une amende à la clef (peut-être traumatisés par notre arrivée au Japon il y a six ans avec des passeports périmés, subissant la désagréable expérience d’emprisonnement !). Alors tant pis, nous ne verrons pas le volcan et le plus haut sommet de l’archipel sur Fogo, ni l’un des plus beaux villages sur Brava, à l’inverse de plusieurs navigateurs qui ont décidé de ne pas tenir compte de ce détail.

A peine les autorités nous font part de ce dilemme, que déjà nous nous rendons compte que nous allons vraiment bientôt quitter le Cap Vert. Prise de conscience empreinte de mélancolie. Petit pays qui n’a pourtant pas réussi à plaire à tout le monde. La langueur qui s’en évapore, mêlé à ce sentiment de se sentir au bout du monde, et qui peut affecter le moral. La brume de sable vaporeuse que le vent chasse horizontalement, pour venir s’incruster partout (surtout vers les îles plus à l’est). Les mouillages souvent balayés par le vent, houleux, remettant à plus tard les plaisirs de la baignade, celui de la vie dans le cockpit, et engendrant des sorties à terres en annexe plus ou moins acrobatiques.

Pays de contrastes. Une violence parfois sous-jacente (surtout en ville), le risque de vol (si l’on ne prend pas les précautions standard), opposé à la gentillesse et à la chaleur de la majorité des gens. Les lieux où s’accumulent parfois des tas d’immondices et les rejets pollués de la mer, opposé à la beauté des paysages diversifiés. Les terres arides, elles-mêmes comme en désaccord face à celles revêtues d’une profusion de verdure. Chaque île possède sa propre particularité, tant au niveau de l’environnement que de sa population. Vous l’aurez compris, tout en contrastes, le Cap Vert nous fascine, nous fait vibrer au rythme de sa culture, de sa musique, de ses panoramas, de ses habitants. Une leçon de vie qui marque.

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La saison de passage des navigateurs s’étiole au Cap Vert, le « rush » du départ aux Antilles de la fin de l’année est passé, restent ceux qui prennent leur temps, qui apprécient le pays, comme nous, qui allons bientôt nous retrouver parmi les derniers à traverser !

Après avoir visité durant trois mois sept de ses dix îles, le Cap Vert qui nous a tant apporté, s’efface à présent peu à peu de notre esprit, d’abord douloureusement, pour céder la place à l’effervescence de la préparation de la traversée, puis à la découverte du Brésil. Le stress monte, parallèlement à l’excitation, et l’envie de voir plus loin pointe son nez…

Les préparatifs s’accélèrent sur Cercamon : les habituels pleins d’eau, de diesel, de gaz, de nourriture. Les fruits et légumes seront nettoyés à l’eau de javel (prévention contre l’invasion des cafards), puis emballés dans du papier journal (pour favoriser leur conservation), les étiquettes des boîtes de conserve retirées (encore les cafards), préparer quelques repas d’avance juste avant de partir, etc. Prendre régulièrement la météo sur internet, pour profiter d’une bonne fenêtre prévisible sur une semaine. Noter où se trouve la zone de convergence intertropicale, nommée également « pot au noir », région autour de l’équateur où alternent les calmes plats, les grains brefs mais violents, les averses orageuses. Vérification des haubans en montant en haut du mât, entretien du moteur. Frotter la coque, travail récidivant chaque mois ; plus nous nous en allons vers les eaux tropicales, plus les algues, microorganismes et coquillages viennent élire domicile sur la carène, freinant la vitesse du voilier de manière non négligeable. S’assurer d’avoir assez de lecture, en échangeant des bouquins avec les autres navigateurs (ce qui nous amène à nous imprégner de récits très divers, que l’on n’aurait parfois jamais eu l’idée de lire).

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Il y a exactement un an que nous quittions la Suisse. Demain ou après-demain, c’est ce côté-ci de l’Atlantique que nous quitterons. Nous nous en allons avec les bénédictions d’Americo, notre dernier contact du Cap Vert, un homme emprunt d’une grande foi, dans ce pays croyant, homme à l’intelligence de coeur.

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Avec Americo

En levant l’ancre, Cercamon s’élancera vers une autre aventure, en espérant que tout se passera bien, concrétisant le rêve de plusieurs, l’un des nôtres en tous cas, de plus en plus accessible à qui le veut, celui de traverser l’Atlantique.

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