ILES DES ANTILLES

Carte des Antilles (en vert) dans la Caraïbe.

 

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Les Antilles, synonymes dans notre imaginaire de plages bordées de cocotier, se révèlent en premier comme lieu de travail idéal sur notre bateau. TOBAGO nous offre pendant trois semaines un peu de ce rêve d’eaux turquoises, rapidement relayé par la vie de chantier sur l’île voisine, TRINIDAD. Pendant deux mois, nous manions outils et pinceaux pour rendre un voilier de 25 ans comme neuf. Voir nos photos ICI. Parés à découvrir de nouveaux horizons, les GRENADINES déversent dans nos yeux émerveillés la splendeur de ses lagons, saupoudrés d’une multitude d’îles et d’îlots. Cf les photos ICI.

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Puis dans une navigation exigeante toujours au près, nous abordons la MARTINIQUE aux paysages diversifiés, suivie de la verdoyante et dépaysante DOMINIQUE. Voici nos photos ICI. Enfin la GUADELOUPE et ses atouts de charme : les Saintes et Marie-Galante. (Photos ICI ). Les îles Caraïbes sont aussi un endroit idéal pour y recevoir des visites depuis l’Europe. Nous ne quitterons pas les Antilles sans un dernier adieu aux GRENADINES, incontestablement notre coin préféré. 

Toutes les photos des îles des Antilles sur notre album Flickr: https://www.flickr.com/photos/doris-r/albums/72157646081914202

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TRAVERSEE GUYANE-TOBAGO

 

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Iles du Salut (Guyane Française) – Charlotteville (Tobago)

Trinidad, 23 septembre 2007

Guyane-Tobago, notre dernière « grande » navigation avant quelques années peut-être. Les distances inter-îles aux Antilles sont autrement plus réduites qu’entre nos diverses escales d’Amérique du sud. Une navigation à savourer donc, un moment précieux de mer à goûter. Si bien sûr cette dernière nous en laisse l’occasion ! Mais elle acquiesce et nous offre ce cadeau de cinq journées de plein bonheur…

Ça commence aux Iles du Salut, carénage obligé, lieu de la Guyane où l’eau est la moins trouble. Sur la coque s’agglutinent en permanence tout un microcosmos aquatique, freinant comme toujours notre avancée, que nous frottons et grattons avec éponges et spatules. Les Iles du Salut, une dernière et troisième fois. Ultime balade aussi sur l’île Royale, notre îlot préféré.

Le 25 août, l’ancre est levée…. Au revoir Guyane, ces trois mois dans ton monde si prenant et si diversifié nous a tant appris et fait vivre tellement de choses.

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Contrôles moteur avant le départ

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A la table à cartes

Premières journées idylliques, houle infime qui n’ose même pas secouer nos estomacs, courant de Guyane qui nous propulse à la vitesse de 5 à 7 noeuds, petit air régulier de sud-est qui lisse nos voiles… et notre spinnaker. Nous osons enfin la sortir, cette encombrante voile que nous pensions compliquée à manoeuvrer à deux, et qui était restée longtemps, trop longtemps, enfermée dans sa soute.

Immense et légère bulle colorée qui entraîne Cercamon vers l’avant, qui frissonne, se plisse un instant avant de retendre son tissu bariolé. Chaque soir, le soleil nous quitte, poursuivant sa flamboyante route vers l’ouest, et chaque matin, c’est vers l’est que nous le retrouvons, jetant ses couleurs orangées dans le ciel qui vient de se réveiller. Là où, le soir, la lune se lève aussi, s’extirpant de son écrin de nuages, dorée au début, argentée ensuite, devenant blafarde à son coucher, se diluant dans la lumière du jour naissant.

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La nuit, tête levée vers le ciel pendant nos quarts, reconnaître enfin quelques unes des constellations stellaires apprises au musée de l’espace à Kourou, pour déchiffrer un univers qui nous avait toujours émerveillés pendant nos diverses traversées, mais où chaque point lumineux ne signifiait alors rien de plus pour nous, sur lesquels nous pouvons apposer à présent un nom.

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Les occupations terrestres s’évanouissent de nos pensées, uniquement concentrées sur la mer, il n’y a plus qu’elle dans nos têtes et tout autour de nous. Repos de l’esprit, sérénité de l’âme.

Les manoeuvres de voiles s’enchaînent, nos gestes aussi, comme des réflexes, les mots devenant presque inutiles, chacun connaissant son rôle et complétant les actions de l’autre. Les quarts se suivent selon le même rythme, celui qui nous convient le mieux, Régis débutant la nuit, moi la finissant.

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Cercamon prend sa modeste place sur la mer, son équipage prend en main son fidèle navire, et nous courons tous sur la mer somptueusement bleue, merveilleusement scintillante.

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Deuxième jour de mer, l’après-midi. Le ciel se voile, des nuages plus foncés par rapport aux cumulus habituels se forment. Dans les grains du pot au noir, ciel et mer s’obscurcissaient en un même magma ténébreux, mais ici l’horizon reste dégagé, nous surveillons cette météo évolutive, sans nous en inquiéter réellement. L’onde tropicale arrive sans crier gare, sans amener de pluie, mais le vent forcit, siffle soudain dans les haubans, il nous faut désormais affronter un vent force 7 au près, toutes voiles réduites, sa direction ayant changé. La mer, solidaire du vent, se forme, devenant dure et hachée. Le plan d’eau reste maniable, pas besoin de fuir en vent arrière. Huit heures de ce régime-là, jusqu’au milieu de la nuit. Prudents face à ces formations nuageuses à présent familières, apparaissant de préférence le soir, nous apprenons dès lors à les contourner, à les éviter.

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La suite de la navigation se poursuit alors comme elle avait débuté, sereine et agréable. Le vent souffle en continu, alors que nous étions habitués à ses pannes pendant toute la saison des pluies au Brésil et en Guyane. Pêche (deux thons viennent améliorer notre quotidien culinaire), cuisine, faire le point, scruter l’horizon jalonné de nombreux cargos, de quelques bateaux de pêche aussi. Le risque de piraterie existe au large du Surinam, mais nous ne relevons rien de suspect. Repos, toujours et encore la lecture, les manoeuvres de voile, les activités du bord se juxtaposent les une aux autres. Notre compas magnétique récemment acheté à Kourou nous satisfait entièrement ; notre compas électronique est en panne depuis la transatlantique, et ce nouvel instrument nous soulage tout en facilitant désormais notre navigation. Le cap qu’il nous indique est étonnamment juste, même s’il n’est pas compensé (l’indication du nord est souvent faussée sur un bateau en acier, et le cap magnétique qu’il indique n’est pas le cap vrai, que l’on obtient en compensant le compas avec des aimants placés à côté).

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Le point du 29 août dans l’après-midi nous surprend : « Comment, il ne reste plus que quatre vingt milles ? » Le courant nous pousse beaucoup trop rapidement, et nous risquons d’arriver pendant la nuit à Tobago, compliquant nos manoeuvres d’arrivée. Il nous faut réduire les voiles presque à leur maximum, en ne laissant que la grand voile raccourcie avec deux ris, pour ralentir notre avancée, et se « traîner » plus qu’à cinq noeuds.

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Le cadeau est pour mon quart, 5h du matin le 30 août, l’horizon se noircit non pas d’un grain mais d’une terre, Tobago surgit à tribord. Toujours l’impression de vivre un moment à part en mer, qui ne ressemble pas à un moyen de transport pour rallier un point A à un point B, mais une aventure à vivre en elle-même. L’arrivée sur une terre nous surprend donc toujours.

L’île dévoile ses contours escarpés dans la chaleureuse lueur matinale, se dessine verte au milieu du bleu aquatique et du bleu céleste. Enfin atterrir sur une île, il y avait longtemps, si longtemps.

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L’ancre se plante par 15m de fond, la boue agglutinée sur la chaîne, souvenir de Guyane, se dilue dans les eaux cristallines de la baie, et clos 600 milles (1’100km environ) et cinq jours de belle navigation.

Ça y est, on y est aux Antilles, escale souhaitée depuis un moment, alors que le bateau n’était encore que pure fiction, juste un rêve… devenu aujourd’hui réalité.


TOBAGO, PREMIERE ESCALE ANTILLAISE

Arriver dans les petites Antilles et commencer par Tobago… l’une des plus agréables îles selon les dires de plusieurs. Eaux cristallines, végétation abondante, population chaleureuse, le lieu n’invite qu’à s’y sentir infiniment bien. Tobago en deux semaines et quelques souvenirs…

Charlotteville

 

Village de notre arrivée, effluves d’un ailleurs qui nous dépayse totalement de la Guyane.

La grande baie « Man of War » face au tranquille, pittoresque et authentique village de pêcheurs n’accueille que quelques voiliers, deux ou trois. Eaux transparentes, si claires qu’en annexe il nous semble que nous ramons au-dessus d’un aquarium. Envie pressante de nous y immerger, au détriment des périples à terre. Plonger, nager, encore et encore. Descentes sous l’eau en apnée presque tous les jours ; enfin, les eaux cristallines dont nous avions rêvées depuis plusieurs mois. Evoluer entre récifs, coraux, algues, plantes sous-marines, poissons de toutes formes et de toutes couleurs qui jouent dans les rayons que le soleil darde dans l’eau, comme les mailles d’un filet lumineux et mouvant dans la mer turquoise. Nous ne cessons d’écarquiller nos yeux sous notre masque de plongée. Lorsque nous hissons la tête hors de l’eau, ce sont de majestueux pélicans, ainsi que des mouettes qui nous survolent.

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Notre nouvel appareil photo (après avoir perdu le précédent en mer, dans les eaux brésiliennes) qui nous permet entre autres des prises de vues sous-marines…

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Sur le rivage où s’étalent de superbes plages, les barques bariolées des pêcheurs attendent. En surplomb, la forêt luxuriante recouvre les collines au-dessus de maisonnettes coquettes et soigneusement entretenues, s’enorgueillissant de jardins admirablement fleuris. Les arbres fruitiers sont alourdis de mangues, d’énormes avocats, de citrons que l’on ramasse à la pelle par terre. L’île est prospère, cela se sent et se voit. Il y a du pétrole ici, sous les plateformes maritimes entre l’île de Trinidad et le Venezuela.

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Baie « Man of War » à Charlotteville

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Activités au mouillage

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Au village, la population se montre d’une gentillesse, d’une simplicité, d’une spontanéité qui font chaud au coeur. Si les femmes semblent tenir les rennes de la maison et de l’éducation des enfants, les hommes en revanche nous apparaissent souvent plus décontractés, et beaucoup arborent de longues dread locks cascadant quelquefois jusqu’à la taille, parfois enveloppées dans un bonnet crocheté aux couleurs de la Jamaïque. Les « vrais rastas » ne se coupent jamais les cheveux ni les poils, qui avec le temps, se transforment naturellement en ces noeuds de cheveux crépus emmêlés en eux-mêmes. Certains portent même des dreads locks dans leurs barbes. Le mouvement rastafari, une religion, ou une idéologie, ou simplement un mode de vie. Univers très cool, très « yeah man », très « rasta man », très reggae, très émanations de ganja.

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A Charlotteville, on pourrait y rester encore et encore. Mais les lagons du sud de l’île nous attirent, et puis nous n’avons pas tout le temps devant nous, il nous faut bientôt partir au chantier…

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Scaborough, la capitale

Scaborough, où le plaisancier doit se rendre à chaque fois qu’il change de mouillage. A l’immigration à son arrivée, puis aux douanes entre chaque nouveau lieu pour obtenir une clairance. Surtaxe si l’on n’arrive pas aux bonnes heures. Une administration compliquée qui désire suivre chaque va-et-vient de bateau. Soit. 

Nous arrivons en ville aux alentours de la fête de l’indépendance. Fanions rouges, noirs et blancs, aux couleurs du pays, estampillés « God bless our nation » festonnent le long des murs, des portails, des bâtiments.

Dans les rues bondées de monde se croisent vieilles dames, mais non moins élégantes, dans leurs tailleurs sur mesure et leur grand chapeau qui leur confère un air de dignité, somptueuses gazelles aux membres graciles, doudous massives, hommes jeunes et moins jeunes adeptes du mouvement rastafari et écoliers en costume. Une bonne proportion de la population est typée indienne sur l’île (d’Inde du Nord), à Trinidad aussi, émigrée ici après l’abolition de l’esclavage. Seules îles des Antilles (à part la Martinique et la Guadeloupe) où nous serons amenés à rencontrer cet exotisme dénotant des coutumiers faciès africains. Peu de blancs dans la ville, peu de touristes. Mais un jour, on y aperçoit l’ex joueur de football Eric Cantona.

Les épiceries sont un peu mieux achalandées qu’ailleurs sur l’île, mais le choix reste succinct. Beaucoup de produits d’importation depuis l’Angleterre… il faut aimer, nous ne sommes personnellement pas amateurs. A Trinidad, nous découvrirons ceux des Etats- Unis. Les marchés de rue, aux épices, aux fruits et aux légumes, nous ravissent par contre les yeux et les papilles

Pigeon Point

Tobago se situe à la lisière entre océan Atlantique et mer des Caraïbes. Nos mouillages sur la côte nord-ouest sont protégés des vents dominants du sud-est, et c’est donc sur la mer des Caraïbes que Cercamon évolue pour la première fois. Navigation de quelques heures, entourée de dauphins, entre Charlotteville et Pigeon Point. Encore un nom qui allie français et anglais, et à Trinidad même l’espagnol. Héritage d’un passé colonial diversifié. Les collines verdoyantes cèdent la place à un paysage plus plane, plus sablonneux… celui des lagons. Eau turquoise emprisonnée dans les récifs sur lesquels la mer vient briser son écume, barre blanche trahissant la muraille entourant le lagon, celui de Bucco Reef. Notre premier lagon. Paysage de carte postale ou de fond d’écran d’ordinateur. Nous avons l’inestimable chance de nous promener là-dedans. Ou de ramer là-dessus. De longues balades en dinghy, toujours à la pagaie (le moteur de l’annexe est encore en panne). Somptueuses plages bordées de palmiers dont les troncs tendent vers la mer émeraude, complétant parfaitement l’image de rêve…

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Le rêve antillais. Une étape dans le voyage. Et qui ne ressemble à rien de ce que nous avons vu jusqu’à maintenant. Pourtant on ne nous aide pas à rêver. La majorité des navigateurs que nous rencontrons autour de Tobago, mais de Trinidad surtout, qui connaissent assez bien les petites Antilles, n’en parlent pas en termes élogieux. Trop de touristes, tout est trop cher, tout est surexploité, tout est superficiel. Désabusement, désillusion. Eux sont là pour travailler. Qui dit tourisme, dit occasion de gagner de l’argent, de renflouer la caisse de bord. Quelles seront les Antilles de Cercamon ?

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Cercamon aux Antilles

Les petites Antilles, nous ne les connaissons pas encore ; nous nous apprêterons à les découvrir dès le début de l’année prochaine, et tenterons d’y ouvrir des yeux autant que possibles dénudés de préjugés que l’on ne cesse d’accumuler dans nos esprits. On nous dit que Trinité-et-Tobago, pour la version française, c’est différent du reste de cette zone saturée de navigation. En tous cas, il nous semble que Tobago, surtout, est une belle entrée en matière antillaise.

Ici, nous reparlons anglais, une langue que nous avons du plaisir à repratiquer, mais que nous avons de la peine à comprendre, issue de la bouche des locaux, mêlée à un accent et à un dialecte qui en font un autre langage. Les anglo-saxons eux-mêmes rencontrent des problèmes de compréhension !

Comme au Cap Vert ou au Brésil, nous nous retrouvons avec des liasses de billets entre les mains. Même si nous les alignons pour payer, la vie n’est pas chère ici.

Le climat antillais… Accablante, la chaleur. Saison des cyclones. Tempêtes qui emportent tout le vent dans leurs tourbillons infernaux pour en priver d’autres contrées.

Pas un souffle d’air. Ce n’est pas parce que l’on s’est éloigné de l’équateur qu’il fait moins chaud, au contraire.

Le risque de dépressions tropicales. Ou même d’un cyclone. En principe, ils ne franchissent pas la barre des 13 degrés de latitude nord ; une situation qui est en train d’évoluer. Trinidad et Tobago se trouvent autour des 11 degrés de latitude nord.

Donc hors zone cyclonique, normalement. « Félix » nous surprend le lendemain de notre atterrissage aux Antilles, après cinq jours de mer. Nous n’avions pas écouté la météo du matin, occupés avec les fastidieuses administrations qui nous prendrons deux jours à l’arrivée. Le ciel se recouvre de nuages menaçants en soirée.

Le vent forcit, jusqu’à atteindre les 40 noeuds dans la nuit, la houle se lève, la pluie s’abat rageusement sur la région. Ne connaissant pas bien le mouillage, ancrés à 15m de fond avec 75m de chaîne, nous craignons de déraper. Nous n’avons pas encore récupéré de notre navigation, mais il faut aussi veiller cette nuit-là, durant cette impressionnante nuit. Ce déchaînement d’éléments dure jusque dans la matinée du lendemain. Ce n’est que plus tard que nous apprendrons qu’il s’agissait de l’extrémité du cyclone Félix. Un ouragan qui atteindra le stade 5, le maximum, sur l’Amérique Centrale. Nous n’en subissons qu’un échantillon.

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Depuis, nous réécoutons beaucoup plus systématiquement la météo, même si nous ne prévoyons pas de naviguer. Les mois derniers, au Brésil et en Guyane, le temps était relativement stable, mis à part les grains, de toute manière difficilement prévisibles.

Un jour au mouillage à Pigeont Point, un orage se forme au loin. Stupéfaits, nous voyons peu à peu, comme tracé au feutre gris sur l’horizon s’obscurcissant, un épaisse colonne partir du ciel pour plonger dans la mer, à la surface de laquelle se créé un tourbillon d’eau. Une trombe. Nous n’avions jamais observé ce genre de phénomène. Vaguement inquiets, et à la fois ne pouvant détacher les yeux de cette étrange formation, nous surveillons son évolution qui ne viendra pas nous chatouiller au mouillage, et qui se résorbera de la même manière qu’elle avait apparu.

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Saison des cyclones, saison des pluies ici. Une fois par jour, ou deux éventuellement, l’ondée tombe tout droit du ciel, pas de vent pour la dévier. Saison des moustiques aussi ! Nous qui pensions avoir eu notre dose en Guyane. Ils ne se montrent pas au mouillage, sauf à proximité de la mangrove. Mais à terre, au chantier à Trinidad… quelle calamité. Plus petits et plus agiles que ceux du département français, présents nuit et jour, ils sont pratiquement impossible à attraper.


Crown Point

A deux pas de Pigeont Point, après la pointe de Crown Point, s’étale Bon Accord Village. Retrouvailles avec le tourisme, ou plutôt ses infrastructures hôtelières, ses plages, et ses concerts nocturnes dont les sons d’orchestre mêlés aux voix des chanteurs portent chaque soir jusqu’au mouillage. Activités solidaires des locations des scooters des mers, dont nous avions oublié le bruit rageur et l’émanation des gaz d’échappement tout à proximité du bateau, car forcément, il est plus intéressant de réaliser des pointes de vitesse à quelques mètres à peine du voilier pour « épater » la galerie qui s’en passerait volontiers. Neuf mois hors des sentiers touristiques. Il est nécessaire de se réhabituer. Avantage non négligeable, le Wi Fi depuis le mouillage !

Mais la saison ne bat pas son plein, on ne croise que quelques touristes anglais, heureux de se relaxer dans une de leurs anciennes colonies où ils peuvent s’exprimer dans leur langue, des retraités ou de jeunes couples en lune de miel. Peu de « touristes plaisanciers ». Tobago se situe un peu à l’écart des routes des navigateurs, et si l’on désire s’y rendre, il est plus aisé de le faire en premier en arrivant aux Antilles ; sinon il faudra affronter vent et courant contraires.

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Navigation entre Tobago et Trinidad

Les voiliers se retrouveront tous à Trinidad. Par milliers. Treize heures de navigation à la mi-septembre sont nécessaires pour rallier la plus grande île du pays, pour se fondre dans la masse uniforme des coques blanches en polyester. Vent et courant nous poussent pour ces 6o milles à parcourir.

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Le Venezuela est tout proche ; le Golfe de Paria nous en sépare, et l’on aperçoit ses côtes enveloppées de brume de chaleur en arrivant vers Trinidad. Atterrissage sur la côte nordouest, à Scotland Bay. Repus (mais jamais assez en réalité) par ces bienfaisantes semaines à Tobago, parés à affronter le monde technico-commercial de la plaisance de Trinidad.

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Arrivée sur l’île de Trinidad

Scotland Bay, cerclée de forêt tropicale, d’où fusent les cris angoissants, presque semblables aux rugissements d’un lion, ceux des singes hurleurs au petit matin. Epaisse et sombre sylve survolée de petits vautours, d’aras au vert presque fluorescent. L’île est montagneuse, mais aurons-nous le temps, et surtout la motivation, d’explorer l’intérieur des terres ? Nous n’avons qu’une idée en tête, peu originale, car tous ici ont la même que nous : s’occuper de son voilier.

Notre premier contact avec une forte concentration de bateaux. Grands, luxueux voiliers, à l’arrière desquels flotte au vent l’immense drapeau encore tout neuf des United States of America. Des américains. Si nous croisons leurs vaisseaux au mouillage, nous ne les rencontrons pas encore personnellement. Mais on ne nous en parle pas moins, nous en dressant un portrait standard imbibé d’un point de vue provenant du continent de la « vieille Europe » aux « vraies valeurs ».

Les plaisanciers sont ici beaucoup plus nombreux, plus âgés, l’ambiance est nettement plus impersonnelle, plus superficielle. Et nous rappelle la Méditerranée. Chacun vit dans son coin, ce qui n’empêche pas de s’observer mutuellement. Après tous ces mois passés dans des pays où nous n’étions pas loin d’être le seul bateau, ou bien entourés de la communauté des voiliers voyageurs, dans une ambiance faite d’entraide et de complicité, le choc est rude !

Mais au creux de ces généralités s’immiscent d’autres bateaux de baroudeurs, avec lesquels les contacts sont à nouveau riches et chaleureux. Non que les autres ne le soient pas au fond, mais les priorités ne sont pas les mêmes, et les contacts sont plus difficiles à établir.

Après deux autres jours au mouillage de Carenage Bay, sans plages, sans eaux claires ici comme à Tobago, arrivée dans la vaste baie de Chaguaramas, mondialement connue de tous les plaisanciers pour être une plaque tournante de technicité nautique, en tous cas la plus grande de toutes les Caraïbes.

Nous nous frayons un chemin entre la multitude des bateaux au mouillage, plantons l’ancre dans cette baie que beaucoup redoutent, car elle est exposée au sud-ouest (donc à la moindre dépression tropicale), est agitée de remous permanents, est polluée (mais nous avons vu bien pire, notamment à Gibraltar), l’accroche de l’ancre serait mauvaise, et les organismes marins plus prompts qu’ailleurs à venir s’accoler hargneusement à la coque. Nous n’avons que quelques jours à y patienter en attendant de sortir le bateau de l’eau.

Après avoir écumé tous les chantiers et les ports, comparé tous les prix, considéré tous les services, entreprises et boutiques disponibles, notre choix se porte sur le chantier « Power Boats », le moins onéreux du moment pour les types de travaux que nous avons à effectuer.

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Fin septembre, sous une pluie battante, Cercamon est hissé hors de l’eau sur la grue, puis planté sur des piliers. Voilà deux ans bientôt que notre voilier n’avait plus séjourné à terre. Qu’est-ce qu’il a l’air bête ainsi, hors de son élément aquatique, parqué au milieu de toutes ces rangées de bateaux. Mais il a bien besoin de toute une série de soins que les infirmiers-marins se transformant en ouvriers vont bientôt lui prodiguer. C’est le début d’une autre vie…

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CERCAMON AU CHANTIER

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Chaguaramas, Trinidad, 22 novembre 2007

La compacte forêt tropicale agrippée aux monts qui cerclent la grande baie de Chaguaramas surplombe une forêt d’un autre type, composée pour sa part de milliers de mâts, ceux des voiliers des chantiers de l’île de Trinidad. Chaguaramas, une ville à part, la ville des bateaux, la ville des blancs, dans laquelle nous nous immergeons sept semaines durant, oubliant jusqu’au reste de l’île elle-même, oubliant la vie sur l’eau, uniquement absorbés par nos travaux sur le bateau.

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En avant-plan, le chantier de Power Boats, et au fond, la baie de Chaguaramas.

Ceux-ci se déroulent dans l’enceinte de Power Boats, le chantier le moins cher parmi la petite dizaine qui s’offrent à nous. Planté sur ses piliers de métal, c’est l’échelle qui remplace l’annexe pour accéder au bateau, c’est un océan de mâts qui se substitue à notre horizon habituellement fait d’eau, c’est la vie perchés à deux mètres du sol qui reprend (empêchant entre autres l’utilisation des toilettes du bord). Des mâts, rien que des mâts, des allées de coques, en polyester essentiellement, blanches pour la plupart, se succèdent les unes aux autres. Après des mois de mouillages peu fréquentés, bienvenue dans LE monde de la plaisance. La grande concentration des voiliers s’explique par la situation géographique du lieu, en dehors jusqu’à ce jour de la zone des cyclones.

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Dans cette ancienne colonie anglaise, comme sur l’île de Tobago, on s’exprime dans la langue de Shakespeare ; il est nécessaire d’intégrer les termes techniques de tout ce qui touche au bateau, puis l’aisance verbale s’acquiert peu à peu.

L’ambiance se décline donc à l’anglo-saxonne, polie et aimable, tout en conservant ses distances. Quant au contact avec les habitants de l’île, il ne se fait pas de manière aisée ; sur le chantier, ils composent essentiellement le groupe des ouvriers, et les castes propriétaires de voiliers et travailleurs sur ces mêmes voiliers ne se mélangent que très peu. Mais il y a les français. Au début nous ne sommes que quelques uns. Puis au fur et à mesure des semaines qui passent, le groupe s’élargit, tous nos amis côtoyés durant les mois précédents entre les Canaries et la Guyane française se retrouvent à Chaguaramas, pour, comme nous, effectuer les travaux nécessaires après un ou deux ans de navigation, avant de voguer plus loin. Un souffle de jeunesse parmi l’usuelle population de retraités aisés, américains pour beaucoup, qui viennent retrouver leur bateau à Trinidad pour l’emmener naviguer quelques mois par an dans la zone des petites Antilles. Nous recréons l’ambiance d’un petit village à l’intérieur d’un autre, et nous retrouvons à l’heure des repas ou à celui de l’apéro. Pas trop corsé, car le lendemain il faut être en forme, et de bonne heure, pour poursuivre la besogne. Nous nous entraidons les uns les autres, partageons nos moments de découragements, ou simplement le bonheur d’avoir achevé une phase de plus dans notre travail.

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Nous élargissons également notre horizon dans un contact international et hétéroclite de suisses, canadiens, italiens, israéliens, brésiliens, espagnols, hollandais, danois, néozélandais, et africains du sud.

Parallèlement à la communauté des marins (redevenus momentanément terriens), cohabite celle des chats. Ils sont quelques dizaines de félins à traîner sur le chantier, toujours nourris par l’un ou par l’autre navigateur. Une petite chatte nous adopte, nous suit toute la journée, passant ses nuits au pied du bateau. Nous nous y attachons un peu trop, et au moment de partir, le dilemme se pose : embarquer cette attachante boule de poils à bord ou repartir le coeur gros ? Plusieurs plaisanciers vivent avec un animal sur un voilier, mais qu’en sera-t-il lorsque nous quitterons le bateau pour voyager quelques semaines ou mois à terre ? Et pour retourner travailler en Suisse ? La raison prend le dessus sur les sentiments.

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Plus de deux ans de navigation loin des chantiers… Chaguaramas est l’occasion d’une bonne remise en forme pour Cercamon, et de réaliser nos premiers gros travaux sur le bateau. Une façon de faire encore plus intimement connaissance avec. La liste nous semble longue au moment de débuter les travaux, interminable même. Le climat chaud et humide ainsi que le changement de rythme nous terrassent les premiers temps. Mais nous nous attelons à la tâche, et les journées se suivent les unes après les autres, débutent avant le lever du soleil vers les 5-6h, et terminent à son coucher 12 heures plus tard, farcies de travail acharné, couronnées par une douche bienfaisante . Les semaines s’enchaînent dans ce même leitmotiv boulot-dodo, mêlé à une fatigue qui s’accumule sur nos corps et nos esprits. Le découragement nous gagne peu à peu, car nous ne voyons pas le travail avancer, nous vivons en permanence dans la poussière, dans les émanations de peinture, l’intérieur est en partie désossé, il devient difficile de trouver où dormir, où s’asseoir, où cuisiner. Mais nous finissons par trouver notre rythme de travail, qui d’acharné passe à soutenu.

Chacun met la main à la pâte selon ses capacités physiques. Traitement de la rouille des fonds du bateau, et de toute la coque y compris le pont (la zone la plus touchée). Réfection du système de la baille à mouillage (qui recueille la chaîne d’ancre) ainsi que de la sortie des gaz d’échappement. Ponçage, meulage, atelier sidérurgie, peintures (veiller à ne pas marcher ici et là…). Et moult autres bricolages.

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Traitements de la rouille.

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Interventions sur le moteur… et sur les WC !

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Après un gros traitement de rouille, de la poussière de métal incrustée partout.

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Travail ingrat du traitement de la rouille, répétitif, long… et éphémère ; nous rêvons épisodiquement à un bateau en polyester. A l’intérieur, les espaces sont si étroits qu’il faut adopter des positions assez acrobatiques ; sur le pont où la chaleur s’accumule, nous nous y brûlons la plante des pieds. Si Cercamon en prend à certains moments pour son grade, le chantier reste l’un des meilleurs endroits pour constater que quel que soit le matériel du bateau, quelle que soit sa taille, quel que soit son âge, tout navire a ses propres soucis : le voilier idéal n’existe pas.

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Première couche d’antifooling

De juin à décembre sévit un peu plus au nord la saison des cyclones, synonyme de l’époque des pluies sur les Antilles. Dépressions, ondes tropicales, grains, quels que soient leurs noms, ils déversent chaque jour leurs pluies, plus ou moins abondantes, plus ou moins longues, plusieurs fois par jour ou pas du tout. Il faut gérer les averses qui surviennent toujours au plus mauvais moment, vite ranger toutes les affaires, et espérer que la dernière couche de peinture fraîchement posée tiendra sous les assauts humides de l’ondée. Certains orages sont si violents qu’ils font trembler tout le bateau et la foudre ne tombe pas loin. Des moments pendant lesquels nous nous retrouvons cloîtrés dans le bateau, forcés à trouver des occupations à l’intérieur. Les pluies amènent leurs flots de moustiques qui nous dévorent jour après jour avec un plaisir non dissimulé.

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A l’inverse lorsque le soleil brille, ses rayons dardent sur la coque habituellement isolée par l’eau, et fait régner une chaleur étouffante à l’intérieur. Lorsque l’on travaille directement exposé à l’astre solaire à l’extérieur, la touffeur est tout autant intolérable. Surtout lorsque l’on doit travailler avec masque, lunettes, gants, et vêtements couvrants. Et pas un souffle d’air pour nous rafraîchir rien qu’un peu. Nous suons des litres d’eau, perdant au passage quelques kilos.

Le choix de réaliser entièrement nos travaux nous-même trouve son origine d’un point de vue financier, mais aussi dans le peu de confiance que nous accordons aux ouvriers locaux. Pour espérer obtenir un travail effectué en un temps raisonnable et pour un prix correct, il est devenu impératif de réaliser un contrat signé (pour plus de précisions, voir la rubrique du Capitaine), ainsi que de surveiller le travailleur engagé pour ne pas découvrir de mauvaises surprises. Nous pensions que toutes ces histoires n’étaient que des rumeurs. Des rumeurs finalement bien réelles : plusieurs parmi nos amis et connaissances perdent bien plus d’énergie et d’argent que s’ils avaient effectués leurs ouvrages eux-mêmes. La faute au réflexe de penser que l’œuvre d’un professionnel sera mieux réalisé que le sien, celui de novices souvent. Il faut apprendre à côtoyer une autre mentalité qui conçoit une façon très différente d’exécuter le travail par rapport à l’Europe.

Nous devons avoir recours à des professionnel pour de la soudure sur le pont du voilier, afin de renforcer les pieds de chandeliers (piliers auxquels sont accrochés les filières, pour éviter de tomber du bateau), et de condamner la série de trous sur le pont, découverts au fil des derniers mois, responsables d’infiltrations d’eau à l’intérieur. Régis supervise les travaux à l’extérieur, pendant que j’observe anxieusement la fumée qui s’échappe de derrière le vaigrage en bois, car le risque d’incendie est bien réel, provoqué par le métal devenant incandescent, propice à faire prendre feu aux structures intérieures. Deux journées de stress intense. Pendant lesquelles tout se passe finalement bien. Avec l’acier ainsi mis à nu et exposé à l’air, il faut ensuite le traiter immédiatement afin qu’il n’ait pas le temps de commencer à rouiller.

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Ça va prendre feu ou non ?

Autour de Power Boats sont implantés les autres chantiers, les autres marinas, les autres shipchandlers, les autres ateliers de travail. Régis court de droite à gauche chercher tel et tel matériel, tout se trouve dans les parages, il faut juste savoir où trouver quoi.

Il nous faut gérer les surprises non prévues sur la pourtant déjà longue liste de besognes : le changement de la bague hydroluble et le réalignement de notre arbre d’hélice tordu. Sans entrer dans des détails trop techniques, Régis doit passer deux journées entières pour démonter les pièces bloquées dans une gestuelle répétitive, avec une infinie patience, pour un travail qui devrait usuellement ne prendre qu’une à deux heures. Une semaine plus tard, nous bénéficions d’un système qui ne fera plus vibrer de manière néfaste le moteur.

Le bateau, ce n’est pas seulement du métal et de la mécanique ; s’ajoutent les chapitres gréement et électricité. En moins d’une semaine, Régis enchaîne les montées et descentes en haut du mât et change un à un les haubans (câbles qui retiennent le mât) dans lesquels nous n’avons plus confiance, en les fixant avec un embout Sta-Lok à leur extrémité.

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Notre enrouleur de génois contenant le câble de l’étai.

Et vers la fin du chantier, un ami vient entièrement nous réinstaller l’électricité pour la rendre la plus optimale possible, et constate que le plus grand de nos panneaux solaires ne fonctionne pratiquement plus. Ce qui explique nos problèmes d’énergie au courant des derniers mois.

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Au chapitre santé, pas d’accident à déplorer ; la phase de chantier pourrait pourtant y être propice. Mis-à-part les maux de tête dus aux vapeurs de peinture, les maux de dos, des bras, et des mains provoqués par les divers travaux, les têtes cognées ici et là, Régis un jour confond la bouteille d’acétone avec la bouteille d’eau. La brûlure instantanée sur la muqueuse buccale lui fait heureusement recracher immédiatement le liquide, pour se rincer abondamment à l’eau douce.

Quel soulagement, quel baume au moral, quand les diverses couches de peinture commencent à recouvrir de leur teintes éclatantes la peau métallique de notre Cercamon.

Pont blanc tacheté de jaune (sur l’antidérapant). Franc bord jaune vif. OEuvres vives (partie inférieure de la coque qui sera immergée) en antifooling bordeau. Cercamon éclot, revêtu de tonalités chaudes et pimpantes, dont les couleurs ne peuvent qu’attirer les yeux au milieu de toutes les autres coques uniformément blanches. Parallèlement, l’intérieur du bateau si vite transformé en un capharnaüm reprend les allures d’un vrai lieu de vie.

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Tout au fond du chantier, notre jaune Cercamon

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Avant / Après

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Quelle fierté, quel soulagement lorsque Cercamon reprend le chemin du retour à l’eau après près de deux mois de labeur. Il nous a démontré de quoi nous étions capables, et, beau comme jamais, est à présent paré à vivre de nouvelles aventures !

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NOEL AUX GRENADINES

Après Chaguaramas…

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Les Grenadines.

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Retour à Trinidad fin novembre, après la remise à l’eau de Cercamon. Trois semaines au mouillage à Chaguaramas et aux alentours, le temps d’effectuer des derniers achats dans cette région peu chère des Antilles (notamment l’acquisition d’un nouveau moteur pour l’annexe), de procéder aux réglages finaux sur le bateau, d’enchaîner les soirées entre amis et d’y fêter mon anniversaire. Le temps aussi d’y patienter pour la bonne fenêtre météo, de ressentir un jour au mouillage un grondement sourd mêlé à une agitation sous-marine : un tremblement de terre dont l’épicentre se situait à la Dominique. Puis le temps de réaliser les formalités de départ, de se changer momentanément les idées quelques milles plus loin sur la petite île de Chacachacare et d’y visiter l’ancienne léproserie. Savourer à nouveau le silence végétal oublié après ces mois d’immersion dans un univers industriel au ronflement perpétuel, fait d’une superposition infinie de mâts.

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Vestiges de l’ancienne léproserie à Chacachacare

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Moments passés entre amis des chantiers de Chaguaramas.

Les chantiers de Chaguaramas se vident peu à peu de leurs voiliers, et Cercamon emprunte la route du nord comme beaucoup, heureux de s’extirper de ce lieu synonyme de travail.

Retrouver la mer… un élément à la fois proche et lointain, que l’on apprivoise à nouveau, entre les louvoyages face au vent de nord-est ponctué de calmes où l’eau se transforme en miroir, entre les sauts des lourds dauphins de part et d’autre du voilier, entre les quarts qui se réorganisent. Deux jours et cent quarante milles pour atteindre l’archipel de Saint Vincent et les Grenadines, qui nous attire dans un premier temps plus que la destination initialement prévue de Grenade.

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La mer touche au plus profond de l’homme. Dans la lumière du soleil, n’est-elle pas le miroir de l’âme humaine ? Philippe Plisson , extrait de La Mer.

Union Island. Petite île recouverte de végétation basse. Son village principal cercle la baie, quelques maisons couleur pastel sont éparpillées autour. La plage de sable blanc jalonnée de cocotiers se termine sur la mer turquoise, emprisonnée entre les récifs. Chaguaramas nous paraît soudain très loin.

Tobago Cays. Quelques îlots parsèment le Vaste lagon translucide, image parfaite d’une merveille de la nature. Sous l’eau, un paradis sous-marin qui s’explore jour après jour en plongée en apnée. Débauche de coraux, d’algues, variété infinie de poissons, multitude de tortues, une faune qui évolue sans crainte dans cette réserve naturelle.

Beauté du lagon lorsque les rayons que darde le soleil avivent ses teintes émeraudes. Presque plus belle encore, sa coloration saturée sous le ciel plombé, annonciateur de la tempête tropicale Olga plus au nord. Le vent souffle alors sans relâche, faisant écho au grondement de la mer qui vient briser contre les récifs protecteurs, le plan d’eau se strie de blanc, l’air n’est qu’embruns en suspension.

Nos yeux ne se lassent pas de contempler ces paysages qui s’impriment dans nos têtes. Bien sûrs, ils ne sont pas les seuls. Même si la saison touristique s’amorce à peine, les mouillages regorgent déjà de voiliers et catamarans de location et de charters bondés de touristes, virevoltant d’une île à l’autre, d’une baie à une autre, afin d’emmagasiner un maximum de souvenirs en un minimum de temps.

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Tobago Cays

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Raie léopard et tortue marine

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Barracuda à droite

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Poissons chirurgiens ci-dessous

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Union Island, Clifton Harbour

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Union Island

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Retrouvailles de longue date avec nos amis du Millepertuis.

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Cigale de mer, lambis, et langoustes… la mer nous régale de ses saveurs.

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Tobago Cays

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Canouan. L’île se trouve un rien en dehors des sentiers touristiques, contribuant au charme indéniable de cette escale. Le village de Charlestown évoque un peu pour nous le Cap Vert avec ses épiceries où ne trône que l’essentiel sur les étagères à moitié vides. Les poules se dandinent et les chèvres broutent le long des chemins, les chiens errants se faufilent entre nos jambes. Le temps égrène ses heures avec nonchalance. La population vit dans la rue ; des gens dignes, se montrant à chaque occasion serviables.

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Les arbustes taillés par le vent encadrent le chemin menant jusqu’à la plage nord de Canouan, belle et sauvage. Des kilomètres de sable rien que pour nous, ourlés d’un somptueux lagon qui s’étale tout en longueur.

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LesBajada, avec qui nous passons une belle fête de pré-Noël à Canouan

Cercamon poursuit son butinage insulaire vers Mayreau. Mouillage face à l’isthme bordé de palmiers. Dans le minuscule village tout en pente, son coloré bistrot rasta, sa chapelle au sommet de la colline offrant une vue incomparable sur les Tobago Cays.

Les Grenadines, une certaine conception du Paradis…

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Mayreau

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Les Tobago Cays depuis l’île de Jamesby

CERCAMON AU PAYS DES LAGONS

 

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Une nouvelle année commence

Le rideau se lève pour accueillir 2008 sous les feux d’artifices, bouquet de lumières fugacement colorées et scintillantes, projetés depuis l’île de Petit Saint Vincent, salués par les cris enthousiastes des clients de l’hôtel, relayés par ceux des plaisanciers.

Petit Saint Vincent également nommé PSV, dont la colline verdoyante évoque l’arrondi dorsal d’une grosse baleine échouée. Un oasis de tranquillité, un petit paradis auréolé de sable fin. Douce caresse pour les pieds qui le foulent. Régal pour les yeux accrochés à son éclat ivoire, tranchant entre la verte végétation et le turquoise éthéré du lagon. Un lieu idéal pour accueillir une riche clientèle souhaitant se relaxer loin du monde qui habituellement l’assaille. Des bungalows habilement dissimulés dans la végétation offrent soixante places VIP. Les moindres désirs des clients, traduits par un pavillon hissé au-dessus de leur maisonnette, sont exécutés par un personnel élégant et stylé, étoffé de quatre-vingt personnes. Sérénité du lieu oblige, pas de téléphone sur PSV. Les voiliers échouent au mouillage devant cette île privée avec néanmoins la possibilité pour leurs occupants de déambuler le long de la somptueuse plage, et même de se rendre au restaurant, tout en respectant la tranquillité des convives. Il est indifféremment ouvert à tous, même pour son repas de Nouvel An sur fond de Steelband en live, mêlant gens de la bonne société, jusqu’à James Bond lui-même, en l’occurrence l’acteur Pierce Brosnan, et voileux de passage. Fastes auxquels nous préférons une fête en amoureux sur Cercamon.

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Changement de décor juste en face, sur Petite Martinique. L’une des seules îles des Grenadines où l’on inspire un vent d’authenticité, de vraie vie des gens. Un village de pêcheurs où s’étale en bordure de mer un chantier artisanal de bateaux en bois, surplombé du hameau où s’éparpillent des maisons créoles, entourées de champs, où les chèvres broutent dans le cercle autorisé autour de leur pieu planté dans le sol. Les habitants nous accueillent en sourires, en « take care », en « d’où venez-vous ? Est-ce que notre île vous plaît ? ». Evidemment ! Une ruelle cabossée nous mène devant l’église du village, puis au sommet de l’île, d’où le regard plonge dans les méandres du lagon.

Nuages et soleil réveillent dans un jeu d’ombres et de lumières la palette de bleus diversifiés qu’offre l’eau enserrée dans le récif. Cercamon, minuscule, repose là-bas, en compagnie d’autres maisons flottantes, résidences d’une semaine ou d’une vie. Certains voiliers de luxe, ici ou dans les autres îles des Grenadines, abritant stars et richissimes familles, reflètent dans leurs coques le paysage qui les entoure à force d’être continuellement astiqués par un personnel tout de blanc vêtu. La nuit venue, les palaces flottants illuminent ce même paysage, transformés en cathédrales de lumières qui s’élèvent à quatre ou cinq étages de barres de flèches. Le Club Med II, mastodonte de voilier à cinq mâts, passe également la saison aux Petites Antilles, imposante carrure d’acier que nous apercevons au mouillage aux Tobago Cays.

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                                                                       Bateau pays

Paysages de Petite Martinique

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Le mouillage devant PSV, vu depuis Petite Martinique

Le monde à la surface de l’eau.

Même si les mouillages autour de la période des fêtes se rétrécissent et si les voiliers se touchent presque, chacun vit de son côté. Les voiliers et catamarans de location vont et viennent, et parfois, Cercamon se trouve être le seul voilier de voyage au mouillage.

Les boat boys, des locaux sur des barques motorisées, papillonnent autour des charters dans un vrombissement de moteur et un flux de propositions de services : livraison de pain, de poisson, de langoustes, ou de ganja. Ils « oublient » souvent les voiliers comme le nôtre, de potentiels clients pas assez rentables.

Certains bateaux naviguent depuis des dizaines d’années pour la saison sèche dans la zone des Petites Antilles, en majorité des américains, et des personnes retraitées. D’autres vivent depuis le même nombre d’année sur une embarcation qui un jour a servi à aligner des milliers de milles et à parcourir les lieux les plus dépaysants ; un jour, ils se sont arrêtés aux Caraïbes. Un certain nombre d’entre eux vit dans le passé, le monde autour d’eux a évolué, il y ont perdu pied.

Au hasard des escales, nous retrouvons quelques uns de nos amis croisés au cours des derniers mois (Aerandir, Tango, Katay, Taraipo, Balae). Beaucoup sont occupés à recevoir de la visite à bord. A Grenade, en revenant un soir au bateau, nous restons un moment ébahis devant les deux voiliers absolument identiques si ce n’est la couleur, qui se balancent côte à côte dans la baie. Rencontre avec un des frères du Cercamon, un bateau type Danae, baladant à son bord un sympathique couple, les Julos, suivant comme nous la route des Alizés. Hasard incroyable, car il n’existe que trois bateaux de cette même série. Il nous reste à retrouver le troisième ! Les Antilles représentent un lieu charnière pour les navigateurs : rester travailler dans la zone, se préparer à la transatlantique de retour pour boucler un ou deux ans de voyage, ou poursuivre plus loin, vers le Canada ou le Pacifique. Cette zone brasse tant de plaisanciers que tout est fait pour lui faciliter la vie : réseaux Wi Fi, machines à laver et supermarchés proches du mouillage, pontons pour accoster avec l’annexe, infrastructures à l’européenne, etc. Ce confort rend la plaisance plus facile, au détriment d’un certain dépaysement dont nous ressentons des bouffées de manque.

Sur le bateau, nous nous occupons à divers petits bricolages, à de mini traitements contre la rouille (nos travaux de Chaguaramas ne sont pas éphémères, mais néanmoins encore efficaces trois mois après), ou simplement à ne rien faire.

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Le monde à terre.

La saison touristique bat son plein sur certaines îles, les vacanciers se pressent dans les boutiques de souvenirs et les restaurants. La population reste aimable malgré l’afflux de monde. Ce qui est moins le cas des autorités pointilleuses plantées derrière les bureaux pour les formalités d’entrée et de sortie du territoire. Elles font preuve de moins en moins de patience au fil de la saison, il est nécessaire d’adopter un profil bas, et il faut veiller à arriver aux bons jours et aux bons horaires, sous peine de payer la taxe d’overtime. Presque tous les plaisanciers s’en acquittent au moins une fois, les douanes utilisant divers stratagèmes pour parvenir à ce but. Le skipper doit remplir toute une série de paperasserie, toujours la même, et débourser quelques dollars caraïbes à chaque nouvelle arrivée.

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Les environ six cents îles Grenadines, éparpillées dans le sud-est de la mer des Caraïbes, sont divisées en deux états, d’où ces complications administratives si l’on franchit la frontière. Les îles principales de Saint Vincent, Bequia, Canouan, Mustique (l’île des milliardaires), Mayreau, Union et les Tobago Cays sont rattachées à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, tandis que Carriacou, Petite Martinique et Grenade elle-même font partie de l’Etat de Grenade.

Comme pour la majorité des îles antillaises, l’explorateur Christophe Colomb découvre les Grenadines à la fin du 15e siècle, habitées par des indiens. Ces derniers ne survivent pas à l’esclavage imposé par les espagnols, qui les remplacent alors par une main d’oeuvre africaine assignée notamment au travail des cultures. Au 17e siècle, anglais, français et hollandais essentiellement, colonisent au travers de diverses luttes les îles des Antilles, dont la plupart acquièrent entre le 19e et le 20e siècle leur indépendance. Les Grenadines reviennent aux anglais, et c’est toujours dans cette langue que l’on s’y exprime, même si la population locale, en majorité noire, utilise le créole.

Actuellement ces îles vivent en grande partie du tourisme, plus développé dans l’Etat de St Vincent que dans celui de Grenade. De petits aéroports s’y sont implantés, et de nombreuses îles sont desservies par des ferries.

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Le monde sous-marin.

Univers de silence mais de vie intense. Paysages montagneux, où la falaise du tombant plonge à pic vingt cinq mètres plus bas, dans le noir obscur de l’océan, dans la passe entre les récifs des Tobago Cays balayée d’un fort courant. Un peu plus loin, paysages de désert, la dune sous-marine et ses ondulations de sable flirte avec la surface bleu presque transparent de l’eau. Diverses algues, coraux, et plantes marines s’accrochent à ces fonds ou rocailleux ou sablonneux, un jardin subaquatique, où les diverses espèces de poissons se croisent, s’observent, se chassent, se nourrissent. Nos premières rencontres avec les squales nous impressionnent et nous fascinent à la fois. Les requins de sable cherchent à se terrer, contrairement aux requins de récifs, plus curieux et réactifs.

Les barracudas poursuivent leurs futures proies, les poissons coffres gonflent et sortent leurs piquants tels des hérissons à la moindre menace extérieure. Les raies, pastenagues et léopard, ondoient tout en grâce au milieu de l’eau cristalline. Les tortues marines évoluent en paresseux zigzags entre la surface de la mer pour y rechercher de l’air, et le fond du lagon pour y prélever leur nourriture d’algues. Les mollusques sortent timidement de leur coquille, s’y terrant en cas de danger. Une réserve naturelle de toute beauté.

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        Tortue marine                                                     Corail cerveau

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            Raie léopard                                             Raie pastenague

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Les autres îles

Dans notre dernier message, nous vous avions emmené à Union Island, plaque tournante du tourisme des Grenadines de St Vincent, mais aussi aux Tobago Cays, à Canouan, à Mayreau. Nous y retournons à deux ou à trois avec Dany, mais élargissons un peu notre horizon au travers d’autres lieux tout aussi enchanteurs.

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C’est toutes ces facettes des Grenadines que Dany, pour sa quatrième visite sur Cercamon en deux ans de voyage, dans le rôle du frère, du beau frère, de l’équipier transitoire du bord, et du gestionnaire du blog, découvre en deux semaines avec nous en janvier. Son oeil photographique averti suppléé d’un beau matériel qu’il inaugure aux Grenadines, se joint à nos prises de vues dans ce texte. Il nous apporte la joie des retrouvailles, ainsi que certaines choses qui nous manquent de la Suisse, notamment au niveau alimentaire, car les îles anglaises sont tout sauf réputées dans ce domaine. Ce point nous fait frétiller les papilles à l’approche de la Martinique un peu plus tard !

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A l’extrémité sud des Grenadines s’étale la plus grande des ’îles de l’archipel, Grenade, territoire de pics d’origine volcanique, de collines et de vallées à la végétation abondante. Vers le sud-ouest s’érige la ville de Saint Georges, devant laquelle nous mouillons dans le lagon. Un lagon à l’eau boueuse et polluée. La cité échelonne ses habitations et ses commerces le long de ruelles en pente, tournées vers le bras de mer où s’exercent les activités commerciales portuaires. Ici et là subsistent, trois ans et demi après, les ravageuses traces laissées par le cyclone Yvan : maisons et églises dévastées dont le toit s’est envolé, bateaux échoués et éventrés. Au centre de la localité, le marché est un voyage au pays des épices ; sur l’île on cultive notamment la noix de muscade.

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Séquelles du Cyclone Yvan à Grenade :

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Ville de Saint Georges à Grenade

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Autre ville couleurs caraïbes à Hillsborough sur l’île au nord de Grenade : Carriacou. Les bâtisses coloniales encadrent les ruelles, où bouillonne un puzzle mouvant et sonore de coiffes élégantes d’une autre époque dissimulant les menues têtes des aïeules, de cartables d’écoliers en costume, de dreads locks entourant les visages relaxés des rasta men, de robes bigarrées corsetées autour de puissantes matrones. Ambiance décontraction, rires, no stress.

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La sainte Cène version rasta / L’heure de la sieste

L’artère principale d’activités se déroule entre le ponton menant au ferry et l’unique rue commerçante de la cité, dans un flux de gens et de marchandises. Nous profitons de ces quelques villes pour y réaliser un bon approvisionnement pour une somme correcte, avant les îles françaises et leur coût élevé de la vie.

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Le débarcadère à Hillsborough

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Un soir avec Dany aux Tobago Cays, ce spacieux et superbe lagon renfermant un concentré de faune sous-marine, la musique monte en volume à bord de Cercamon, quelques bières se débouchent, les rires et les cris s’échappent du cockpit. La fête ne dure pas bien longtemps et n’excède pas dix heures. Le lendemain, la vedette des Marin Rangers s’accoste à couple de notre bateau, et les gardiens nous sermonnent pour tapage nocturne, mais par chance nous évitons l’amende. Si nous pensions être un peu plus libres en bateau qu’à terre, il ne nous fallait pas oublier nos voisins de mouillage, américains pour la plupart, qui reprenant leurs vieilles habitudes (« big brother » veille sur nous), n’ont pas pu s’empêcher de nous dénoncer !

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Entre Grenade et Carriacou, loin des autres bateaux, se niche un mouillage sauvage et isolé. Saline Island étale devant elle des eaux d’une exceptionnelle clarté, où la visibilité dépasse les vingt à trente mètres. Son île voisine, White Island, vaut également le détour. Une langue de sable blanc étincelant abrite en son centre des bosquets de mangrove, paysage plane brusquement interrompu par un diamant de rocaille noir.

Quelques milles plus au nord, Sandy Island face à Hillsborough, se dessine en un tracé ivoirin, pris en sandwich entre le bleu du ciel et celui du lagon.

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Sandy Island

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Cercamon dans son mouillage sauvage de Saline Island

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Nous écumons ce chapelet de petites îles, privées ou non, errons sur les plages, gravissons de petits sommets si le territoire présente un dénivelé. Certains pâtés de sable se visitent en quelques pas seulement. A deux milles à peine de Petit Saint Vincent, Morpion, célèbre minuscule îlot, banc de sable émergeant au milieu des récifs surmonté d’une paillote, est largement représenté sur les cartes postales.

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Morpion

Météo et navigation

Ces paysages de rêve sont régulièrement balayés par des grains durant les mois de décembre et de janvier. Les jours maussades traînent en longueur, accompagnés d’un ciel terne dont les ondées arrosent abondamment les îles, rafraîchissant l’atmosphère. En une journée, nous recueillons une fois cent litres d’eau douce avec notre petit taud récupérateur de pluie ! Mais entre ces inondations de vent et de pluie, ce sont celles du soleil, chaud et vivifiant. En venant des zones proches de l’équateur et de la saison des pluies, ici l’air est venté, respirable, plus sain.

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Le style de navigation des derniers mois évolue aux Antilles en de courtes journées de voile, parfois quelques heures seulement nous séparent d’une île à l’autre. Avant, les mouillages se comptaient en semaines, ici en jours. Le poste au guindeau vibre d’activités : c’est une succession de remontées et de jeters d’ancre. Les entrées dans les lagons se négocient avec précision entre les récifs, sous un soleil haut dans le ciel, trahissant leur couleur jaune-marron au milieu de l’eau turquoise. Notre évolution se fait d’après la carte marine, le GPS, et avec nos yeux ; nous ne possédons pas de cartographie électronique pour nous aider. La remontée des Petites Antilles est synonyme de près, allure contre le vent et face à la houle. L’alizé souffle fort depuis la fin décembre, surnommé vent de Noël car c’est à cette période qu’il commence à déverser son air tonique sur les Caraïbes. Il lève une mer courte et hachée, rendant la navigation tout sauf confortable. Le pilote automatique préfère la longue houle d’Atlantique et fait la grève par ici. Les voiles, la plupart du temps arrisées, se fatiguent dans les sautes de vent dues au relief des îles, basculant du calme plat à de brusques rafales qui tentent de coucher le bateau. La vieille grand voile se déchire un matin sur toute sa longueur vers le point de drisse. Patiemment, Régis la recoud.

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Pour rallier la Martinique depuis les Grenadines après le départ de Dany, la navigation n’est pas des plus reposantes, et ressemble à celle de la Méditerranée. Cercamon est malmené, l’équipage secoué. Une route de deux jours bien plus éprouvante qu’une semaine d’affilée en vent arrière en Atlantique !

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Début de navigation avec Bajada

Nous faisons l’impasse sur les îles au nord des Grenadines, sur Saint Vincent et Sainte Lucie, profitant de la « bonne » fenêtre météo pour monter assez rapidement vers le nord. Nous pensons nous y arrêter plus tard dans la saison. Nous longeons Saint Vincent, île escarpée, enveloppée d’un manteau vert luxuriant, baignée de lumières chaudes juste avant d’être avalée par la nuit. Une seule baie serait sûre pour les bateaux, les autres recensent des agressions par des individus armés de machettes et dévalisant les voiliers. Il y a quelques semaines, deux de nos amis ont vécu cette expérience, sans séquelle physique. La population y vit très pauvrement en regard des autres îles, et la tentation de ces richesses flottantes est trop grande.

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Ile de Saint Vincent

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Arrivée au Marin fin janvier, dans la gigantesque baie peuplée de centaines de voiliers. Retrouvailles avec nos amis des bateaux, avec les spécialités culinaires françaises et son mode de vie panaché version antillaise. Début février, nous partagerons cette nouvelle étape avec notre ami Nils de Suisse, que nous nous préparons à accueillir sur Cercamon.

DE MARTINIQUE… EN MARTINIQUE, EN PASSANT PAR LA DOMINIQUE ET LA GUADELOUPE

LA MARTINIQUE

Arrivée au Marin

La côte de la Martinique disparaît derrière le grain qui s’abat sur nos têtes après vingt huit heures de navigation. Nous nous dirigeons malgré tout vers le rivage, désireux de planter l’ancre, désireux de trouver le repos. Le rideau de pluie finit par s’estomper et, immense, la profonde baie du Marin au sud de l’île s’ouvre devant notre étrave.

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Haut lieu de la plaisance et de sociétés de charter, les six cent places du port sont pratiquement toutes occupées, et le mouillage renferme à peu près autant de bateaux.

Une anse dans laquelle l’on pourrait s’attendre à une agitation légitime, mais qui en réalité vit dans un calme étonnant. Le cul-de-sac du Marin laisse apparaître des voiliers étripés, échoués sur les récifs et les bancs de sable, souvenir du cyclone Dean survenu en août 2007, mais n’occasionnant aucun dégât sur les pontons épargnés de la marée cyclonique.

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La baie du Marin

A terre, c’est une succession de structures dédiées aux domaines pratiques et techniques de la plaisance. La ville foisonne de supermarchés et Leader Price a installé avec génie son magasin à la lisière du rivage, prolongé d’un ponton où l’on amarre son annexe : rien de plus simple que de venir y faire son approvisionnement, et de décharger directement ses courses du caddie jusque dans le dinghy. En venant des îles du Commonwealth, l’abondance des différents produits disponibles, la richesse et le modernisme de la Martinique nous étonnent ; son niveau de vie y est bien supérieur aux autres territoires des Antilles.

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Sur le rivage s’égrènent les yoles bariolées, ces embarcations traditionnelles martiniquaises aujourd’hui utilisées dans des courses. Un peu plus en retrait, le village conserve son authenticité, les jardins fleuris ornent de coquettes habitations.

L’île aux fleurs, Madinia. C’est ainsi que Christophe Colomb nomme la Martinique en l’effleurant lors de son quatrième voyage à la découverte du Nouveau Monde, en 1502. Après le passage de l’explorateur, le territoire devient tour à tour français puis anglais, au travers de luttes acharnées, pour finir définitivement français en 1804.

Nous retrouvons au Marin bonne partie de nos compagnons de mer (Semeda, Thelonious,Texas, les Julos, Astérie, et un peu plus loin Manta, Only Way, Aerandir et Lakatao). Nos amis voyageurs dont certains se convertissent ici en professionnels afin de regarnir la caisse de bord, employés dans des entreprises de location de bateaux pour le tourisme. Plus tard dans l’archipel des Saintes, nous aurons le privilège de visiter un ces gros catamarans, mené par une équipe dynamique, assurant confort et plaisir aux vacanciers. Pour récompenser Régis d’avoir repéré et récupéré leur grosse annexe motorisée qui venait de se détacher toute seule au petit matin.

Après quelques jours de reprises de contact avec nos amis, d’achats et d’occupations techniques diverses, nous faisons cap vers Fort de France. A dix milles à l’ouest du Marin émerge le Rocher du Diamant, célèbre et gigantesque bloc de rocaille au passé agité. Contraste avec l’actuelle fierté flegmatique affichée par les paquets d’oiseaux marins qui y ont trouvé refuge. Au 19e siècle, les anglais ont installé sur l’îlot toute une batterie de canons dans le but d’anéantir la flotte française. Selon la légende (les français y accordent plus de crédit que les anglais), au terme de dix sept mois, les français sortent victorieux d’une « lutte » noyée dans l’alcool, larguant des fûts de rhum sur des barques, et cueillant les anglais saouls et enfin incapables de riposter.

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Le Rocher du Diamant

Fort de France

Quatre février. L’alizé souffle vigoureusement, se renforçant dans la vaste baie de Fort de France. Cercamon file au près, voiles arrisées, remontant contre le vent comme toujours en cette saison pour faire cap au nord. Soudain, un immense « craaaac » recouvre le sifflement du vent et le bruissement des vagues : la grand voile n’est plus qu’un monceau de lambeaux tiraillé dans les rafales. Vieille de vingt six ans, après nous avoir offert deux ans de bons et loyaux services, la voile s’efface en fracas pour céder place à sa nouvelle remplaçante, patientant depuis deux ans dans la soute avant, depuis l’Espagne où nous réalisions nos préparatifs de départ.

La capitale de la Martinique s’offre à notre premier regard dans un kaléidoscope de couleurs, de sons, de mouvements : c’est carnaval, qui agite trois jours durant, chaque après-midi et chaque nuit, la cité transformée en lieu de festivités. Nous nous immergeons dans la foule le deuxième jour, celui de la couleur rouge. Toutes et tous sont parés de cette teinte vive, tranchant sur les peaux mates. Une fresque de tonalités éclatantes, de costumes extravagants, de filles somptueuses, d’hommes travestis (même si habituellement la virilité est très prônée), de danseuses ondulant leur corps au rythme imposé par les musiciens, talonnant les camions dotés de tonitruantes sonos ou de fanfares, tournant dans la capitale jusqu’à épuisement. Défilé autour duquel est massée toute la ville réunie, toute la ville déguisée.

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Autant l’après-midi l’ambiance est sûre, autant la nuit éméchée est une succession de sirènes d’ambulance et de voitures de police sur fond de musique d’ambiance, berçant la cité jusqu’au petit matin.

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Après trois jours de fête intense, la ville se réveille paresseusement pour reprendre son rythme habituel. Quelques maisons coloniales parsèment la capitale, mais peu de monuments subsistent après l’incendie ravageur de 1890. On devine la beauté de la Bibliothèque Schoelcher, construite pour l’Exposition universelle de 1889, actuellement masquée par les échafaudages visant à lui rendre tout son éclat. Victor Schoelcher est un personnage emblématique tant en Martinique qu’en Guadeloupe. Sous-secrétaire d’État aux colonies, il abolit en 1848 l’esclavage. Nombreuses rues, monuments, manifestations, et même une ville portent son nom. Aussi connu aux Antilles que méconnu outre-atlantique, où il est né, sur sol français.

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Notre ami suisse Nils débarque sur le quai de la baie des Flamands en ce début février obscurci de grains. Paré à vivre trois semaines d’un autre type de vacances sur Cercamon. Il embarque avec lui un ruissellement d’enthousiasme et d’émerveillement, nous rappelant la réelle chance que nous avons de vivre cette existence-là. Même si, comme il le découvrira plus tard, les moments difficiles en font également partie intégrante ! Loin de l’agitation de l’Europe, il savoure cette reprise de contact avec la nature, ce silence de la mer, cette faculté de vivre en prenant du recul sur le monde environnant. Pour sa première expérience sur un voilier, cet équipier de choc s’adapte promptement au quotidien spécifique d’un bateau, comme aux manœuvres de navigation.

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Nils part chaque matin nous ramener du pain frais à la nage dans son sac étanche !

Les autres baies

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La côte ouest de l’île, celle sous le vent, est épargnée de la houle de nord-est générée par l’alizé. C’est le long de la façade Caraïbe que nous évoluons, nous dirigeant vers les baies du sud-ouest, les plus touristiques.

A l’Anse Mitan, balnéaire, succède l’Anse Noire, sereine, dont la belle plage de sable noir est enfoncée entre deux pans de falaise. Encore un peu plus au sud, nous ancrons à Grande Anse. Les fonds de la baie sont aussi étoilés d’astéries que le ciel d’astres nocturnes. Tout autour, un champ de promenades nous mènent entre autres jusqu’au pittoresque village d’Anses d’Arlets.

Le ponton prolonge vers la mer le parvis de l’église, dont le clocher émerge depuis le centre du bourg. Il égrène les mêmes notes que celles de nos petits villages de France.

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Anse Noire

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Les Anses d’Arlets

Au mouillage de Grande Anse, les rafales de vent balaient furieusement le mouillage. L’annexe amarrée à l’arrière du bateau se retourne brutalement, soulevée par les assauts de l’alizé, noyant le moteur hors bord installé dessus depuis peu. Régis réagit au quart de tour et plonge redresser le dinghy, asséchant et graissant immédiatement le moteur neuf de quelques mois, qui ne conservera heureusement aucune séquelle de l’incident.

Nils n’a pas de chance avec la météo durant la première partie de ses vacances, non seulement sans cesse traversée par des grains, mais aussi par un fort vent qui nous cantonne en Martinique, nous laissant peu d’espoir de faire découvrir à notre ami les îles plus au nord. En effet, jour après jour, les cartes météo nous montrent la présence d’un anticyclone placé sous les habituelles dépressions d’Atlantique, le vent s’y enroulant, et engendrant ce vigoureux flux de vent de nord-est accompagné de sa houle.

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En attendant, nous patientons au mouillage et profitons des escales à terre. Les gens se montrent ouverts, aimables, et souvent bourrés d’humour. Nous ne connaissons pas leurs rapports avec les expatriés, mais en tant que touristes, nous sommes surpris en bien, en très bien même, par cette chaleur. Des rumeurs nous avaient glissé à l’oreille la notion de racisme que nous ne retrouvons nulle part. La population martiniquaise, issue d’un inextricable mélange de cultures amérindienne, européenne et africaine, se compose des descendants d’esclaves pour le 90%, de quelques autres nationalités, et de métros. Le groupuscule des Békés, dont les ancêtres européens colonisèrent l’île, se hissant à la tête des plantations négrières, exerce encore aujourd’hui une forte influence socio-économique.

Les ressources actuelles du pays se concentrent autour de l’importation de la banane et de l’ananas surtout, et toujours de la canne à sucre, exploitation qui a débuté au 12esiècle, engendrant l’afflux d’esclaves amenés d’Afrique jusqu’au 18e siècle, tant dans les colonies des Amériques anglaises, hollandaises que françaises. En sus des productions agricoles, les DOM antillais vivent du tourisme, ce dont nous nous rendons inévitablement compte le long des plages, quoique statistiquement son taux soit en baisse.

Notre imaginaire nous laissait supposer une abondance de fruits tropicaux aux Antilles.

Certains marchés, gouvernés par des vendeuses en costumes de madras, tissus imprimés d’entrelacs de carreaux ou de rayures aux couleurs vives, abondent en fruits et en légumes. Mais ce n’est pas légion, et souvent les produits se conservent très mal. La plupart des habitants possèdent leur propre jardin créole, avec des arbres fruitiers et des plantations pour leur consommation personnelle, rendant inutile ou presque la vente de leurs productions.

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Les baies du sud se retrouvent souvent bondées, souvent anonymes, tant le nombre de bateaux qui s’y croisent est important. Il faut savoir que la zone des Caraïbes est la plus prisée au monde pour les croisières. Les vacanciers loueurs de voiliers, nombreux, en sont souvent à leurs balbutiements en matière de mouillage, prenant en main des embarcations qu’ils ne connaissent pas, et pour certains, ne pratiquent pas régulièrement la voile le restant de l’année. Le fait de retrouver régulièrement des bateaux ancrés à deux pas du sien peut agacer ; en sus du manque d’intimité, il faut espérer que la longueur de chaîne larguée par l’indélicat voisin est suffisante, afin que le bateau de ce dernier ne chasse pas dans le sien. Nous assistons à plusieurs éclats colériques entre plaisanciers. Un matin, nous nous apprêtons à quitter le mouillage de Grande Anse, avançant au gré de la chaîne remontée. Notre ancre se trouve juste en dessous d’un catamaran de location venu mouiller la veille un peu trop proche de Cercamon. Fair-play, le loueur et son équipage enclenchent le moteur pour céder la place à nos manoeuvres, nous dédommageant avec un sourire accompagné d’un pack de vingt-quatre bières !

En plongée sous-marine

Le vent souffle souvent fort, la houle brassant les eaux de la mer des Caraïbes et troublant sa visibilité. Les jours de calme, les fonds subaquatiques de la Martinique se dessinent en un jardin corallien tapissé de coloris divers, prenant les formes les plus originales.

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Eponges, gorgones et anémones se laissent contempler, et si les eaux martiniquaises se révèlent pauvres en poissons, nous y apercevons tout de même de petits poissons récifaux, des oursins, des murènes, des tortues et des barracudas. Clin d’oeil sous-marin d’environ une demi-heure à chaque fois ; sans combinaison de plongée, l’eau à 26° nous permet difficilement d’y rester plus longtemps.

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Tête d’une murène

Saint Pierre

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Sur cette île de 65 km de long pour 20 km de large, le sud de la Martinique que nous venons de parcourir est la région au dénivelé le moindre de l’île, comprenant un réseau routier très développé, voire même saturé à certaines heures de la journée. Le centre du territoire s’exprime en des plaines et des plantations, tandis que le nord où nous atterrissons à la mi-février est recouvert de forêt tropicale au climat plus humide, en contrebas de laquelle le vert s’éclipse pour des plages de sable noir. C’est dans cette configuration territoriale que nous trouvons Saint Pierre, la première ville fondée en Martinique. Elle nous émerveille, tout nous y semble pittoresque, des constructions de pierres noires, aux habitants affables, à son coloré marché aux fruits et légumes, à l’ambiance décontractée qui y règne, nous donnant envie d’y prolonger notre séjour. Le Mont Pelé, du haut de ses quasis 1400 m, domine toujours avec majesté la ville reposant sur les anciennes fondations d’un Saint Pierre d’une autre époque. La ville florissante du 20e siècle surnommée jadis le Petit Paris des Antilles.

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Saint Pierre repose au pied du Mont Pelé

Le 8 mai 1902, alors que des signes avant-coureurs permettaient de pressentir la colère du volcan, avertissements volontairement occultés par les pouvoirs politiques, le Mont Pelé entre en éruption. Une phénoménale colonne de gaz et de cendres, réchauffés à 300°, jaillit des entrailles de la terre, court le long du flanc de la montagne à la vitesse de 500 km/h et rase en quelques minutes la ville de Saint Pierre. Une explosion quarante fois supérieure à celle de la bombe d’Hiroshima qui anéantit d’un coup 30’000 vies. Un survivant à ce cauchemar apocalyptique : Cyparis, le prisonnier sauvé du souffle mortellement brûlant par l’épais bouclier en pierre de sa geôle.

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Cyparis et sa geôle

Pratiquement intact, le cachot salvateur subsiste encore aujourd’hui, ainsi que les ruines de l’ancien théâtre et celles de l’église du Vieux Fort. Le cimetière terrestre fait écho au cimetière marin : les cartes marines nous indiquent, à des profondeurs oscillant entre 10 à 85m, non loin du rivage, dix épaves de navires gisant au fond de la mer, dix sanctuaires aquatiques. Mais en surface, les eaux pures et transparentes de la baie n’invitent qu’à la baignade.

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Le Mont Pelé, toujours instable, toujours menaçant, toujours surveillé, exhale des fumets de souffre qui dévalent l’air des hauteurs pour humecter celui du bord de mer.

Jalousement caché en permanence par une couronne de nuages, nous auront pourtant la chance de voir émerger un instant le sommet du volcan, superbe et terrible emblème de Saint Pierre.

Images de la Martinique

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TRAVERSEE DE MARTINIQUE EN DOMINIQUE

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Forêver, le voilier de nos amis (à droite)

Assurément, il ne s’agit pas d’une fenêtre météo, mais d’une légère accalmie de cet alizé dont la fougue a du mal à décroître. Les prévisions météo suivies jour après jour avec patience et espoir n’indiquent pas de meilleurs moments que ces quelques journées de la mi-février. Départ avec les Forêver que nous venons de retrouver à Saint Pierre après les avoir perdu de vue depuis Chaguaramas, un jeune couple comme nous. C’est l’occasion de prendre des photos l’un et l’autre de nos fiers vaisseaux sous voiles. Plus rapides, ils nous distancient rapidement. La traversée du canal qui sépare la Martinique de la Dominique est un concentré de vent soufflant à force 6-7 et de creux de mer très rapprochés, oscillant entre 2 et 4 mètres. La voilure est réduite au maximum, de petites déferlantes balayent le pont, aboutissant parfois dans le cockpit. Le voilier s’incline latéralement en une gîte prononcée, retombe lourdement à chaque vague arrivant de face, et nous nous relayons régulièrement à la barre. Pas une navigation-plaisir, mais une navigation-endurance. Des dauphins viennent brièvement égayer notre route. Les estomacs remontent de plus en plus haut chez chacun, sans toutefois franchir l’étape du gosier. Nils fait connaissance avec la première étape du mal de mer. Cette léthargie qui émousse les facultés de se mouvoir, de penser, de parler, où l’on n’est à peu près bien que couché, qu’en dormant. Une première expérience de navigation et des premiers pas pour s’amariner bien difficiles pour notre équipier ! Après huit heures de ce régime, le crépuscule nous trouve sous le vent de l’île de la Dominique, sur une mer enfin protégée des assauts de la mer, mais non du vent. Toute la nuit, nous réduisons notre vitesse au maximum pour ne pas nous retrouver dans le prochain chenal, celui qui s’interpose entre la Dominique et la Guadeloupe. Au petit matin, le vent se renforce, la mer est blanche d’écume : fatigués, dénués d’énergie combative après une cinquantaine de milles (environ cent km) nous nous arrêterons en Dominique, escale imprévue que nous ne regretterons pas un instant.

LA DOMINIQUE

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Les guides nautiques l’avaient écrit, les boatboys sont au rendez-vous dès l’ancre jetée dans le vaste mouillage de Prince Rupert Bay, devant Portsmouth, au nord-ouest de la Dominique. Les locaux se relaient en barques ou en planches de surf autour du bateau, pour vendre tout un attirail de produits et de services divers. Avec les Forêver que nous retrouvons là, nous nous décidons pour leur céder l’expédition sur l’Indian River, nous assurant par la suite la tranquillité au mouillage. Nous pensions à tort tomber dans un « attrape touristes ».

Installés à six avec notre guide et rameur sur la barque en bois colorée, nous entrons subitement dans un autre monde, celui du silence et d’une fabuleuse nature. Calme de la rivière immobile à peine ridée par le vent, offrant un miroir de la végétation qui la surplombe. Une jungle faire de cocotiers, de lagerstroemias aux racines en rubans difformes courant le long des deux berges. Une forêt exhalant des senteurs catapultant nos pensées vers la Guyane, où l’on découvre ici un oiseau endémique, là des poissons se faufilant sous l’embarcation glissant sans bruit sur l’eau laiteuse. L’aller-retour dans ce cadre enchanteur nous laisse sur notre faim, et c’est à pied quelques jours plus tard que nous retournerons sur les lieux, pour savourer encore un peu cette folle nature.

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Avec Nils et les Forêver Notre guide et rameur

En Dominique, la forêt tropicale se montre par endroits sauvage et impénétrable, traversée par un nombre prodigieux de rivières, aussi nombreuses que les jours d’une année paraît-il. Les cours d’eau se transforment en de spectaculaires cascades alimentées par les cumulus chargés de pluie venant s’accrocher aux cimes des plus hautes montagnes des Petites Antilles. Une nature hébergeant la plus riche variété d’oiseaux des Antilles, dont le perroquet impérial est l’emblème national, s’étalant fièrement sur les drapeaux.

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Portsmouth longe la plage devant le mouillage, deuxième ville du pays après Roseau, la capitale. Tout à côté, le Cabrits National Parc, installé sur la péninsule au nord-ouest de l’île, formée de deux collines comme deux mamelles, nous laisse entrevoir un autre style de paysage, où les feuilles dénudent peu à peu les arbres durant la saison sèche.

Construit par les anglais, le Fort Shirley domine Prince Rupert Bay. Les autres vestiges militaires du parc, enfouis dans la végétation, sont devenus la proie des ficus étrangleurs, les enserrant de leurs racines tortueuses. Un spectacle fantasque. S’ajoutent à ce tableau toute une série de serpents, heureusement non venimeux, une batterie de lézards, des crabes, et des bernard-l’ermite, hôtes de coquilles aux formes et tailles diverses.

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Devant le village perdu de Toucari un peu plus au nord où nous nous rendons à pieds, la baie s’ouvre en un magnifique site de plongée au pied de la falaise qui se prolonge sous l’eau. Il ne s’agit que de l’un des spots de plongée dont cette île est richement pourvue.

Nous aboutissons en Dominique un mardi ; Christophe Colomb un dimanche il y a plus de 500 ans, d’où le nom donné au pays. A son époque vivent déjà sur l’île les Indiens Caraïbes, dont une communauté subsiste encore de nos jours, la plus importante des Antilles. Confinés à l’est du territoire, ils conservent leur indépendance et leur mode de vie traditionnelle. Jadis, leur résistance rageuse face aux attaques des français et des anglais découragera les colons, pour une fois unis dans l’adversité. Mais les deux ennemis jurés reprennent leurs combats de plus belle au 18e siècle. A regret, les français doivent céder la Dominique aux britanniques, qui deviendra indépendante en 1978.

Et si l’île avait échouée aux mains des français ? Le niveau de vie ressemblerait il à celui des DOM ? Nous trouvons en Dominique une authenticité caraïbe qui nous séduit. L’île vit de l’agriculture, principalement des négoces de la banane et de la noix de coco. Le plein de fruits y est moins cher que sur les îles voisines. Mais l’économie est mise à mal en raison des conditions imposées par le commerce international, et des passages consécutifs de plusieurs cyclones, ravageant l’île pour certains. Les cargos échoués jonchent la plage de Prince Ruppert Bay et témoignent de ces colères du ciel et de la mer.

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La Dominique se nourrit aussi de la pêche et du tourisme, à petite échelle en comparaison des autres îles des Petites Antilles. Les revenus principaux de ce secteur leurs proviennent des plaisanciers faisant une halte le long de la côte ouest, coupant leur trajet entre Martinique et Guadeloupe. De temps à autre, un gros paquebot s’arrête sur l’île, comme celui que nous apercevons devant Portsmouth. Le flot de touristes inonde le bourg, bardé de belles tenues et d’accessoires modernes, une riche présence contrastant étrangement au milieu de ce modeste village qui ne manque pas de charme avec son air de western. Ce dernier a rapidement compris les règles du jeu en adaptant les tarifs des restaurants au niveau de vie des pays développés. La population se montre aimable avec le visiteur étranger, éduquée quant aux bienfaits du tourisme pour son pays. D’origine africaine pour la plupart, rastas pour un bon nombre, leurs anciennes traditions se mêlent au mode de vie actuel anglais. Mais la longue présence française reste incrustée dans leur créole, et tous parlent aisément notre langue, facilitée par le contact avec les fréquents navigateurs français. Le taux de chômage reste important en Dominique, comme nous l’explique ce rasta qui se précipite vers nous. Il tient à nous aider pour faire le plein d’eau, une activité lui assurant un maigre revenu auprès des plaisanciers, en lieu et place d’une oisiveté improductive, le lot de beaucoup de ses concitoyens.

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Lors de l’arrivée d’un tel paquebot au mouillage, les forces militaires se déploient à travers la baie, pour assurer une sécurité maximale à ces précieux vacanciers, pour éviter tout incident, pour que chacun reparte avec la meilleure image possible de la Dominique. Nils, resté à bord de notre voilier un après-midi alors que nous sommes sortis à terre, effectue quelques étirements sur le pont, levant les bras perpendiculairement à plusieurs reprises. Immédiatement, l’une des embarcations des militaires accoste à couple de Cercamon, pour s’enquérir d’un problème à bord. Les signes de notre ami ressemblaient involontairement à des appels de détresse !

Après avoir écumé tous les alentours de Portsmouth, après un dépaysement majeur et enchanteur en venant de la Martinique, nous dirigeons l’étrave de notre bateau vers une autre île française, la Guadeloupe.

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Le mouillage de Portsmouth vu depuis le fort Shirley

Images de la Dominique

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LA GUADELOUPE

Marie Galante

La Guadeloupe possède un certain nombre de dépendances ; Marie Galante en est une, sereine île ronde et plate peu fréquentée par le tourisme.

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Au mouillage de Saint Louis sur le littoral ouest, nous rejoignons la belle plage bordée de cocotiers à la nage, pour nous dégourdir les jambes sur le sable. Au retour, des pêcheurs accostent sur le rivage, y étalant leurs fières prises. Voilà un moment que nous n’avons plus rien pêché, et la bonite reposant au milieu des thazards et des daurades coryphènes nous tente bien. L’achat conclu, le pêcheur nous en offre une seconde. Le retour se fait au crépuscule dans un crawl empressé et angoissé, Régis et Nils traînent chacun un poisson dans une main, et nous essayons de discerner la forme inquiétante d’un éventuel requin dans l’eau trouble, alerté par le sang des poissons morts. Nous retournons sains, saufs et soulagés à bord de Cercamon pour déguster ces fameuses et délicieuses bonites !

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L’heure du départ sonne bientôt pour Nils. En trois semaines, le temps a passé si vite. En trois semaines, pas une seule fois nous ne nous sommes sentis à l’étroit sur dix mètres à trois. En trois semaines, le vaillant équipage du début s’est transformé en trois « estropiés », une petite mésaventure pour chacun : une coupure franche sur le pouce jusqu’à l’os en aiguisant une machette (pour le skipper), une brûlure de méduse avec cloques suintantes sur la cuisse (pour la seconde), enfin une chute à terre avec une suspicion de fissure d’un petit os de la main (pour l’équipier). Chacun finira par cicatriser avec succès. En trois semaines, Nils aura vécu un condensé de vie en bateau : le quotidien du bord, l’attente météo, les ennuis techniques d’un voilier, les amitiés en mer, la navigation agitée, les escales dans des pays divers, les formalités administratives.

A son départ houleux en émotions, il nous laisse son appareil photo réflexe numérique, un rêve nourri depuis quelques années déjà, qui sera utilisé avec ardeur et reconnaissance pour la suite de notre voyage.

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Nous ne percevons pas immédiatement la richesse de Marie-Galante, sa douce intemporalité, son autosuffisance, sa sérénité comme un cocon de bien-être. Cette île ne révèle pas son unicité en un clin d’oeil. Pas en l’effleurant comme lors de notre première visite. Un mois plus tard, sa beauté nous envahit, sa quiétude nous touche. C’est avec les Bajada, dernière escale avec nos amis avant leur transat retour, que nous découvrons cette île et son milieu rural comme il se doit, empruntant les chemins crayeux qui traversent les vastes champs de canne à sucre.

Quelques moulins que le temps a privés de leurs pales égrènent les glèbes. Les agriculteurs y travaillent à la fraîche, chargeant les cannes coupées sur les traditionnelles charrettes en bois, tirées par deux imposants boeufs.

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Rose de porcelaine

La campagne, c’est plein d’odeurs de nature, de beauté simple, de plénitude. Cochons, taureaux, vaches, et chèvres jalonnent les terres aux coloris pastel. Les fines aigrettes postées comme des sentinelles à côté des boeufs s’envolent tels des mouchoirs blancs éparpillés dans la végétation. Au détour d’un sentier, nous entrons dans ce qui nous semble un jardin d’Eden, où fruits et fleurs, parfums et couleurs, sont rois, verger bordé d’une rivière où plongent les tortueuses racines des arbres.

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Les paysans nous adressent spontanément la parole d’une manière directe et naïve qui leur va bien. Parfois les mots sortent en créole de leurs bouches figées en sourires, nous ne comprenons que le fameux pa ni pwoblem. Une femme nous aborde à la sortie du village de Saint-Louis. « N’apportez pas la mort à Marie-Galante », nous répète-t-elle comme une litanie. Un jour, un touriste imprudent a mortellement chuté du haut d’une falaise. Il faut veiller à ne pas ternir la réputation d’une si jolie île.

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Marie Galante, l’île des adieux difficiles. Les Bajada quittent le mouillage, le petit bateau bleu devient un minuscule point sur l’horizon. Il y a deux ans, le voilier était orange, avant de muer à Chaguaramas. Il y a deux ans, nous faisions connaissance à Porto Santo (Madère). Nos premiers amis du large. Nous les voyons s’en aller le coeur serré.

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Nos amis de Bajada

Retour à fin février, alors que nous venons de laisser notre ami Nils reprendre son ferry vers Pointe à Pitre. Nous hissons les voiles pour nous diriger vers les Saintes.

Les Saintes

Quinze km2 pour deux îles principales habitées et quelques îlots déserts, quinze km2 de beauté sauvage aux airs bretons : l’archipel des Saintes s’étale au sud-est de la Guadeloupe sur des eaux émeraudes. Mouillage laborieux devant Terre de Haut, l’île la plus fréquentée, où croisent les voiliers les plus prestigieux ornant la baie de leur fière présence. Nous parcourons l’île de long en large et en travers. Nous en franchissons les mornes, ces collines arrondies des Antilles isolées au milieu d’une plaine, recouvertes aux Saintes d’une végétation de savane. Des bourrasques font courir sur les champs d’herbes folles des ondes dorées, surplombant des façades rocheuses où la houle vient se fracasser dans un bain d’écume. De jolies criques sablonneuses se logent dans les irrégularités de la côte, et les nombreux points de vue offrent de somptueux panoramas sur ces paysages pelés, puis sur le large.

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L’une des plus belles plages de l’île, celle de Pompierre, incurve doucement son sable blond planté de cocotiers devant une mer turquoise où les fonds sous-marins offrent un spectacle tout aussi enchanteur.

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Parmi certains arbustes pliés dans le sens du vent se logent les sournois mancenilliers, à la sève et aux fruits toxiques, semblables à de petites pommes. Sur les îles françaises, leurs troncs sont marqués de peinture rouge. Un jour de pluie, empruntant un chemin qui n’en est pas vraiment un pour retourner vers le rivage, nous traversons une de ces forêt, prêtant autant que possible attention à l’eau de pluie ruisselant des feuilles, devenant très corrosive pour la peau et les yeux.

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L’île, parsemée d’anciens forts, renferme tout un passé historique, notamment la plus grosse bataille navale qui a opposé anglais et français aux Caraïbes en 1782. Les britanniques, vainqueurs, en ont gagné jadis la suprématie sur les mers.

Les rois ici sont les iguanes, animaux au sang froid, qui se dorent au soleil, choisissant les roches noires gorgées de chaleur. Ces grands lézards sont en voie de disparition, mais protégés dans cette réserve naturelle. Les minuscules colibris, au pelage vert et brillant, agitent nerveusement l’air autour d’eux dans un battement d’ailes leur assurant le rang des oiseaux les plus rapides au monde pouvant atteindre jusqu’à 70 km/h. Et les cabris mâchonnent leur pâturage à tout endroit de l’île.

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Seul bémol à la quiétude de l’île, l’incessante circulation des scooters loués aux touristes sur les ruelles de Terre de Haut, le territoire le plus animé de l’archipel. Les ferries amènent depuis la Guadeloupe les visiteurs à la journée, déambulant dans le charmant village coloré. Le bourg est surtout agité en cette période par les élections municipales et régionales. Des affiches de propagande parsèment la localité. Chaque maison placarde ses convictions politiques sur sa façade, sur les tuiles de son toit, sur la palissade de son jardin. La population va avec des T-shirts et des sacs publicitaires. Des meetings pleins de verve exaltent la population qui répond en clameurs et en applaudissements. Une grande affaire qui fait bouillonner toute la localité.

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Les saintois affichent un métissage intéressant et surprenant, mêlant cheveux blond ou roux, yeux clairs, agrémenté parfois de quelques taches de rousseurs sur une peau chocolat. En effet, les premiers colons de l’île étaient bretons ou Poitevins, et ont peu eu recours au travail des esclaves sur Terre de Haut.

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Plongée vers une épave à Terre de Haut

Nous testons rapidement un mouillage à l’îlet à Cabrit, puis nous nous rendons un peu plus à l’ouest à Terre de Bas. Terre de calme, de beauté, de sérénité, épargnée du tourisme agité de son île voisine. Une population très authentique l’habite, résidants de maisons blanches ou claires.

Encadrement des portes et volets couleur pastel, toit de tôle rouge. Nous nous sentons brusquement ailleurs, en tous cas pas en France. Le sentier du tour de l’île passe aussi par les crêtes, traversant une belle forêt semée de serpents inoffensifs, renfermant un bucolique étang entièrement recouvert de végétaux verts à l’aspect velouté comme la peau d’une pêche.

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Les coqs massifs et fiers des Antilles, au pelage lissé, soyeux, et brillant, sont utilisés selon la tradition dans des combats de coqs.

Basse Terre

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Après dix merveilleux jours aux Saintes, cap sur Basse-Terre. A son approche, des senteurs florales nous bousculent agréablement les narines. La côte montagneuse et verdoyante de l’île est sillonnée d’embouchures de rivières, de bananeraies, et des taches blanches des cimetières. Les tombes en faïence sont caractéristiques des îles françaises. Les habitations sont éparpillées dans la végétation, preuve visuelle de la moindre concentration d’habitants en Guadeloupe par rapport à la Martinique, plus petite que l’île d’émeraude.

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Vue du ciel, ou depuis une carte marine, la Guadeloupe déploie son territoire comme les deux ailes d’un papillon. La partie est, Grande-Terre, forme un territoire de plaines. Tandis qu’à l’ouest, comme son nom ne l’indique pas, s’étale Basse-Terre, au relief élevé, dont les viscères volcaniques de la Soufrière sont toujours en activité, la dernière éruption datant de 1976. Tout l’arc antillais vibre d’une forte effervescence sismique et volcanique. La plus récente explosion date de 1998 à Montserrat, territoire placé au nord-ouest de la Guadeloupe.

A la marina de Rivière Sens les pontons sont à moitié détruits. La faute aux cyclones ?

Située plus au nord que la Martinique, la Guadeloupe a plus de chances de se retrouver sur la trajectoire d’un ouragan comme en 1989, où Hugo a répandu son violent souffle à 300km/h sur le département.

Nous achetons enfin chez le shipchandler notre pompe d’eau douce tombée en panne pendant le séjour de Nils, nous obligeant à une corvée d’eau journalière et plus contraignante durant trois semaines. En souvenir de notre passage à Rivière Sens, nous récoltons un gros cafard à bord, le deuxième en deux ans de voyage, qui depuis se terre on ne sait où dans le bateau. Dans un de ses livres, le navigateur Antoine affirme que cet insecte est « la seule espèce animale qui survivra à un embrasement nucléaire mondial et que le cafard court le 100 mètres départ arrêté en 18 secondes 7 dixièmes ». Sur Cercamon, il n’aura pas à exercer ces aptitudes ; il rejoindra seulement l’équipe des charançons qui colonisent depuis un moment pâtes et riz.

Ilet à Pigeon

Après un bref passage dans la ville de Basse Terre, nous poursuivons la route au nord, longeant toujours la côte ouest de Basse Terre, et nous arrêtons à Malendure. A quelques milles en face, l’Ilet à Pigeon ne paie pas de mine :

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Pourtant, sous l’eau, la paroi rocheuse de l’îlet se prolonge, troquant sa végétation d’arbustes arides pour une symphonie de coraux et d’éponges, baignés dans une eau somptueusement translucide, où évoluent des poissons de taille étonnante, comme jamais nous n’en avons encore vu aux Antilles. Tant pis pour mon otite, tant de beauté valent bien un plongeon non conseillé. En 1955, le commandant Cousteau a tourné autour de l’îlet quelques scènes de son film Le Monde du silence, et le site est devenu une réserve portant son nom. A dix mètres de profondeur sur le sable est érigée la statue de l’explorateur marin. Célèbre, le spot attire une manne touristique qui trouve son bonheur dans la succession des clubs de plongée sous-marine bordant le rivage au sud de la pointe Malendure.

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Gorgone et Baliste Royal

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Si la chasse et la pêche y sont interdites, nous n’exercerons pas ces activités ailleurs en Guadeloupe. Motif : la ciguatera. Les poissons sont contaminés par un micro-organisme vivant dans les algues qui poussent sur des coraux morts. La consommation de ces poissons habituellement comestibles peut provoquer une très grave intoxication alimentaire chez l’homme. La ciguatoxine s’accumule dangereusement pour l’humain surtout chez les plus gros poissons qui se nourrissent des plus petits zonant vers les coraux. La ciguatera se rencontre aux Caraïbes à partir de la latitude de la Guadeloupe surtout, et s’étend plus loin vers le nord, mais est aussi présente dans les îles du Pacifique et de l’océan Indien.

Pour en revenir à la Guadeloupe, c’est une fois de plus Christophe Colomb qui découvre l’île, et cette fois-ci, lui donne le nom d’un monastère espagnol. Son passé est également agité comme sur les autres îles des Antilles par les luttes franco-anglaises. Après l’abolition de l’esclavage au 19e siècle, une importante immigration indienne vient se mêler à la population africaine aujourd’hui bien métissée, qui représente l’essentiel des habitants. Aujourd’hui, dans les structures urbaines identiques à la française, le rythme de travail se décline à la tropicale, synonyme de l’art de prendre son temps.

Vers Pointe à Pitre

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Depuis le début mars, nous bénéficions d’un temps qui enfin se réchauffe, qui enfin se dispense de grains, qui enfin diminue la force de son vent, après trois mois d’un climat peu agréable, responsable d’une avancée chaotique.

Peut-être sommes-nous devenus plus frileux, peut-être que dans nos têtes les Antilles étaient forcément synonymes de soleil permanent. Quoiqu’il en soit, nous profitons pleinement de ces belles journées qui s’offrent à nous.

La météo sur la VHF que nous retrouvons avec plaisir sur les îles françaises diffuse d’excellents bulletins. A la mi-mars, elle annonce une forte houle générée par une grosse tempête sur les Bahamas, dont vous avez peut-être été informés par la télévision en métropole. Un arrêt préfectoral entrera en vigueur pendant deux jours, interdisant toute navigation, toute baignade, tout sport nautique. Nous allons nous cacher au creux des deux ailes du papillon de la Guadeloupe, au fond du bras de mer où se loge Pointe à Pitre. A l’entrée de la rade, on a affublé de noms plutôt singuliers un paquet de zones, bancs de sable ou baies : Le Gros Loup, Banc Apollon, Banc des Couillons, Ilet à Cochon, Banc de Mademoiselle ou Anse à cul. Après une courte halte à l’îlet Gosier, c’est vers l’îlet Cochon que nous plantons l’ancre.

La Guadeloupe vit essentiellement du tourisme, mais aussi de l’exportation de sucre et de rhum, commercialisés principalement en France. Sur Grande-Terre, les immenses champs de canne à sucre revêtent la terre cultivable. Avec les plantations de bananes, ces deux activités pratiquées intensivement en usant de pesticides sont responsables d’une pollution grandissante. Un facteur qui lié à l’urbanisation a fait décroître la très riche biodiversité de la Guadeloupe. Néanmoins, sans comparaison antérieure, et sans l’avoir exploré à fond, le département nous paraît posséder une remarquable nature sauvage.

Lorsque nous louons une voiture pour une journée avec les Forêver afin de nous rendre compte de la force de la mer en furie sur les côtes au nord de l’île, information matraquée par la VHF, nous traversons de campagnardes plaines où de massifs bœufs paissent nonchalamment. Puis nous nous laissons éclabousser, impressionner, émerveiller, par la prodigieuse houle haute de cinq à six mètres qui agite longuement la mer au large, finissant sa course dans une fumeuse explosion d’écume haute de plusieurs dizaines de mètres contre la falaise, ou par les énormes rouleaux déferlants sur les plages, pour le plus grand bonheur des surfeurs bravant l’interdit de l’arrêté préfectoral.

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Dans ce pays de grande ferveur religieuse à prédominance catholique, comme en Martinique, à la fin mars, Pâques ne se célèbre pas seulement à l’église, mais aussi à la plage. La population investit toutes les grèves du pays et y déploie son campement durant les quatre jours fériés. Les rivages de l’île ne sont plus qu’une succession de tentes, de transats, de feux de camp, de musiques hétéroclites se chevauchant les unes sur les autres, diffusées par des sonos mobiles.

A Pointe à Pitre, nous traînons plus dans les alentours du port où arrivent tous les quatre ans les concurrents de la course transocéanique de la Route du Rhum, que dans la ville. Pointe à Pitre, une escale retrouvailles avec plusieurs de nos amis de bateaux. Si aux Saintes nous partageons quelques journées avec Vétéran, une famille connue au Cap Vert, ici nous retrouvons Blanke Nese, Essentiel, Bajada, et Forêver, respectivement loin de nos yeux depuis l’Espagne, la Guyane, les Grenadines, et la Dominique.

Les Antilles sont réellement un haut lieu de rencontres, mêlant les vieilles amitiés aux récentes, où chaque projet prend bien souvent un tournant. Pour la plupart de nos amis dont nous avons fait la connaissance au cours de ces deux années de voyage, nous retrouvant avec plaisir au fil des escales, en partageant des moments forts, ils se préparent à présent à affronter la transatlantique du retour en passant par l’archipel des Açores au large du Portugal, pour rallier l’Europe. Période d’adieux, période d’émotions, période de réflexions. Cercamon, brusquement un peu plus solitaire, se prépare à étirer son sillage vers l’ouest, à étirer son voyage vers plus d’inconnu, à étirer ses sentiments vers de nouvelles amitiés sans oublier les anciennes.

Retour vers la Martinique

16°13’ de latitude nord, le point culminant de notre remontée de l’arc antillais. Tant pis pour Antigua et Barbuda, Saint Barthélemy et Saint-Martin, St Christophe, Anguilla, Tortola, les îles Vierges, et les autres. Plus nous montons vers le nord, plus la navigation nous est ardue ; et puis des échéances nous attendent plus bas. Cap au sud, cap sur des terres déjà foulées de nos pas, déjà découvertes de nos yeux.

Les effluves sucrés des vapeurs échappées des rhumeries sur le rivage de Marie Galante nous poursuivent, brouillant le paysage que nous laissons derrière nous. Après quarante milles (environ quatre-vingt km) de mer, de grains, d’arcs en ciel, de cirés, suit une pause nocturne à Roseau, au sud de la Dominique. Reprise de la barre le lendemain, le premier avril. Pas de poisson pour ce jour-là, nous sommes plus préoccupés à gérer la navigation qu’à pêcher.

Pourquoi ce chenal entre Dominique et Martinique est-il toujours aussi pénible à traverser ? Est-ce dû aux fonds sous-marins tourmentés, tapissés des plaques tectoniques mouvantes de l’écorce terrestre ? Des hauts fonds plongent abruptement en de profondes abysses atteignant jusqu’à 1’400 m. Les vagues sont plus hautes qu’ailleurs dans ce couloir d’eau, où une mer et un océan se rencontrent, se mêlent et s’affrontent.

Cercamon, petit bateau lourdement chargé, fait son possible sur ces flots agités, se frayant un chemin entre les couloirs frétillants des sauts de poissons volants. A l’aller, le vent soufflait de nord-est, exigeant l’allure du près. Au retour, l’alizé s’oriente de telle manière, que contre toute attente, nous devons imposer cette même gîte au voilier. Vues depuis le lointain, les lignes de grains, pylônes sombres posés sur l’eau, révèlent un spectacle étonnant. En navigation, c’est une autre affaire. Ces dépressions locales se succèdent les unes aux autres, apportant averses qui brouillent toute visibilité et vent forcissant à 35-40 noeuds, qui nous déporte de notre cap. Que la Martinique paraît lointaine, qu’il est difficile de s’en approcher ! En fin de journée, après une autre quarantaine de milles, une fois protégés de la mer sous le vent de l’île, ce n’est que grâce au moteur que nous pourrons nous rapprocher du littoral.

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Lignes de grains

La côte de la Martinique disparaît derrière le grain qui s’abat sur nos têtes après dix heures de navigation. Nous nous dirigeons malgré tout vers le rivage, désireux de planter l’ancre, désireux de trouver le repos. Le rideau de pluie finit par s’estomper et, enchanteresse, la baie de Saint Pierre au nord de l’île s’ouvre devant notre étrave…

Images de Cercamon

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Images de la Guadeloupe et ses dépendances

Haute Terre

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Les Saintes

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Sea Cloud

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Marie Galante

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FIN DE SAISON ANTILLAISE

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Après avoir soufflé six mois dans le même sens, les vents s’inversent vers le mois de mai, avant de s’enrouler parfois en ondes tropicales, pouvant se transformer en cyclones dès le mois de juin. Il est temps de faire cap au sud, et de bénéficier des derniers restants de nord-est pour nous pousser vers la Martinique puis plus loin.

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Nous quittons la Martinique et passons au large des deux pitons de Sainte Lucie

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Nous nous préparons pour une nuit de navigation

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Le Marin, rendez-vous de beaucoup de navigateurs, est une escale technique et pratique. Interventions sur le moteur (le circuit interne de refroidissement), achats divers pour le bateau, quelques retouches de peinture contre la rouille. Rappels de vaccins, dentiste. Approvisionnement en eau, gaz et nourriture. Nous embarquons nos produits favoris que nous ne retrouverons plus ailleurs. C’est aussi l’heure de changer notre chaîne d’ancre, rongée comme sur plusieurs autres voiliers après deux ans de navigations dans des eaux chaudes et acides.

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La vieille chaîne d’ancre est tellement usée qu’elle n’accroche plus dans les crans du guindeau

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Nous croisons là encore quelques amis, qui partent prochainement en transatlantique retour vers l’Europe. Notamment la famille de Semeda, qui nous apporte beaucoup au niveau connaissances techniques diverses et amitié !

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L’équipage de Semeda à droite, et à gauche Katay, le voilier de nos amis espagnol, à la veille de son départ en transatlantique pour 24 jours.

L’île de Bequia signe nos retrouvailles avec les Grenadines après 100 milles en 24 heures de navigation. Le reggae envahit l’île de son rythme languide, les poules font partie des passants dans les rues, les supermarchés renferment l’indispensable, se révélant moins cher que dans les départements français. Contacts plus spontanés, simplicité indolente du mode de vie.

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Les habitations des Grenadines sont souvent ornées de frises à l’extrémité de leur toiture

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Nous touchons les Grenadines de Saint Vincent dans un premier temps

Et surtout… retour dans les lagons turquoise. Les Grenadines, notre archipel préféré, semblent être un morceau de Pacifique égaré aux Antilles. Nous parcourons ces îles pour la deuxième, voire troisième fois de la saison, sans nous lasser. A Bequia, il s’agit de notre premier passage. Une île connue depuis le 19e siècle pour ses pêcheurs chasseurs de baleines, harponnant le colossal mammifère depuis de frêles embarcations. Nos pas se laissent entraîner sur les routes de ce petit territoire vers de magnifiques plages bordées par des cocotiers dont le feuillage luit au soleil et bruisse dans le vent. Mimosa 2 reste mouillé deux jours à côté de Cercamon : un voilier qui vient de boucler un tour du monde en 8 ans. Nous voyons enfin les visages de nos correspondants par internet depuis 2 ans, dont nos adresses se sont échangées grâce à une connaissance commune, notre vieil ami anglais Arnold, rencontré en Espagne. Marcel et Martine emmènent voyager avec passion et humour nos pensées, bien plus loin que l’Atlantique, vers le Pacifique et l’Asie…

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Le robuste Mimosa 2 à la rencontre de Cercamon

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Industry Bay porte bien mal son nom aujourd’hui

D’autres mouillages suivent, plus solitaires. Mayreau, où sous le bateau passe un banc de six raies léopard. Chatham Bay à Union Island, à la beauté sauvage. Palm Island, île privée, dont la plage d’un blanc étincelant disparaît dans une mer couleur jade. Partout, les fonds sous-marins sont riches et poissonneux. Régis aperçoit un jour, se confondant dans le paysage d’une épave, le fameux poisson-pierre. Aussi hideux que dangereux, sa nageoire dorsale contient un venin si toxique qu’il peut tuer un homme en 24 heures. Il n’y a pas que des poissons sous l’eau, mais aussi tout ce que les voiliers laissent tomber à l’eau par mégarde, sans se donner la peine de rechercher. Récolte de nombreux masques de plongée et d’une quantité de serviettes de bain.

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Cercamon à Chatham Bay – Ile déserte de Saline Island

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Les catamarans de location se font rares. L’arrivée prochaine de la saison des cyclones chasse à juste titre beaucoup de plaisanciers. Nous trouvons de splendides mouillages qui il y a quelques mois étaient bondés, aujourd’hui déserts ou presque. La météo n’est plus la même non plus, depuis fin avril, les bourrasques de vent et de pluie ont cessé. Place au soleil, à sa chaleur qui assèche les paysages devenus grisâtres au fil des mois, ventilé par une petite brise. Même nos copains propriétaires de bien plus gros voiliers que Cercamon sont soulagés, la navigation redevient enfin un plaisir, après une saison particulièrement et inhabituellement fraîche et humide.

Bref, toutes les conditions optimales sont réunies pour accueillir nos amis. Les pavillons suisse et japonais flottent sous la barre de flèche bâbord. L’équipage de Cercamon passe de deux à cinq personnes, Régis retrouve son ami d’enfance Martial, sa femme Yoko déploie sa sérénité asiatique à bord, et Andy, 3 ans et ½, nous fait partager sa bonne humeur superposée à un esprit curieux et éveillé. Une famille novice en navigation, et qui s’adapte rapidement à cette nouvelle manière de vivre. Dès le début, ils nous accordent leur entière confiance, chassant toute angoisse liée aux côtés techniques du bateau.

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Mouillage à côté d’une petite île déserte. Régis part en plongée… et revient avec une énorme langouste royale. Accusant ses 1,6kg, elle est aussi haute que le petit Andy ! A la joie de tous nos estomacs, Yoko nous la prépare en sushi… Inoubliable repas pionnier à bord. Régis sait à présent infailliblement détecter les antennes trahissant la présence de ces grands crustacés coincés dans la roche. Nous nous régalerons par la suite d’autres langoustes de taille plus modeste mais tout aussi savoureuses.

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Une autre plage déserte, Andy qui ne sait pas nager avant de venir évolue soudain en brasses, alors qu’il n’a même pas pied, soutenu par ses petits brassards. Bonheur de l’enfant, fierté de ses parents, étonnement des Cercamonieux. Chaque bain de mer est pour lui un plaisir inégalé, sans parler des confections de châteaux de sable.

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Petite Martinique, île à l’esprit authentique, celle dont nous avons préféré l’ambiance parmi toutes. Nos amis coupent la croisière sur Cercamon pour deux nuits en guest house, pour s’imprégner d’une autre expérience. La famille d’hôtes nous adopte tous, une incroyable gentillesse émane d’eux. La maman est sourde depuis une méningite contractée dans l’enfance, le papa travaille dur dans son restaurant et sa maison d’hôtes. Joseph et Jesse, respectivement 5 et 3 ans, examinent un instant les yeux bridés d’Andy, un type de visage qu’ils ne connaissent pas, puis embarquent leur nouveau compagnon de jeu dans de folles parties, où les barrières de la langue et de la culture n’existent pas.

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Au sommet de l’île, on surplombe notre mouillage précédent devant Petit Saint Vincent, encerclé dans un lagon aux méandres opalescents. La somptueuse plage offre un décor de rêve pour un mariage en toute intimité. Il y a quelques jours, deux clients du luxueux hôtel unissaient là leurs vies. Nous en avons surpris quelques bribes, déboulant par hasard sur la grève publique, mais nos bouilles ne cadraient pas avec le décor et n’étaient pas désirées sur la caméra enregistrant la cérémonie.

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Face au somptueux mouillage de Petit Saint Vincent se dresse l’île de Petite Martinique (photo de droite)

Enfoncé dans la baie solitaire de l’île déserte de Saline Island, Cercamon et son équipage savourent deux journées sans voir un seul autre être humain. En annexe, nous rejoignons White Island, qui comme son nom l’indique, offre à nos yeux éblouis toute la beauté d’une grève à la blancheur immaculée. Sous l’eau le spectacle est fascinant, d’autant plus que nous apercevons deux requins de sable, inoffensifs, immobiles comme leurs yeux blancs sans vie apparente qui nous observent. Les teintes rougeoyantes du coucher du soleil enveloppent la sérénité du soir. Contemplation de la nature, puis l’ambiance s’anime en discussions effrénées et éclats de rire dans le carré. Les ingrédients d’une vie au bonheur simple.

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Imperturbable, le requin de sable nous regarde passer.

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Le corail de feu (à droite) provoque des érythèmes si l’on s’y frotte

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Cercamon dévoile ses dessous

Nous embarquons pour 7 heures de navigation, la plus longue de la croisière, pour rallier Grenade et son aéroport. Aucun mal de mer recensé, quelques histoires pour Andy, les pensées vagabondent chez chacun, relayées par des instants de somnolence. La journée passe vite, poussés au largue sur une mer presque plate. Contraste complet à St Georges, ville caraïbe animée, haute en couleurs, en ambiance, en clameurs et klaxons. Son marché aux fruits est le plus abondant de toutes les Antilles, et celui aux poissons n’est pas en reste.

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Après les mouillages déserts, contraste avec la ville agitée de Saint Georges

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Les deux semaines passées avec nos amis arrivent à leur terme. Ces derniers ont emmagasiné tout un tas de souvenirs et d’expériences, et nos deux manières de vivre se sont complétées et enrichies à merveille. Une rare alchimie s’est créée sur un espace que nous aurions pensé insuffisant pour autant de personnes. Ce petit bateau ne s’est jamais révélé un frein à une bonne ambiance de bord ni à l’harmonie qui s’y est développée.

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A leur départ, notre arrêt à Grenade se transforme en escale utilitaire. Nous nous équipons de tout ce qui nous fera défaut plus loin : un nouveau panneau solaire, des pièces de réserve pour le moteur, etc.

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Grâce au conseil d’un navigateur américain, nous découvrons l’ambassade du Venezuela à Saint Georges et y faisons faire un visa de 6 mois au lieu de celui de 3 mois proposé dans le pays lui-même.

Encore des approvisionnements, pour touts les produits alimentaires introuvables au Venezuela tels que riz, farine et sucre. Un peu plus loin, au sud de l’île àPricly Bay, nous trouvons un autre shipchandler pour compléter nos préparatifs. Dans la large baie entourée de fastueuses demeures, de nombreux voiliers attendent à l’ancre. Parmi quelques agréables rencontres, nous retrouvons un équipage suisse. Obligés de rentrer momentanément au pays, ils chargent Cercamon de toutes leurs denrées périssables, et nous nous délectons de saveurs helvétiques que nous aurions presque oubliées.

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Avec ce nouveau panneau solaire de 65W, plus de problème d’énergie à bord

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Cercamon est à présent prêt. Après avoir passé neuf mois aux Petites Antilles, (déjà !), il est temps de vivre un autre dépaysement qui s’appelle Venezuela.

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Prochaine destination : le Venezuela

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En rouge, la route parcourue ces dernières semaines. En vert, celle que nous prévoyons bientôt.

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L’un des vieux gréements utilisé dans le tournage du film Pirate des Caraïbes embarque à présent destouristes à la journée.

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