TRAVERSEE DE L’ATLANTIQUE

 

 

Carte de l'océan Atlantique.

 

 

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La tellement rêvée et à la fois redoutée transatlantique. Seize jours entre ciel et mer, entre Afrique et Amérique, entre Cap Vert et Brésil. Calmes du pot au noir, mais aussi ses grains violents et imprévisibles, douce et nonchalante traversée qui nous catapulte à 7000 km de la France. Arrêt en chemin sur l’île de Fernando de Noronha, paradis de nature exubérante qui nous enchante les sens, avant de poursuivre sur le continent brésilien vers Fortaleza.

Toutes les photos de cette étape sont visibles sur:

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Cercamon de l’autre côté… de l’Atlantique et de l’équateur.

Fortaleza, Brésil, 30 mars 2007

La traversée commence « bien ». A une heure du départ, Régis se plante la lame du poignard dans la main en faisant éclater l’écorce de la noix de coco que nous grignoterons en route. Vérification faite, pas besoin de points de suture, une désinfection puis un bandage, et c’est parti.

Pas très fiers au début, la boule au ventre, encore sur nos gardes en pensant à notre dernière traversée agitée, celle qui nous avait menée au Cap Vert, nous levons l’ancre. Adieu, îles du vent, on vous a aimé, beaucoup aimé même, mais la saison nous pousse à vous laisser…

La porte de l’océan s’ouvre à nous, on s’y engouffre, voiles réduites dans le vent qui siffle. Notre sol se transforme en plan mouvant, désagréablement mouvant les premiers jours. Barbouillés, un rien hébétés de se retrouver propulsés dans tout ce bleu, après la frénésie si contrastante des derniers jours, obligés à présent de muer en peau de marin.

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Puis tout s’y fait. Bateau, vent et vagues suivent la même direction, dans une avancée presque irréaliste, le voilier n’imprimant qu’une trace éphémère derrière lui, n’évoluant pas le long d’un paysage que l’on longerait, signe d’une quelconque progression ; il n’y a que les chiffres du GPS, qui reportés sur la carte, nous matérialisent en un minuscule point, pour imaginer que nous sommes bien là, au milieu de l’étendue liquide, ondoyante, notre seul paysage.

Nous faisons progressivement corps avec le bateau, à l’écoute de ses réactions nous fondant peu à peu dans ce néant lent et cotonneux. Cent milles un jour, ou plus, parfois moins. L’alizé s’établit doucement, la mer se fait moins houleuse, l’air tiédit, imprimant une douce caresse sur la peau. Au nord de l’équateur, empannage après empannage, la route se fait en zigzag, surplombant des plaines abyssales de plus de 5000m , le long de la ligne tracée sur la carte, parfois au moteur, quand le vent vient à manquer.

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L’eau noyée de nuit, parsemée d’éclats de lune. Notre éclipse totale de cette lune, le troisième soir. Se teintant progressivement de la couleur du ciel, elle devient au fil des heures un astre étrange, vaguement marron. Spectacle magique et à la fois inquiétant. La mer brusquement plongée dans l’obscurité devient comme folle, indomptée, désordonnée, comme livrée à elle-même. Puis la lune s’allume à nouveau, et la mer s’assagit. Fidèle, chaque soir plus mince, la petite planète aux cratères remarquablement dessinés nous éclairera chaque nuit.

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Seuls au monde ou presque, ils surgissent de nulle part, à l’improviste, ces monstres d’acier, porte-conteneurs et cargos, depuis le rideau de brume enveloppant l’horizon, qu’ils poussent de leur étrave monstrueuse, petits points de lumière la nuit, s’échappant souvent si vite de notre champ de vision, notre immense cercle de mer.

Un élément désécurisant parfois, quand on pense à tous les « et si… », les mauvaises histoires qui reviennent en mémoire, quand on se laisse surprendre par l’arrivée d’un cargo, quand le compas, notre boussole, nous lâche, des petits riens qui tous ensemble pointent du doigt notre insignifiance, notre petitesse dans cet élément aquatique.

Dans ce monde hors du temps, hors de l’espace, ce silence de mer et de brise, l’esprit se perd à la contemplation, emprunt de sérénité, de plénitude, d’une douce joie de vivre sur l’eau. Nous deux, le bateau, la mer, cet infini qui joue tout autour de nous. Nos deux voiles déployées comme celles d’un grand oiseau blanc, lourd et paresseux, sur ce désert d’eau bruissante.

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Dès les quatrième-cinquième jours, la brise s’essouffle, marque des pauses, c’est le début des calmes. Cercamon glisse sur des eaux mornes, blafardes, formant un lacis de dessins fugitifs qui s’entrecroisent dans un océan plein d’évaporation, voilant peu à peu la lueur des astres solaire et lunaire, enfouis dans une masse ouatée.

On a chaud, très chaud, vivant dans cette atmosphère moite et vaporeuse de l’océan qui transpire, se transformant peu à peu en masse sombre s’agglutinant sur l’horizon, dont le sommet s’élève en blanc vers le ciel. L’appétit rétrécit, le corps transpire, sue, coule. Un seul remède : les seaux d’eau de mer qu’on se balance l’un l’autre, une douche à la température toujours plus douce plus l’on descend vers le sud.

Dans ces eaux qui semblent parfois mortes, la vie se dévoile par touches parcimonieuses. Un jour des dauphins, agiles et voltigeurs, qui caracolent tout autour du bateau. Un autre jour, un banc de lourds et lents globicéphales. Un autre jour encore, une gerbe d’eau qui avance suivie d’un gros aileron : un cachalot. Ou le double saut périlleux d’un thon. Et des jours de rien. Mais continuellement, nos compagnons quotidiens ailés, en forme de poissons qui bondissent de vague en vague en les frôlant, atterrissant parfois sur le pont, ou d’oiseaux, qui vont et viennent, tombant à pic dans l’eau, se relevant aussitôt. Quant à la pêche… les lignes chaque matin déployées à l’arrière, et chaque jour dédaignées par les bêtes à écailles nous désespèrent !

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« Giscard », notre fidèle et précieux pilote

Pour pallier à la déception, toute une série de menus et de pâtisseries défilent à bord. Puis un jour, fruits et légumes arrivent au bout. C’est aux graines germées, aux boîtes de conserve, aux comprimés de vitamines, de prendre le relais.

On plonge dans le pot au noir en pleine nuit. Au septième jour de mer. Moteur qui ronronne et qui remplace les voiles à présent affalées dans cet air sans vent. Le ciel s’assombrit, la lune se cache, et la nuit se fait plus ébène encore si c’est possible, les ténèbres se tassent sur l’horizon, il y a comme des grandes tentures obscures étendues dans le ciel, tout est sombre, l’eau se noircit de nuit, et nous on fonce dans ce noir, ou c’est le noir qui nous fonce dessus. L’ambiance est étrangement silencieuse, inquiétante et irréelle, faussement calme, comme si la mer et tout ce qu’elle renferme retenait tout son souffle. Puis on entre dans le tunnel noir, et le ciel se répand d’un coup en eau fraîche, bienfaisante ; la mer, le pont du bateau, nous, tout est criblé de pluie. Sans orage, sans vent pour ce premier grain. Puis tout s’arrête comme ça avait commencé.

 

Dans la journée, toujours ces formations ténébreuses éparpillées ici et là, se désagrégeant parfois, et d’autres fois non. Et l’océan… l’océan devient semblable à une étendue de soie, une immense étendue, une moire, ondulant au rythme lent et profond de la respiration de l’Atlantique. Les lueurs sont inhabituelles, exacerbées, à la fois sombres et claires, orageuses.

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Quarante heures de moteur pour traverser cette zone particulière, usante et fatigante ; on entend le ronronnement du Volvo encore des heures après qu’il soit arrêté. Les marins de l’époque, qui ne pouvaient compter que sur les voiles, devenaient fous à stagner sur l’eau plate, grise, des jours, des semaines, à batailler dans les grains pour tenter d’avancer. Quarante heures où se succèdent mer miroir, mer risée, ciel instable, horizon soudain noir, touffeur, manque d’air, averses, vent qui forcit, couleurs éteintes, puis arc en ciel pastel. On alterne moteur et rien, où le bateau se dandine sur l’eau presque plate. Aura-t-on suffisamment de carburant pour poursuivre ?

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Puis peu à peu, alors que l’on y croyait presque plus, l’alizé de sud-est prend le relais, soufflant faiblement, s’essoufflant déjà, reprenant son air pour s’affermir, et nous pousser lentement mais sûrement vers les eaux brésiliennes. Cette atmosphère diaphane et blême s’estompe progressivement, le bleu du ciel réapparaît, la voûte céleste se laisse à nouveau admirer, le soleil ose farder le ciel d’un rougeoiement encore timide à son coucher.

Au neuvième jour de mer, un gros cargo surgit de l’horizon. Un des dix-huit que nous ayons aperçu pendant la traversée. « Nordic Discovery » sera le seul à prendre contact à la VHF, une discussion au milieu de rien, entre un immense cargo philippin et sa cargaison d’huile minérale, et un petit voilier jaune qui flâne sur l’océan. Ce dernier s’assure que tout se passe bien à bord de sa voix chaleureuse. Aux jumelles, on distingue des gens sur la passerelle, on se salue à travers nos optiques, puis ils s’éloignent, chacun ayant croisé la diversion de sa journée.

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La fatigue s’accumule au fil des jours, sans devenir une entrave à nos activités de la vie quotidienne. Les quarts de veille s’alternent, nos yeux s’usent sur l’horizon azur scruté avec attention. Le lit, aux draps de plus en plus moites, reçoit l’un, puis l’autre, et encore l’un. Journées de longs silences engourdis. Les manoeuvres de voile, hisser, réduire, affaler la voilure. Tangonner, détangonner, ajuster le cap. La vérification régulière du gréement, suivi de la météo sur la BLU, le point reporté sur la carte, les milles parcourus comptés, ceux qui restent aussi, la cuisine, et les livres, pénétrant tour à tour dans des univers sombres, fascinants, mystérieux, insolites. On dévore.

On se laisserait encore bercer ainsi des jours et des jours, sans songer au but final de tout ça, l’arrivée sur terre. Penser à rompre la douce quiétude du bord, la petite routine de notre monde à deux, au milieu de cette nature faite d’eau et de bleu.

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Mais lorsque les milles s’accumulent, lorsque la navigation se fait plus contraignante, soudain, on commence à avoir hâte d’arriver. Encore jusqu’à trois cent milles de la fin du pot au noir, toute une série de grains imprévisibles ne cessent de nous surprendre pendant quelques jours, plus intenses que ceux de la zone de convergence intertropicale. Parfois les éclairs déchirent le ciel tout autour. Une barre sombre, absente il y a encore un instant, zèbre l’horizon, se dépêche d’avancer ; est-ce pour nous, pas pour nous ? Il faut rapidement se décider, et l’on dispose alors de quelques minutes à peine pour tout ranger, fermer les capots, affaler les voiles, amarrer la barre sous le vent pour attendre à la cape à sec de toile le déluge de pluie et de vent. Ça dure une minute, une demie heure, ou une heure, le vent se fait plus ou moins violent, l’averse plus ou moins forte, mais la mer est belle, toute blanche d’eau battue. Puis on rehisse les voiles, on se remet en route jusqu’au prochain grain.Trois jours sur le qui-vive.

Parallèlement, l’alizé forcit, le vent vient de face pour faire cap sur Fernando de Noronha, c’est l’allure du près avec la gîte qui rend la vie à bord soudainement beaucoup moins aisée. On dépense deux fois plus d’énergie à rechercher sans cesse son équilibre, aucune position n’est confortable, tout devient plus compliqué, plus fatigant.

Au bout du dixième jour de mer, notre latitude nous situe à la même que celle des Rochers de Saint Pierre et Saint Paul, que nous passons soigneusement très au large, ces récifs au milieu de rien qu’il serait trop bête de se prendre. Le soir, c’est un grand soir. 23h10, Cercamon et son équipage franchissent pour la première fois la ligne de l’équateur !!!

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Deux ou trois jours avant l’arrivée, comme pour annoncer la terre, de beaux et majestueux oiseaux nous encadrent de temps en temps, venant planer tout à côté du bateau. La douzième nuit, un cri, un croissement presque, me tire de ma torpeur. Sensation vaguement angoissante, car je ne distingue rien dans cette nuit noire. Enfin presque, car soudain je l’aperçois, cette forme noire aux ailes écartées qui court après le voilier, qui cherche à tous prix à s’y poser, y parvenant l’espace de quelques secondes sur les panneaux solaires, puis qui se retrouve de nouveau dans l’air, retente l’exploit, puis abandonne.

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Treizième jour de mer, l’alizé s’essouffle enfin un peu, le bateau redéploye toutes ses voiles qui avaient été prises dans les ris, pour se balancer langoureusement sur l’océan gris, et nous, épuisés par les derniers jours, on savoure ce repos du vent et de l’océan.

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17h20 de cette même journée. Une masse informe, confusément plus sombre que l’horizon, encore toute petite, est posée là-bas, encore loin devant nous, interrompant subitement cette ligne circulaire couleur lapis-lazuli. Après tout ce bleu, toute cette eau, y a-t-il vraiment une terre ? Déjà ? Ces longues journées ont finalement passé si vite.

L’atterrage se fait au milieu d’un ballet aérien d’oiseaux, voltigeant partout, petits, gros, noirs, blancs, leurs rangs s’épaississant au fur et à mesure que l’on s’approche. Et on hisse le drapeau brésilien. Abonnés aux arrivées de nuit, on tâtonne une heure ou deux devant l’île (sans compas exact, ni carte de détail précise) avant de planter l’ancre, et de s’effondrer dans nos couchettes, après 12 jours, 9 heures et 1370 milles dans les pattes (ou dans les voiles).

Fernando de Noronha

Le lendemain au réveil, on met des couleurs sur les formes noires qui nous encadraient la veille, des coulées de vert qui dévalent les collines, un tapis émeraude entrecoupé de teintes vives, duquel émerge le rocher en pain de sucre qui se dresse au centre de Fernando de Noronha, cerclée de son liseré de rochers noirs et luisants. Une île somptueuse de beauté.

Pour la visiter, ça passe d’abord par le portefeuille (taxe demandée pour le bateau et pour chaque personne de l’équipage), et grâce au marchandage de Régis avec le gardien de l’île, cela nous permet d’y passer un minimum de trois jours au lieu d’en repartir tout de suite (car la taxe brute demandée s’élève à 100 euros pas jour !). Une journée pour ranger le bateau et atterrir, comprendre les nouvelles règles de cette autre culture. Une deuxième journée pour visiter. Une troisième pour préparer le bateau pour la suite du périple.

Tout va très vite, pas le temps de récupérer de la fatigue accumulée pendant près de deux semaines, pas le temps de se détacher tranquillement de la mer ni de se réadapter à la terre en si peu de temps. C’est peut-être à ce prix que se visite Fernando de Noronha en venant du large, ce paradis de nature unique au monde, dont nous ne regrettons pourtant pas un instant le détour.

Nager, plonger, dans des eaux turquoises comme on n’en a jamais vues, si chaudes qu’on pourrait y passer la journée entière, si claires qu’on y voit à trente mètres, avec des paquets d’oiseaux qui nous volent au-dessus de la tête, beaux, libres, majestueux, puis s’étendre sur la plage de sable blond, presque déserte, encadrée de végétation luxuriante.

On se jette dans les grosses vagues de Praia do Leão, celle où les tortues marines viennent se reproduire et pondre (l’île joue un rôle central dans la reproduction des thons, requins, et des mammifères marins aussi). A la Baia do Sancho, on plonge parmi des poissons de toutes les couleurs, toutes les formes (230 espèces recensées), qui nagent avec nous sans arrière-pensée. On aperçoit aussi une raie, une pieuvre, une murène, un véritable aquarium géant.

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On surplombe la Baia dos Golfinhos, d’où l’on voit s’ébattre quantité de dauphins (seul lieu au monde où la population de dauphins résidents est si forte). En plongeant à la Baia do Sueste, on tombe nez à nez avec une grosse tortue ! Puis une deuxième, puis d’autres encore ! Elles sont tout à portée de main. Il y a aussi deux petits requins. Sur une des plages, trois chevaux en liberté s’y trouvent également, et viennent prendre leur bain juste à côté de nous. C’est d’une incroyable beauté.

A terre, c’est la compacte toison de végétation subtropicale, les arbres entre les branches desquels sont nichés les nids de tous ces oiseaux, d’où l’on discerne quelques bouts de plumes ébouriffés (il s’agit de la plus grande concentration d’oiseaux marins de l’Océan Atlantique ouest), une profusion de vert accentuée par la saison des pluies. Ces grains qui nous cueillaient en mer déversent à présent leur eau sur l’île, deux à trois fois par jour, venant interrompre pendant quelques instants la touffeur ambiante.

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Comme tous les autres touristes, pour visiter cette île de 4 km sur 15 entourée de ses îlots, nous louons pour une journée un buggy, sillonnant les routes bordées de bungalows bigarrés et de leur hamac suspendu à l’entrée, de cocotiers lourdement chargés en noix, de fleurs aux couleurs éclatantes, de quelques anciens forts situés en hauteur. Une île volcanique baignée d’une luminosité exceptionnelle, un Parc National marin, véritable éden où la faune et la flore sont rois.

Au mouillage, entourés de plusieurs barques de pêche ou de charter, un seul autre voilier de voyageurs, pavillon sud africain, aux propriétaires avenants. Ce qu’ils nous apprennent l’est moins. Il y trois jours, est arrivé sur l’île un couple de naufragés français sur leur radeau de survie (en s’aidant de leur annexe), après que leur voilier, en partance récemment du Cap Vert, ait percuté un objet non identifié en plein océan. Même route, même période… pourquoi eux, pourquoi pas nous ?

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Jusqu’à Fortaleza

Nos retrouvailles avec la mer, trois jours après lui avoir faussé compagnie, pour poursuivre et apposer un point final à notre transatlantique. Après une si petite dose de terre, si brève qu’on n’a pas encore vraiment atterri, pas besoin de se réamariner.

Deux jours de petits airs, airs de rien du tout, des airs un peu mais pas vraiment. Pétole, moteur. Jongler en permanence avec les voiles à les hisser ou à les affaler. Patienter. La nuit, le « blob » des dauphins et leur sillage phosphorescent lorsqu’ils passent et repassent sous le bateau, la voie lactée, et toujours la même petite planète, Vénus, qui se lève à l’ouest, juste face à nous, dont la luminosité est si vive qu’elle se reflète dans l’eau obscurcie de nuit. Les oiseaux, les mini-grains, le courant qui nous pousse, la reprise du rythme de la mer. Et les poissons nous font tout autant la tête ! Au troisième jour, reprise des alizés. La fatigue qui commence à peser lourd, la vie en mer comme une endurance à acquérir.

La terre apparaît d’abord sous la forme d’un papillon jaune qui vient voltiger vers nous. Puis les barques de pêche fleurissent tout autour. Ensuite la terre, ou plutôt les buildings qui se profilent à l’horizon. Avec les cheminées qui crachent, les grues qui se dressent vers le ciel. Fortaleza. Après nous seuls sur la mer, nous parmi 2,5 millions d’habitants. Nous arrivons tout juste de jour, après 3 jours et demi de mer et 400 milles, afin d’éviter les épaves et récifs qui encombrent l’entrée du port. Une fois le bateau amarré, on ne prend même pas la peine de descendre, la fatigue s’écrase d’un coup de tout son poids sur nous.

Cercamon en Amérique du Sud, Cercamon au Brésil, Cercamon dans l’hémisphère Sud. Nouvelle culture, nouvelle langue, nouveau climat (très chaud !). Une semaine que nous avons atterri et que nous prenons peu à peu nos marques dans ce nouveau pays à tous points si différent du Cap Vert, c’est le dépaysement. Une première impression de grande abondance de tout dans cette contrée où la vie est peu chère. Mais difficile de parler d’un pays au bout de si peu de temps. Cela fera l’objet d’un prochain message !

En attendant, après cinq mois sans avoir revu de port, la marina de Fortaleza offre tout le confort dont nous pouvions rêver après une transat, pour un somme modique. Etant donné qu’un hôtel 5 étoiles donne sur le petit port, nous bénéficions des mêmes avantages que les clients, à savoir la piscine, le terrain de tennis et le Wi Fi entre autres. Au programme depuis notre arrivée : formalités administratives d’entrée, repos, bricolages, nettoyages de tout à l’eau douce, lessives qui se comptent en dizaines de kilos, achats divers. Quelques voisins au port, des voiliers français et des autres, et le coureur anglais Graham Dalton qui a dû interrompre ici sa course pour avarie.

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Cette étape de notre existence restera quelque chose d’unique dans notre souvenir… Un moment précieux de vie. Plein de douceur, de beauté, de bonheur simple, mais aussi de peurs, d’angoisses, de fatigue, de questionnements, d’incertitudes, de stress, de patience … et à la fin de fierté.

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La traversée en quelques chiffres

. Nombre de grains essuyés : 10

. Nombre d’heures moteur au total : 100 h (20h en 3 mois de Cap Vert !)

. Vitesse moyenne : 4,7 noeuds

. Nombre total de cargos : 26

. Nombre de latitudes parcourues : 18 latitudes

. Nombre de milles parcourus : 1740 milles (3132 km)

. Nombre total de jours de traversée : 16 jours

Définition de la zone de convergence intertropicale : Zone de dépression équatoriale, séparant les alizés de nord-est de l’hémisphère nord, et ceux de sud-est de l’hémisphère sud, caractérisée par la présence de peu ou pas de vent, d’un temps lourd et chaud, interrompu par des grains ou des orages. L’étendue des calmes varie selon les années et les saisons.

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