Rencontre avec le Père Jaouen


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Précision : Pour éviter toute confusion, ce texte relate notre rencontre avec le Père Jaouen et ses vieux gréements, que nous avons croisés sur notre route en Martinique. Nous ne faisons pas partie de l’association du Père Jaouen, et pour toute question relative à cette association, veuillez vous adresser au site : http://www.belespoir.com/. 

 

Quand la mer allie espour, dignité et humanité

Cercamon, au lieu d’être acteur, se fait spectateur, s’efface en admiration devant un homme d’exception : le Père Jaouen (http://www.belespoir.com/index.html). Des vieux gréements, des jeunes en difficulté, voilà les ingrédients de sa remarquable vie. Nous l’avons rencontré en Martinique, et cette brève mais intense entrevue nous a inspiré le petit texte ci dessous. 

Il y a parfois des rencontres qui marquent, plus que d’autres. Par leur caractère frappant et admirable. Celle avec le Père Jaouen est une de celles-là. Pourtant, nous n’échangeons que quelques mots avec ce navigateur, lâchés en l’espace de quelques minutes. Un vieil homme qui se présente à peine, « Michel » lâche-t-il négligemment. Le regard que les autres portent sur lui nous sensibilise à son vrai rôle : sans en avoir le moins du monde l’air, ce personnage est le pilier de l’organisation qui l’entoure, la personne de référence. 

Présence à la fois forte et fragile dans la carapace d’un vieillard de 87 ans, toujours vaillante et emplie d’un cœur énorme. Ses pas se traînent sur le vieux pont du bateau, le Rara Avis amarré à couple du Bel Espoir II. Deux anciens gréements, l’un en acier, l’un en bois, superbes, qui trônent dans la baie de Grande Anse en Martinique. 

Ils dressent fièrement leur vieille mâture, supplantant de loin la couronne de voiliers plastique ancrés tout autour, construits à la va-vite. Des bateaux vieux d’un demi siècle ou plus, longs de presque 40 mètres, ornés de trois mâts. Le Rara Avis, « oiseau rare », émane d’un don spontané : celui d’un homme d’affaires. Le directeur du prestigieux magasin Le Bazar de l’hôtel de Ville à Paris, aujourd’hui devenues les célèbres Galeries Lafayette On nous invite spontanément et avec gentillesse à visiter les deux vieux gréements. Nous entrons dans une autre ère de la navigation, le bois craque et sent le vieux, les cuivres luisent, le gréement se décline en de multiples poulies et cordages ; un musée flottant qui navigue toujours. 

Les jeunes sont partout, occupent tous les postes, de la barre, à la cuisine, au sommet du gréement, aux couchettes confinées dans les cales. Ils entretiennent les voiliers et participent aux diverses taches du bord comme aux manœuvres. Ils viennent de traverser l’Atlantique depuis le Cap Vert ; pour la plupart c’est une première. Ils ont entre vingt et trente ans, arborent pour la majorité piercings, tatouages, dread locks, barbes hirsutes, coiffures désordonnées, vêtements hippies. Des jeunes originaux aux mains desquels on a confié des matériaux nobles. 

Ils vivent en groupe dans ce qui semble un désordre ordonné et flou à la fois. Or tout fonctionne, et cela depuis des années. Le chef d’orchestre de cette symphonie marginale : le Père Jaouen. On y revient. 

Breton de souche, sa vie, c’est la mer. Son combat, les jeunes en difficultés. Son credo, sa foi religieuse. En remontant aux genèses de sa vie, mer et altruisme sont inextricablement liés. Aumônier jésuite dans une prison pendant dix ans, cette expérience lui donne l’envie en 1968 d’aider différemment ces jeunes empêtrés dans des problèmes et dépendances diverses. En guise de vacances, le Père Jaouen va leur faire connaître la mer sur le Bel Espoir I. Depuis, une association s’est créée, basée en Bretagne. 

Auprès du Père Jaouen, les blessés de l’âme trouvent considération, respect, absence de jugement, dans une relation dénuée de pitié et visant à rendre autonomie et dignité à l’intéressé, sans lien de dépendance envers son bienfaiteur. Son autorité naturelle mêlée à un charisme non dénué d’une voix tonitruante s’il est nécessaire, est appréciée et respectée par des jeunes d’une autre génération.  Loin de stigmatiser les personnes qui embarquent sur ces vieux gréements, le mot d’ordre est l’absence de jugement et panachage de la diversité : aux toxicomanes, délinquants et alcooliques se mêlent passionnés de la mer, voyageurs, retraités, bourgeois, et membres de

la Marine Marchande. Certaines sont là juste par besoin d’un break dans leur vie, pour expérimenter autre chose. Brassage de valeurs et de façons de vivre au fil des vagues et des escales au goût d’ailleurs. Le long de la côte européenne atlantique au départ de Brest, jusqu’au Cap Vert, puis durant des jours et des jours, posés entre ciel et mer en transatlantique, où les voiliers déploient leur majestueuse voilure, pour aboutir aux Petites Antilles. La boucle se poursuit au nord, jusqu’à New York certaines années, puis repart en sens inverse, vers
la Bretagne. La saison suivante, l’équipage en mutation constante se modifie encore, sauf le Père Jaouen. Et les voiliers repartent, pour une autre aventure humaine et maritime. Une nouvelle vie pour des bateaux d’un autre âge, une autre chance pour des jeunes en difficulté.

Le Père Jaouen, un Abbé Pierre de la mer.

Texte écrit aux Petites Antilles, mai 2008.

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Le Bel Espoir et le Rara Avis côte à côte au mouillage de Grande Anse en Martinique

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4 commentaires

  1. STEPHAN 13 avril

    Bonjour,
    Parents d’un jeune majeur d’origine brésilienne ; notre fils adoptif actuellement en grosses difficultés a besoin d’aide , soutien et surtout acquérir une certaine confiance en lui . APPRENDRE A S’AIMER AVEC SES DIFFERENCES ,il est plus que temps qu’il coupe avec son environnement actuel .Votre aide nous est indispensable .MERCI POUR VOTRE REPONSE

  2. ruelle 1 mai

    Comme un conte
    Un jour,il y a de nombreuses annees,j’ai 80 ans,j’ai ete invite à faire une courte croisiere,je suis un athee convaincu,sur un bateau du pere Jaouen,je ne suis pas devenu croyant,mais ai depuis ce jour une autre opinion sur les gens d’eglise,tous ne sont pas bornes,comme les cocos ils ont des hommes parmi eux,plus inspires par le bonheur de leur prochain,que par leur propre interet des hommes quoi!
    J’ai depuis une autre vision de la vie.

  3. Azama 16 septembre

    Je n’ai jamais croisé Michel Jaouen, mais nos sillages, eux se sont croisés, et j’en ai entendu dire le plus grand bien, et j’ai un bonjour à lui passer, d’un homme de sa trempe, Lili Matos, connu à Mindelo, lors d’un convoyage. seulement, c’était en 1984, donc je ne sais ce qu’est devenu cet homme, revenu à son pays pour y monter la seule boulangerie de Sao-Vicente. Je le revois, larguant nos amarres après nous avoir donné 2 gros sacs de biscuits de mer, et nous rappelant: « N’oubliez pas, si vous croisez le père Jaouen, donnez lui mon bonjour » . . . Plus que des hommes, des exemples. Alors, « salut et fraternité », père Jaouen !

  4. Goldstein 22 février

    Mon fils Jeremy est déscolarisé depuis 1 an 1/2 et je souhaiterai qu’il change d’environnement. J’aimerai lui offrir un voyage afin qu’il découvre le monde et d’autres aspects de la vie, qu’il reprenne confiance en lui. Je pense que votre démarche pourrait l’aider. Merci de votre prochaine réponse.

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